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Un infarctus sévère, une coronarographie, un prélèvement au cœur : les microplastiques y sont 2,6 fois plus fréquents

Par | Publié le 27/07/2026 à 08:05

Un prélèvement sanguin réalisé directement dans l'artère qui alimente le cœur, chez des patients passés par la salle de cathétérisme. Une comparaison entre trois groupes selon la gravité de leur atteinte cardiaque. Un écart net entre ceux qui viennent de faire un infarctus et ceux dont les artères sont saines.

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Un cathéter prélève du sang dans l'artère coronaire d'un patient
Un cathéter prélève du sang dans l'artère coronaire d'un patient

Une étude qui prélève au plus près du cœur

Chaque année en France, environ 80 000 personnes sont victimes d'un infarctus du myocarde, selon l'Inserm. Beaucoup passeront un jour par une coronarographie, cet examen qui observe les artères du cœur de l'intérieur.

C'est dans ce contexte qu'une équipe de cardiologues italiens a eu une idée simple : profiter de ce geste déjà pratiqué pour prélever le sang directement dans l'artère coronaire, plutôt que dans une veine du bras comme on le fait d'habitude.

Pourquoi ce prélèvement change la donne

L'équipe, rattachée à l'université Sapienza de Rome et à l'hôpital universitaire de Vérone, a suivi 61 patients admis pour une coronarographie.

Trois groupes ont été constitués : les victimes d'un infarctus sévère, les patients atteints d'une maladie coronarienne chronique, et ceux dont les artères se sont révélées parfaitement saines.

Sur chacun, le sang a été analysé à deux endroits : dans une veine périphérique, comme n'importe quelle prise de sang, et directement dans l'artère coronaire, au plus près du site où l'infarctus s'est produit. Cette double mesure distingue ce travail de la plupart des études précédentes sur le sujet.
  Notre rédaction évoquait déjà ce lien entre plastique et artères en mai dernier, à propos d'une étude distincte portant sur les plaques carotidiennes.

Cette fois, les chercheurs ont combiné deux méthodes de détection, la pyrolyse couplée à la chromatographie en phase gazeuse et la spectroscopie infrarouge, pour identifier non seulement la présence de particules plastiques mais aussi leur nature exacte, particule par particule.

Le travail est paru le 15 juillet dans l'European Heart Journal, la revue de référence de la Société européenne de cardiologie, accompagné d'un commentaire de trois toxicologues spécialisés dans l'exposome cardiovasculaire.

Un ratio qui remet les trois chiffres en perspective

Des micro et nanoplastiques ont été détectés dans le sang coronarien de 84,2 % des patients victimes d'un infarctus sévère, soit 16 patients sur les 19 concernés.

Chez les patients atteints d'une maladie coronarienne chronique, la proportion tombe à 40 %, huit patients sur vingt. Chez ceux dont les artères coronaires étaient normales, elle descend à 31,8 %, sept patients sur vingt-deux.

Rapporté à ces trois groupes, l'écart se resserre en un seul chiffre : les microplastiques sont retrouvés 2,6 fois plus souvent dans le sang coronarien d'un patient victime d'infarctus sévère que dans celui d'un patient aux artères saines. Cet écart est jugé statistiquement significatif par les auteurs.

Le polyéthylène, plastique le plus courant dans les emballages alimentaires et les sacs, domine largement : il est présent chez 97 % des patients chez qui des particules ont été détectées, quel que soit le groupe.

Les patients victimes d'infarctus présentaient aussi, comme le résume le communiqué de la Société européenne de cardiologie, une plus grande diversité de plastiques dans leur sang que les deux autres groupes.

Inflammation, tabac, pollution : le tableau se précise

Pourquoi un tel écart ?

Les auteurs avancent une piste inflammatoire : les patients ayant fait un infarctus présentaient aussi des taux plus élevés de deux marqueurs, le TNF-alpha et l'interleukine-6. Une inflammation chronique est déjà connue pour favoriser la formation et la rupture des plaques d'athérome, celles-là mêmes qui bouchent les artères coronaires.

L'étude a également mesuré l'exposition des patients à la pollution atmosphérique, le jour du prélèvement et sur les deux années précédentes, ainsi que leur statut tabagique. Le tabac et la pollution de l'air ressortent comme des facteurs associés à une présence plus marquée de particules plastiques dans le sang.

Reste une limite que les auteurs reconnaissent eux-mêmes, dans un commentaire publié dans la même revue : 61 patients, c'est un échantillon restreint. L'étude établit une association statistique, pas une preuve que les microplastiques provoquent l'infarctus.

Elle s'ajoute néanmoins à la liste déjà connue des facteurs de risque modifiables de l'infarctus : tabagisme, hypercholestérolémie, diabète, obésité, hypertension, sédentarité. Les auteurs suggèrent que l'exposition aux plastiques pourrait, à terme, rejoindre cette liste.

Ce qui reste entre vos mains

En pratique, que faire ?

Aucune étude ne permet aujourd'hui d'affirmer qu'éviter le plastique protège votre cœur. Mais réduire une exposition inutile ne coûte rien, et s'inscrit dans la même logique de précaution que pour le tabac ou la sédentarité.

Quelques gestes limitent l'apport quotidien : préférer l'eau du robinet à l'eau en bouteille, éviter de réchauffer un plat dans une barquette plastique au micro-ondes, aérer son logement pour limiter l'accumulation de poussières chargées en microparticules.
  Le geste le plus utile reste sans doute le plus ancien : connaître les signes d'un infarctus, la douleur qui irradie le bras et la mâchoire, et composer le 15 sans attendre. Sur ce point-là, aucune étude sur les microplastiques ne changera jamais la règle.

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