EHPAD et Résidences Seniors

Votre parent entre en EHPAD ? Ce que vous serez peut-être obligé de payer

Chaque année, des centaines de milliers de familles découvrent qu'elles sont légalement tenues de contribuer aux frais d'EHPAD de leur parent. Une obligation inscrite dans le Code civil, souvent ignorée, et dont le montant peut peser lourd.


Par | Publié le 17/02/2026 à 10:01

Ce qu'il faut retenir

  1. L'obligation alimentaire impose aux enfants, gendres, belles-filles et petits-enfants de contribuer aux frais d'EHPAD d'un parent dans le besoin (articles 205-207 du Code civil)
  2. Il n'existe pas de barème national : chaque département fixe ses propres règles de calcul, en fonction des revenus et charges de chaque obligé
  3. Un enfant peut être déchargé si le parent a gravement manqué à ses obligations (abandon, maltraitance, violences)
  4. Depuis la loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024, les petits-enfants sont dispensés dans le cadre de l'aide sociale à l'hébergement (ASH)
  5. Les sommes versées sont déductibles de l'impôt sur le revenu
Salle commune d'un EHPAD © SeniorActu
Salle commune d'un EHPAD © SeniorActu

Qu'est-ce que l'obligation alimentaire et qui est concerné

Quand un parent âgé entre en EHPAD, la facture dépasse souvent ses seules ressources. En moyenne, un hébergement coûte environ 2 150 € par mois dans le public et 2 628 € hors aide sociale. Dans le privé commercial, la facture grimpe bien au-delà : à Paris, elle dépasse couramment 3 500 € (consultez notre guide complet de l'EHPAD pour le détail des tarifs EHPAD en 2026). Si la personne âgée ne peut pas payer l'intégralité, à qui revient la différence ? À ses enfants, dans la plupart des cas. C'est ce que le Code civil appelle l'obligation alimentaire.

Ce mécanisme, inscrit aux articles 205 à 208 du Code civil, impose aux enfants de fournir une aide matérielle à leurs parents « qui sont dans le besoin ». Le terme « alimentaire » est trompeur : il ne s'agit pas uniquement de nourriture. L'obligation couvre tout ce qui est nécessaire à la vie courante — hébergement, soins médicaux, vêtements. Et dans le cas d'un parent en EHPAD, elle peut se traduire par une contribution mensuelle de plusieurs centaines d'euros.

Les enfants sont les premiers concernés. Mais l'obligation s'étend aussi aux petits-enfants (sauf exception récente — voir plus bas), aux gendres et aux belles-filles. Pour ces derniers, l'obligation existe tant que le mariage dure : elle cesse en cas de divorce, ou si le conjoint qui créait le lien familial et tous les enfants issus de ce mariage sont décédés. Les concubins et partenaires de Pacs ne sont jamais concernés. L'obligation est réciproque : en théorie, vos parents vous la doivent aussi.

Comment est calculé le montant de l'obligation alimentaire

Il n'existe pas de barème national pour calculer le montant de l'obligation alimentaire. Chaque département fixe ses propres règles. La formule la plus courante : on soustrait les charges des revenus du foyer de l'obligé, puis on applique un taux de participation. Ce taux varie selon le degré de parenté et le département.

Concrètement, le département examine les revenus figurant sur l'avis d'imposition de chaque obligé alimentaire, ses charges (loyer, emprunts, pensions alimentaires déjà versées) et la composition de son foyer. S'il y a plusieurs enfants, la contribution est répartie entre eux, proportionnellement à leurs capacités. Un enfant sans revenus suffisants peut être exonéré.
 
Profil 1 Revenus modestes
👤
Situation
Salarié, 1 800 €/mois net, locataire
💶
Contribution estimée
0 à 50 €/mois (souvent exonéré)
Profil 2 Revenus intermédiaires
👤
Situation
Couple, 3 500 €/mois, propriétaire, 1 enfant à charge
💶
Contribution estimée
150 à 300 €/mois
Profil 3 Revenus élevés
👤
Situation
Couple, 5 500 €/mois, propriétaire, enfants autonomes
💶
Contribution estimée
400 à 700 €/mois


⚠️ Ces montants sont indicatifs. La contribution réelle dépend du règlement d'aide sociale de votre département. Consultez les barèmes sur pour-les-personnes-agees.gouv.fr.

En cas de désaccord entre les membres de la famille, c'est le Juge aux Affaires Familiales (le JAF, c'est-à-dire le magistrat compétent pour les conflits familiaux) qui tranche. Il fixe le montant que chacun devra verser. Si un enfant refuse malgré la décision du juge, une saisie sur salaire ou sur compte bancaire peut être ordonnée.

Peut-on refuser de payer l'obligation alimentaire

L'obligation alimentaire n'est pas absolue. Le Code civil prévoit plusieurs cas où un enfant peut en être déchargé. Le cas le plus fréquent est celui du « parent indigne » : si le parent a gravement manqué à ses obligations envers ses enfants — abandon, maltraitance, violences —, le juge peut réduire ou supprimer la dette alimentaire (article 207, alinéa 2).

Depuis la loi n° 2024-317 du 8 avril 2024, dite « Bien vieillir », de nouveaux cas de dispense s'appliquent. Les enfants retirés de leur milieu familial par décision de justice pendant au moins 36 mois cumulés avant l'âge de 18 ans sont désormais dispensés automatiquement. Même chose si le parent a été condamné pour crime ou agression sexuelle contre l'autre parent. Ces dispositions sont applicables depuis le 10 avril 2024.

En cas de divorce, la question est plus simple : le gendre ou la belle-fille n'est plus tenu envers ses ex-beaux-parents dès que le divorce est prononcé. L'obligation cesse également si le conjoint qui créait le lien d'alliance et tous les enfants du couple sont décédés.

Pour contester une obligation alimentaire, la démarche passe par le Juge aux Affaires Familiales. Il faut apporter des preuves concrètes : jugement de placement, certificats de violences, attestations de rupture familiale documentée. Le seul désaccord ou la mauvaise entente ne suffit pas.

Obligation alimentaire et ASH : le lien que peu de familles connaissent

Quand une personne âgée n'a pas les moyens de payer son EHPAD, elle peut demander l'Aide Sociale à l'Hébergement — l'ASH, c'est-à-dire l'aide financière que le département peut accorder pour couvrir le reste à charge (consultez notre guide complet de l'aide sociale à l'hébergement). Mais avant d'accorder cette aide, le département vérifie si les obligés alimentaires peuvent contribuer. L'obligation alimentaire et l'ASH sont donc directement liées.

Si aucun obligé alimentaire ne peut payer la totalité du reste à charge, le département accorde l'ASH et prend en charge la différence. Mais attention : l'ASH est récupérable sur la succession du bénéficiaire, dès le premier euro d'actif net. Les sommes versées par le département peuvent donc être réclamées aux héritiers après le décès.

La loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024 a apporté un changement majeur : dans le cadre de l'ASH, les petits-enfants ne peuvent plus être sollicités par le département. Cette dispense est automatique et ne nécessite aucune démarche. Les enfants et les beaux-enfants restent en revanche des obligés alimentaires dans ce cadre. À noter : cette dispense ne concerne que l'ASH. Hors demande d'aide sociale, les petits-enfants restent des obligés alimentaires au sens du Code civil.

👉 Point fiscal à ne pas négliger : les sommes versées au titre de l'obligation alimentaire sont déductibles de l'impôt sur le revenu. Elles doivent être déclarées comme « pension alimentaire versée à un ascendant » sur la déclaration de revenus. Le parent bénéficiaire, s'il dispose de très faibles ressources, n'est pas imposé sur ces sommes.

👉 Si la facture EHPAD de votre parent menace d'être trop lourde, commencez par consulter le règlement départemental d'aide sociale de votre département : il précise les critères de calcul et les montants attendus. Adressez-vous au CCAS (le Centre Communal d'Action Sociale, en mairie) ou aux services sociaux du département pour étudier vos droits à l'ASH. En cas de conflit familial sur la répartition, le Juge aux Affaires Familiales reste le recours pour fixer équitablement la part de chacun.

 
Sources :
- Code civil, articles 205 à 208, Legifrance
- Loi n° 2024-317 du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l'autonomie, Legifrance
- Service-Public.gouv.fr, suppression de l'obligation alimentaire dans certains cas, avril 2024
- Pour-les-personnes-agees.gouv.fr, calcul de la participation des obligés alimentaires, 2024


Partager cet article


Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors dans votre boite mail !
Facebook
X