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Les nouveaux services funéraires numériques et techniques qui prolongent l'existence après la mort © SeniorActu.com
Quand l'application fait reparler votre mère décédée
Stephenie Lucas Oney a perdu son père en mai 2022. Juge fédéral aux États-Unis, ancien agent du FBI, il avait laissé des dizaines d'heures d'enregistrements sonores.
Cette septuagénaire les a confiés à HereAfter AI, une jeune entreprise californienne. Quelques semaines plus tard, elle pouvait converser avec son père comme avant, par smartphone.
La technologie s'appelle griefbot dans la littérature scientifique, ou plus crûment deadbot. Elle repose sur l'IA générative, nourrie de SMS, de mails et d'enregistrements de voix.
HereAfter AI, fondé en 2019 par James Vlahos, propose 14 jours d'essai gratuit puis des abonnements de 3,99 à 7,99 dollars par mois.
StoryFile pousse le concept plus loin. La société, cofondée avec la Fondation Shoah de Steven Spielberg, filme la personne de son vivant pendant plusieurs heures dans un studio professionnel. L'IA assemble ensuite les séquences pour permettre un véritable dialogue interactif.
Cette septuagénaire les a confiés à HereAfter AI, une jeune entreprise californienne. Quelques semaines plus tard, elle pouvait converser avec son père comme avant, par smartphone.
La technologie s'appelle griefbot dans la littérature scientifique, ou plus crûment deadbot. Elle repose sur l'IA générative, nourrie de SMS, de mails et d'enregistrements de voix.
HereAfter AI, fondé en 2019 par James Vlahos, propose 14 jours d'essai gratuit puis des abonnements de 3,99 à 7,99 dollars par mois.
StoryFile pousse le concept plus loin. La société, cofondée avec la Fondation Shoah de Steven Spielberg, filme la personne de son vivant pendant plusieurs heures dans un studio professionnel. L'IA assemble ensuite les séquences pour permettre un véritable dialogue interactif.
Cambridge alerte sur les « hantises numériques » que personne n'avait vu venir
Le 9 mai 2024, deux chercheurs du Leverhulme Centre de l'Université de Cambridge ont publié dans Philosophy and Technology un article devenu une référence internationale.
Tomasz Hollanek et Katarzyna Nowaczyk-Basińska y décrivent un risque inédit qu'ils nomment hantise numérique. Le scénario est simple :
Un proche signe de son vivant un contrat avec un fournisseur de deadbot, parfois pour faire un cadeau d'adieu à ses petits-enfants. Une fois la personne décédée, l'avatar IA continue d'envoyer des messages et de proposer des conversations.
Et là, le mauvais film commence : les destinataires ne peuvent pas toujours désactiver le service, faute de droit reconnu !
Les chercheurs parlent de « poids émotionnel écrasant » pour qualifier cette présence imposée. Ils réclament des protocoles de consentement mutuel et des procédures de désactivation respectueuses.
En France, la CNIL a pris la mesure du sujet : selon une enquête Harris Interactive-CNIL de novembre 2024 et publiée sur le site officiel de la CNIL, près d'un tiers des Français a déjà été confronté à des contenus émanant de comptes de défunts sur les réseaux sociaux.
Tomasz Hollanek et Katarzyna Nowaczyk-Basińska y décrivent un risque inédit qu'ils nomment hantise numérique. Le scénario est simple :
Un proche signe de son vivant un contrat avec un fournisseur de deadbot, parfois pour faire un cadeau d'adieu à ses petits-enfants. Une fois la personne décédée, l'avatar IA continue d'envoyer des messages et de proposer des conversations.
Et là, le mauvais film commence : les destinataires ne peuvent pas toujours désactiver le service, faute de droit reconnu !
Les chercheurs parlent de « poids émotionnel écrasant » pour qualifier cette présence imposée. Ils réclament des protocoles de consentement mutuel et des procédures de désactivation respectueuses.
En France, la CNIL a pris la mesure du sujet : selon une enquête Harris Interactive-CNIL de novembre 2024 et publiée sur le site officiel de la CNIL, près d'un tiers des Français a déjà été confronté à des contenus émanant de comptes de défunts sur les réseaux sociaux.
Le QR code arrive sur la pierre tombale, le Père-Lachaise ouvre la voie
Parmi les 70 000 sépultures du Père-Lachaise repose la chapelle funéraire d'André Chabot, photographe et fondateur de l'association La Mémoire Nécropolitaine. C'est le premier QR code visible du célèbre cimetière parisien.
Le concept consiste à coller un médaillon imprimé d'un QR code sur la stèle, qui renvoie à une page mémorielle en ligne avec photos, vidéos et messages de proches.
En France, plusieurs services ont fleuri. Souvenir QR, Dernier Instant et Rembr proposent des coffrets à partir de 59,99 euros.
Mais la pérennité reste le grand point d'interrogation. Si l'entreprise qui héberge la page ferme, les données disparaissent du jour au lendemain...
Le cas est documenté : la page numérique attachée à la sépulture du danseur étoile Rudolf Noureev, à Sainte-Geneviève-des-Bois, est ainsi devenue inaccessible après cessation d'activité du prestataire d'origine.
Le concept consiste à coller un médaillon imprimé d'un QR code sur la stèle, qui renvoie à une page mémorielle en ligne avec photos, vidéos et messages de proches.
En France, plusieurs services ont fleuri. Souvenir QR, Dernier Instant et Rembr proposent des coffrets à partir de 59,99 euros.
Mais la pérennité reste le grand point d'interrogation. Si l'entreprise qui héberge la page ferme, les données disparaissent du jour au lendemain...
Le cas est documenté : la page numérique attachée à la sépulture du danseur étoile Rudolf Noureev, à Sainte-Geneviève-des-Bois, est ainsi devenue inaccessible après cessation d'activité du prestataire d'origine.
Le diamant taillé dans les cendres : 4 430 euros... et autorisé en France !
Direction la Suisse, à Domat-Ems dans les Grisons. C'est là qu'Algordanza, fondée en juillet 2004, fabrique des diamants commémoratifs à partir des cendres des défunts.
Le principe repose sur une donnée surprenante : le corps humain contient environ 18 % de carbone, et la crémation laisse derrière elle deux à trois kilos de cendres dont une fraction reste exploitable.
Algordanza extrait ce carbone à partir de 500 grammes de cendres ou de 5 grammes de cheveux. Le matériau est purifié, converti en graphite, puis soumis à une presse haute pression qui reproduit en quelques semaines ce que la Terre fabrique sur des millions d'années.
Le diamant obtenu mesure entre 0,15 et 2 carats et prend une teinte bleutée naturelle, due à la présence de bore dans l'organisme.
Comptez à partir de 4 430 euros pour la formule la plus simple. La société exporte dans plus de trente pays et produit environ 1 000 diamants par an.
Côté loi française, ce service est cette fois parfaitement légal.
Qui a dit : "les diamants sont éternels" ?
Le principe repose sur une donnée surprenante : le corps humain contient environ 18 % de carbone, et la crémation laisse derrière elle deux à trois kilos de cendres dont une fraction reste exploitable.
Algordanza extrait ce carbone à partir de 500 grammes de cendres ou de 5 grammes de cheveux. Le matériau est purifié, converti en graphite, puis soumis à une presse haute pression qui reproduit en quelques semaines ce que la Terre fabrique sur des millions d'années.
Le diamant obtenu mesure entre 0,15 et 2 carats et prend une teinte bleutée naturelle, due à la présence de bore dans l'organisme.
Comptez à partir de 4 430 euros pour la formule la plus simple. La société exporte dans plus de trente pays et produit environ 1 000 diamants par an.
Côté loi française, ce service est cette fois parfaitement légal.
Qui a dit : "les diamants sont éternels" ?
La cryogénisation : 200 000 euros pour Berlin, et le mur de la loi française
Berlin, décembre 2019. Le Dr Emil Kendziorra et l'entrepreneur Fernando Azevedo Pinheiro fondent Tomorrow Biostasis, première entreprise européenne de cryogénisation humaine.
Le contrat fonctionne sur le modèle de l'abonnement. Comptez 50 euros par mois pour la veille médicale, plus une somme libératoire de 200 000 euros pour le corps entier ou 75 000 euros pour le cerveau seul, finançable par une assurance-vie.
Quand le client meurt, une équipe médicale arrive avec une ambulance spéciale. Le corps est refroidi, perfusé, puis acheminé à Rafz en Suisse, conservé à -196 degrés dans une cuve d'azote liquide.
La société comptait environ 700 abonnés fin 2024. À 200 000 euros par défunt, les affaires se portent bien...
En France, sachez que la cryogénisation est interdite. L'arrêt Martinot du Conseil d'État du 6 janvier 2006 a confirmé que seules l'inhumation, la crémation et le don à la science sont des modes de sépulture légaux.
L'histoire mérite tout de même le détour : le Dr Raymond Martinot avait fait conserver son épouse Monique dans une cuve réfrigérée dès 1984, dans la crypte de leur château de Nueil-sur-Layon. Son fils Rémy a porté l'affaire jusqu'au Conseil d'État, qui a tranché : les corps devaient être inhumés. La suite est presque ironique : une panne d'électricité a frappé les caissons peu après l'arrêt du Conseil d'État et Rémy Martinot s'est donc résolu à faire incinérer ses parents...
Le contrat fonctionne sur le modèle de l'abonnement. Comptez 50 euros par mois pour la veille médicale, plus une somme libératoire de 200 000 euros pour le corps entier ou 75 000 euros pour le cerveau seul, finançable par une assurance-vie.
Quand le client meurt, une équipe médicale arrive avec une ambulance spéciale. Le corps est refroidi, perfusé, puis acheminé à Rafz en Suisse, conservé à -196 degrés dans une cuve d'azote liquide.
La société comptait environ 700 abonnés fin 2024. À 200 000 euros par défunt, les affaires se portent bien...
En France, sachez que la cryogénisation est interdite. L'arrêt Martinot du Conseil d'État du 6 janvier 2006 a confirmé que seules l'inhumation, la crémation et le don à la science sont des modes de sépulture légaux.
L'histoire mérite tout de même le détour : le Dr Raymond Martinot avait fait conserver son épouse Monique dans une cuve réfrigérée dès 1984, dans la crypte de leur château de Nueil-sur-Layon. Son fils Rémy a porté l'affaire jusqu'au Conseil d'État, qui a tranché : les corps devaient être inhumés. La suite est presque ironique : une panne d'électricité a frappé les caissons peu après l'arrêt du Conseil d'État et Rémy Martinot s'est donc résolu à faire incinérer ses parents...
Et nos animaux de compagnie dans tout cela ?
L'autre marché qui s'ouvre concerne nos compagnons à quatre pattes. Tomorrow Biostasis a lancé en 2024 une offre dédiée aux chiens et chats sur sol américain.
En Asie, surtout en Chine et en Corée du Sud, plusieurs sociétés proposent déjà la lyophilisation des animaux décédés : le procédé retire toute l'eau du corps par sublimation sous vide.
En France, cette pratique n'est ni interdite ni vraiment encadrée.
Reste à savoir ce que cette numérisation fera de notre rapport au deuil dans vingt ou trente ans. La CNIL a publié en 2025 son Cahier Innovation et Prospective n°10 intitulé Nos données après nous, qui ouvre justement cette boîte de Pandore sur la mémoire numérique post-mortem.
La discussion ne fait que commencer.
En Asie, surtout en Chine et en Corée du Sud, plusieurs sociétés proposent déjà la lyophilisation des animaux décédés : le procédé retire toute l'eau du corps par sublimation sous vide.
En France, cette pratique n'est ni interdite ni vraiment encadrée.
Reste à savoir ce que cette numérisation fera de notre rapport au deuil dans vingt ou trente ans. La CNIL a publié en 2025 son Cahier Innovation et Prospective n°10 intitulé Nos données après nous, qui ouvre justement cette boîte de Pandore sur la mémoire numérique post-mortem.
La discussion ne fait que commencer.
Sources :
- Hollanek T. & Nowaczyk-Basińska K., "Griefbots, Deadbots, Postmortem Avatars", Philosophy and Technology, 9 mai 2024
- Université de Cambridge, Leverhulme Centre for the Future of Intelligence, communiqué presse 2024
- CNIL, "Mort numérique : quels sont vos droits ?", mise à jour 31 octobre 2025
- CNIL, Cahier Innovation et Prospective n°10 "Nos données après nous", 2025
- Conseil d'État, 5e et 4e SSR, arrêt du 6 janvier 2006, n° 260307, M. Rémy Martinot et autres, publié au recueil Lebon
- Tomorrow Biostasis, site officiel et Fortune Magazine, 15 novembre 2024
- Algordanza, site officiel et Sciencepost, données 2024
- Souvenir QR, Dernier Instant, sites officiels 2026
- Hollanek T. & Nowaczyk-Basińska K., "Griefbots, Deadbots, Postmortem Avatars", Philosophy and Technology, 9 mai 2024
- Université de Cambridge, Leverhulme Centre for the Future of Intelligence, communiqué presse 2024
- CNIL, "Mort numérique : quels sont vos droits ?", mise à jour 31 octobre 2025
- CNIL, Cahier Innovation et Prospective n°10 "Nos données après nous", 2025
- Conseil d'État, 5e et 4e SSR, arrêt du 6 janvier 2006, n° 260307, M. Rémy Martinot et autres, publié au recueil Lebon
- Tomorrow Biostasis, site officiel et Fortune Magazine, 15 novembre 2024
- Algordanza, site officiel et Sciencepost, données 2024
- Souvenir QR, Dernier Instant, sites officiels 2026
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