Ce que l'étude a réellement mesuré (et ce qu'elle n'a pas mesuré)
L'étude qui a déclenché l'engouement a été publiée le 28 février 2024 dans la revue Environmental Science & Technology Letters, éditée par l'American Chemical Society (ACS). Elle est signée par Zimin Yu, Jia-Jia Wang, Liang-Ying Liu, Zhanjun Li et Eddy Y. Zeng, chercheurs à l'Université médicale de Guangzhou et à l'Université Jinan, en Chine.
Son titre exact : « Drinking Boiled Tap Water Reduces Human Intake of Nanoplastics and Microplastics » (référence DOI : 10.1021/acs.estlett.4c00081).
Voici ce que l'équipe a fait : elle a prélevé des échantillons d'eau du robinet à Guangzhou (une eau naturellement dure, riche en calcaire), y a ajouté des nano et microplastiques de trois types précis — polystyrène, polyéthylène et polypropylène — puis a fait bouillir l'eau pendant 5 minutes avant de la laisser refroidir et de la filtrer.
Résultat : dans l'eau dure de Guangzhou (environ 180 mg/L de carbonate de calcium), 84 % des microplastiques ont été éliminés. Dans une eau encore plus calcaire (300 mg/L), ce chiffre montait à 90 %.
Ce que la plupart des articles de presse n'ont pas dit : l'étude a été menée en laboratoire, sur des échantillons préparés, avec seulement 3 types de plastiques parmi les dizaines qui existent. D'autres polymères courants, comme le PVC ou le PET, n'ont pas été testés. Et surtout, l'efficacité varie considérablement selon un paramètre que peu de lecteurs connaissent : la dureté de leur eau.
Son titre exact : « Drinking Boiled Tap Water Reduces Human Intake of Nanoplastics and Microplastics » (référence DOI : 10.1021/acs.estlett.4c00081).
Voici ce que l'équipe a fait : elle a prélevé des échantillons d'eau du robinet à Guangzhou (une eau naturellement dure, riche en calcaire), y a ajouté des nano et microplastiques de trois types précis — polystyrène, polyéthylène et polypropylène — puis a fait bouillir l'eau pendant 5 minutes avant de la laisser refroidir et de la filtrer.
Résultat : dans l'eau dure de Guangzhou (environ 180 mg/L de carbonate de calcium), 84 % des microplastiques ont été éliminés. Dans une eau encore plus calcaire (300 mg/L), ce chiffre montait à 90 %.
Ce que la plupart des articles de presse n'ont pas dit : l'étude a été menée en laboratoire, sur des échantillons préparés, avec seulement 3 types de plastiques parmi les dizaines qui existent. D'autres polymères courants, comme le PVC ou le PET, n'ont pas été testés. Et surtout, l'efficacité varie considérablement selon un paramètre que peu de lecteurs connaissent : la dureté de leur eau.
Eau dure, eau douce : pourquoi le résultat change du tout au tout
Le mécanisme est simple à comprendre. Quand on fait bouillir de l'eau riche en calcaire (du carbonate de calcium, le même qui forme le tartre dans votre bouilloire), la chaleur provoque la formation de dépôts solides. Ces dépôts piègent les particules de plastique en les encapsulant. On peut ensuite les retirer avec un filtre basique — un simple filtre à café ou à thé suffit.
Mais ce mécanisme repose entièrement sur la présence de calcaire dans l'eau. Or toutes les eaux du robinet ne se valent pas.
Autrement dit : si vous vivez en Bretagne ou dans le Massif Central, faire bouillir votre eau ne retirera qu'environ un quart des microplastiques. Si vous êtes en Île-de-France ou dans le Nord, le résultat est bien meilleur. C'est cette nuance, absente de la quasi-totalité des articles qui circulent, qui change tout.
Les auteurs eux-mêmes l'écrivent dans leur étude : « L'efficacité de l'ébullition pour réduire les microplastiques peut varier d'une région à l'autre. » En juin 2024, deux chercheurs américains (Robert C. Hale et Bayleigh I. Albert) ont publié un commentaire dans la même revue, soulignant que le procédé est nettement moins efficace dans les régions alimentées en eau douce ou chez les foyers équipés d'un adoucisseur d'eau — qui retire justement le calcaire.
Un test simple pour savoir : regardez l'intérieur de votre bouilloire. Si elle est couverte de tartre, votre eau est dure et le procédé d'ébullition est susceptible de fonctionner efficacement. Si elle reste propre, votre eau est douce et l'effet sera limité.
Mais ce mécanisme repose entièrement sur la présence de calcaire dans l'eau. Or toutes les eaux du robinet ne se valent pas.
~25 % Eau douce
Moins de 60 mg/L de carbonate de calcium
Bretagne, Massif Central, Pyrénées — peu de calcaire, peu de piégeage
≥ 80 % Eau dure
Plus de 120 mg/L de carbonate de calcium
Île-de-France, Nord, Hauts-de-France, Est — le tartre de votre bouilloire est un bon indicateur
jusqu'à 90 % Eau très dure
Plus de 300 mg/L de carbonate de calcium
Certaines zones du Jura, des Alpes, de Provence — le calcaire travaille à plein
Autrement dit : si vous vivez en Bretagne ou dans le Massif Central, faire bouillir votre eau ne retirera qu'environ un quart des microplastiques. Si vous êtes en Île-de-France ou dans le Nord, le résultat est bien meilleur. C'est cette nuance, absente de la quasi-totalité des articles qui circulent, qui change tout.
Les auteurs eux-mêmes l'écrivent dans leur étude : « L'efficacité de l'ébullition pour réduire les microplastiques peut varier d'une région à l'autre. » En juin 2024, deux chercheurs américains (Robert C. Hale et Bayleigh I. Albert) ont publié un commentaire dans la même revue, soulignant que le procédé est nettement moins efficace dans les régions alimentées en eau douce ou chez les foyers équipés d'un adoucisseur d'eau — qui retire justement le calcaire.
Un test simple pour savoir : regardez l'intérieur de votre bouilloire. Si elle est couverte de tartre, votre eau est dure et le procédé d'ébullition est susceptible de fonctionner efficacement. Si elle reste propre, votre eau est douce et l'effet sera limité.
Le mode d'emploi concret pour agir chez vous
Si votre eau est dure ou très dure (cas de la majorité des foyers français), voici la méthode décrite dans l'étude, étape par étape.
Pour connaître la dureté de l'eau dans votre commune, vous pouvez consulter les résultats du contrôle sanitaire sur le site officiel du ministère de la Santé, accessible via service-public.gouv.fr. Cette information figure également sur votre facture d'eau annuelle ou peut être obtenue en contactant votre mairie.
Attention si vous utilisez un adoucisseur d'eau : ces appareils retirent le calcaire de l'eau avant qu'elle n'arrive à votre robinet. Or c'est précisément ce calcaire qui permet de piéger les microplastiques à l'ébullition. Si votre logement est équipé d'un adoucisseur, l'efficacité du procédé est fortement réduite — même si vous vivez dans une zone d'eau dure.
Étape 1 Bouillir
Portez l'eau du robinet à ébullition
Maintenez le bouillon pendant 5 minutes
Étape 2 Refroidir
Laissez l'eau refroidir
Les dépôts de calcaire contenant les microplastiques se déposent au fond
Étape 3 Filtrer
Versez l'eau à travers un filtre simple
Filtre à café en papier, filtre à thé en inox ou passoire fine — le but est de retenir les dépôts solides
Pour connaître la dureté de l'eau dans votre commune, vous pouvez consulter les résultats du contrôle sanitaire sur le site officiel du ministère de la Santé, accessible via service-public.gouv.fr. Cette information figure également sur votre facture d'eau annuelle ou peut être obtenue en contactant votre mairie.
Attention si vous utilisez un adoucisseur d'eau : ces appareils retirent le calcaire de l'eau avant qu'elle n'arrive à votre robinet. Or c'est précisément ce calcaire qui permet de piéger les microplastiques à l'ébullition. Si votre logement est équipé d'un adoucisseur, l'efficacité du procédé est fortement réduite — même si vous vivez dans une zone d'eau dure.
Ce que la science sait — et ne sait pas encore — sur les risques pour la santé
Les microplastiques sont présents dans l'eau du robinet, dans l'eau en bouteille, dans l'air que nous respirons et dans de nombreux aliments. C'est un fait documenté par des dizaines d'études internationales. Mais la question centrale — ces particules sont-elles dangereuses pour la santé humaine ? — n'a pas encore de réponse définitive.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié en 2019 un rapport consacré aux microplastiques dans l'eau potable. Sa conclusion : les données disponibles « ne semblent pas indiquer un risque pour la santé humaine » aux niveaux de contamination alors mesurés, mais l'organisme soulignait le manque de données et la nécessité de poursuivre les recherches. L'OMS considère que les particules de moins de 10 micromètres sont celles qui présentent le plus grand potentiel d'impact, en raison de leur capacité à pénétrer les tissus.
Depuis 2019, plusieurs études ont associé la présence de microplastiques dans l'organisme à des phénomènes d'inflammation, à des perturbations du microbiote intestinal et à un stress oxydatif. En 2024, l'Union européenne a publié une méthodologie harmonisée de mesure des microplastiques dans l'eau potable, sans toutefois fixer de norme contraignante.
En l'état actuel des connaissances, il serait inexact de dire que les microplastiques dans l'eau « provoquent » telle ou telle maladie. Mais il serait tout aussi inexact de dire qu'ils sont inoffensifs. Le principe de précaution justifie de réduire son exposition autant que possible — et faire bouillir puis filtrer son eau, quand on vit dans une zone d'eau dure, est un geste simple qui ne coûte rien.
À retenir : cette étude ouvre une piste intéressante, mais elle ne remplace ni un système de filtration avancé pour les personnes qui souhaitent aller plus loin, ni les futures normes réglementaires que l'Europe est en train de préparer. Elle montre qu'un geste domestique accessible peut contribuer à réduire l'exposition quotidienne — à condition de connaître la nature de son eau.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié en 2019 un rapport consacré aux microplastiques dans l'eau potable. Sa conclusion : les données disponibles « ne semblent pas indiquer un risque pour la santé humaine » aux niveaux de contamination alors mesurés, mais l'organisme soulignait le manque de données et la nécessité de poursuivre les recherches. L'OMS considère que les particules de moins de 10 micromètres sont celles qui présentent le plus grand potentiel d'impact, en raison de leur capacité à pénétrer les tissus.
Depuis 2019, plusieurs études ont associé la présence de microplastiques dans l'organisme à des phénomènes d'inflammation, à des perturbations du microbiote intestinal et à un stress oxydatif. En 2024, l'Union européenne a publié une méthodologie harmonisée de mesure des microplastiques dans l'eau potable, sans toutefois fixer de norme contraignante.
En l'état actuel des connaissances, il serait inexact de dire que les microplastiques dans l'eau « provoquent » telle ou telle maladie. Mais il serait tout aussi inexact de dire qu'ils sont inoffensifs. Le principe de précaution justifie de réduire son exposition autant que possible — et faire bouillir puis filtrer son eau, quand on vit dans une zone d'eau dure, est un geste simple qui ne coûte rien.
À retenir : cette étude ouvre une piste intéressante, mais elle ne remplace ni un système de filtration avancé pour les personnes qui souhaitent aller plus loin, ni les futures normes réglementaires que l'Europe est en train de préparer. Elle montre qu'un geste domestique accessible peut contribuer à réduire l'exposition quotidienne — à condition de connaître la nature de son eau.
Sources :
- Yu Z., Wang J.-J., Liu L.-Y., Li Z., Zeng E.Y., « Drinking Boiled Tap Water Reduces Human Intake of Nanoplastics and Microplastics », Environmental Science & Technology Letters, vol. 11, n°3, p. 273-279, 28 février 2024 (DOI : 10.1021/acs.estlett.4c00081)
- Hale R.C., Albert B.I., commentaire publié dans Environmental Science & Technology Letters, vol. 11, n°6, p. 648-649, juin 2024 (DOI : 10.1021/acs.estlett.4c00265)
- Organisation mondiale de la santé (OMS), « Microplastics in drinking-water », 2019
- Service-public.gouv.fr, « Consulter les résultats de la qualité de l'eau du robinet dans chaque ville »
- Yu Z., Wang J.-J., Liu L.-Y., Li Z., Zeng E.Y., « Drinking Boiled Tap Water Reduces Human Intake of Nanoplastics and Microplastics », Environmental Science & Technology Letters, vol. 11, n°3, p. 273-279, 28 février 2024 (DOI : 10.1021/acs.estlett.4c00081)
- Hale R.C., Albert B.I., commentaire publié dans Environmental Science & Technology Letters, vol. 11, n°6, p. 648-649, juin 2024 (DOI : 10.1021/acs.estlett.4c00265)
- Organisation mondiale de la santé (OMS), « Microplastics in drinking-water », 2019
- Service-public.gouv.fr, « Consulter les résultats de la qualité de l'eau du robinet dans chaque ville »

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