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Concours Lépine : ce vortex sous-marin français aspire les microplastiques sans piéger la vie marine

Par | Publié le 11/05/2026 à 08:52

Le concours Lépine a couronné un dispositif sous-marin, "Mr Turbino", qui aspire les microplastiques par vortex à basse pression, sans hélice ni aspiration continue. Une réponse française à un fléau qui s'accumule dans les océans, et désormais aussi dans nos poumons et nos artères.


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Un plongeur utilise un dispositif innovant ressemblant à l'invention de Mr Turpino, lauréat du Concours Lépine 2026 - Image d'illustration générée par IA via MidJourney
Un plongeur utilise un dispositif innovant ressemblant à l'invention de Mr Turpino, lauréat du Concours Lépine 2026 - Image d'illustration générée par IA via MidJourney

Un appareil qui aspire sans broyer

Imaginez un appareil qui descend sous l'eau, repère un nuage de fragments plastiques en suspension et les attire vers un sac de récupération. Sans aspiration continue, sans hélice qui broie les poissons, sans bruit de moteur qui terrorise les bancs.

Cet appareil existe. Il s'appelle « Mr Turbino », il a été conçu par l'ingénieur français Alan Mario D'Alfonso Peral, et il vient de remporter le premier prix du 125e Concours Lépine, ce dimanche 10 mai à la Foire de Paris.

Sa technologie repose sur un vortex à basse pression, breveté, qui attire mécaniquement le plastique sans aspirer la vie marine autour.

Reste à savoir si une machine, aussi élégante soit-elle, peut faire le poids face aux 11 millions de tonnes de plastique qui terminent chaque année dans nos océans.

La mécanique du vortex à basse pression

Le principe paraît contre-intuitif. Pour aspirer des particules en suspension, on imagine une pompe puissante et une succion qui aspire tout ce qui passe.

C'est exactement le contraire chez Mr Turbino. Le dispositif crée un vortex à basse pression, un mouvement tourbillonnaire qui guide doucement les fragments vers le centre, sans aspiration continue.

Le plastique se laisse entraîner par la rotation du courant, la faune marine peut s'écarter sans être happée.

Selon l'inventeur, ce fonctionnement sans moteur permet d'utiliser l'appareil à proximité de zones sensibles comme les herbiers ou les roches.

C'est précisément le défaut de la plupart des dispositifs concurrents. Le Seabin, ce filtre flottant qui équipe certains ports, capture en moyenne un animal marin pour 3,6 déchets récupérés, et la moitié sont morts au moment de la collecte.

L'ampleur réelle du fléau plastique

Pour mesurer ce que Mr Turbino tente d'affronter, il faut regarder les chiffres en face. La planète a produit 430 millions de tonnes de plastique en 2023, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement.

Sur ce volume, environ 11 millions de tonnes terminent chaque année dans les océans. Soit l'équivalent d'un camion poubelle déversé en mer toutes les soixante secondes.

80 % de cette pollution vient de la terre ferme. Elle arrive par les fleuves, les eaux de ruissellement et le vent.

Une fois dans l'eau, le plastique ne disparaît pas. Il se fragmente, lentement, sous l'effet du soleil, du sel et des courants.

Une bouteille en PET met environ 400 ans à se décomposer. Chaque macro-déchet finit par produire des dizaines de microplastiques inférieurs à 5 millimètres.

Du plastique produit chaque année au plastique ingéré par chaque humain : entonnoir en trois niveaux, 430 millions de tonnes produites, 11 millions de tonnes déversées dans les océans, jusqu'à 5 grammes ingérés par personne et par semaine DE L'USINE À VOTRE ASSIETTEParcours du plastique en 2026 — sources : PNUE, ANSES, WWFChaque semaine, un humain ingère5 gde microplastiques (poids d'une carte bancaire)Plastique produit dans le monde430 Mt / an– 80 % part terrestreDéversé dans les océans11 Mt / anFragmentation par UV, sel, courantsIngéré par chaque humain≈ jusqu'à 5 g / semainePourquoi le vortex de Mr Turbino compte80 % du plastique marin vient de la terre via les fleuves.Aspirer en mer sans piéger la faune ralentit la fragmentation.© SeniorActu.com

Le plastique a quitté l'océan, il est en nous

Tant que le plastique restait en mer, on pouvait se dire que la chose ne nous concernait pas vraiment. Cette époque est révolue.

Les microplastiques ont été détectés dans le sang humain dès 2022, dans le placenta, dans le lait maternel et dans les poumons par différentes équipes de recherche. L'Anses confirme de son côté la présence systématique de microplastiques dans les selles humaines testées.

Plus inquiétant pour nous, lecteurs de plus de 50 ans : la quantité de plastique présente dans les poumons augmente avec l'âge, ce qui suggère une accumulation au long cours dans l'organisme.

Et les conséquences cardiovasculaires commencent à apparaître noir sur blanc dans la littérature médicale.

Une étude publiée en mars 2024 dans le New England Journal of Medicine a analysé les plaques carotidiennes de plus de 300 patients : ceux dont la plaque contenait des micro et nanoplastiques avaient un risque 4,53 fois plus élevé d'accident cardiovasculaire dans les trois ans qui suivaient.

Selon une estimation du WWF, un adulte ingère jusqu'à 5 grammes de microplastiques par semaine, soit le poids potentiel d'une carte bancaire avalée tous les sept jours.

Du stylo à bille à l'aspirateur sous-marin : la marque Lépine

Mr Turbino n'est pas une exception isolée dans l'histoire du concours. La 125e édition a réuni 250 inventions du 30 avril au 11 mai, Porte de Versailles, présentées devant un jury bénévole d'une cinquantaine de membres.

Le Concours Lépine, fondé en 1901 par Louis Lépine, alors préfet de police de Paris, distingue chaque année des inventeurs français dont les créations finissent parfois par devenir des objets du quotidien.

Le stylo à bille, le moulin à légumes, le fer à repasser à vapeur, le lave-vaisselle, le Mille bornes : autant de prix Lépine devenus banals chez nous.

Et le palmarès récent a une utilité directe pour notre tranche d'âge. Le grand prix 2023 récompensait Dreeft, un système de freinage pour fauteuils roulants manuels conçu par la start-up lilloise Eppur. Plus de 1 000 paires écoulées en trois ans, et le dispositif est remboursé à 100 % par la Sécurité sociale depuis le 28 avril 2026.

Reste le sort de Mr Turbino, qui dépendra moins de la qualité technique que de l'accueil des collectivités côtières françaises et des opérateurs portuaires. Le Concours Lépine est un label, pas un marché : il ouvre des portes, il ne déploie pas les machines.

Ce qu'un vortex ne pourra pas changer seul

Malheureusement, aucun appareil, fut-il primé au Lépine, ne réglera à lui seul un problème qui se chiffre en millions de tonnes annuelles. La pollution plastique se traite à la source autant qu'à l'arrivée.

À l'échelle internationale, les négociations onusiennes sur un traité mondial contraignant contre la pollution plastique se poursuivent depuis 2022, sans accord à ce jour.

À l'échelle individuelle, les leviers connus restent valables : limiter les bouteilles d'eau en plastique au profit de l'eau du robinet, choisir des fibres naturelles, laver moins fréquemment les textiles synthétiques qui libèrent des microfibres à chaque cycle.

Et continuer à soutenir les inventeurs comme Alan Mario D'Alfonso Peral. Un vortex à basse pression breveté en France ne sauvera pas la Méditerranée à lui seul, mais il pèse plus dans la balance qu'une déclaration d'intention de plus.

Le Concours Lépine ne nous épargnera pas les jusqu'à 5 grammes hebdomadaires de microplastiques que nous pouvons avaler. Il rappelle simplement qu'une partie de la réponse peut sortir d'un atelier français, et faire le tour du monde.

 
Sources :
- Concours Lépine, communiqué officiel 125e édition, 10 mai 2026
- franceinfo, "Le concours Lépine récompense un aspirateur sous-marin de déchets et microplastiques", 10 mai 2026
- Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), rapport sur la pollution plastique, 2023
- Anses, "Un cocktail de microplastiques dans notre alimentation"
- New England Journal of Medicine, Marfella et al., "Microplastics and Nanoplastics in Atheromas and Cardiovascular Events", mars 2024
- WWF, "No Plastic in Nature: Assessing Plastic Ingestion from Nature to People", 2019



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