Actualité Médicale

Un adulte sur trois, annonce la campagne de l'Assurance Maladie : sauf qu'après 65 ans, l'hypertension touche deux personnes sur trois, et votre tension monte sans prévenir

Le chiffre revient dans tous les médias depuis le début du mois : un adulte sur trois est touché par l'hypertension. L'Assurance Maladie s'en sert pour lancer sa campagne nationale, qui vise 17 millions de personnes. Cette moyenne écrase pourtant une réalité bien plus lourde une fois 65 ans passés, quand la tension monte sans faire de bruit. Une personne sur deux ignore encore de quel côté elle se trouve.

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Par | Publié le 8 Septembre 2026 à 16:00 | mis à jour le 8 Septembre 2026 à 16:01
Un senior prend sa tension sur la table de sa salle à manger - Illustration générée par IA
Un senior prend sa tension sur la table de sa salle à manger - Illustration générée par IA

Ce que la campagne vous demande, et ce qu'elle ne dit pas

La campagne repose sur un paradoxe. Elle demande à chacun de connaître ses chiffres, alors que la maladie ne prévient jamais. L'Assurance Maladie le dit sans détour : les maladies cardiovasculaires se développent le plus souvent sans le moindre signe annonciateur, parfois pendant des années. On peut donc se sentir en pleine forme pendant que les artères se rigidifient.

Le mot d'ordre tient en une ligne : faites contrôler votre tension, même quand tout va bien. Sauf que ce contrôle, tel que la plupart des gens l'imaginent, ne suffit pas à poser un diagnostic. Une seule mesure au cabinet ne dit presque rien. Ce qui décide, c'est une série de chiffres relevés ailleurs, sur un appareil qu'aucune caisse ne paie.
 
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Après 65 ans, deux personnes sur trois sont concernées

Le chiffre de 17 millions circule partout depuis le lancement. Il ne concerne pourtant pas tout le monde de la même façon. L'Assurance Maladie précise que le risque atteint 40 % des personnes à 65 ans et 90 % à 85 ans. La moyenne cache donc un écart considérable entre un lecteur de 45 ans et un lecteur de 72 ans.

Les données de Santé publique France chiffrent cet écart. Dans l'enquête Esteban, la fréquence de l'hypertension passe de 6,3 % chez les 18-34 ans à 67,8 % chez les 65-74 ans. Autrement dit, après 65 ans, deux personnes sur trois sont concernées. Un hypertendu sur deux, seulement, connaît son diagnostic.

Le total lui-même vient d'un calcul. Santé publique France a dénombré 12,7 millions d'hypertendus entre 18 et 74 ans, puis a étendu le taux des 65-74 ans aux âges supérieurs pour arriver à 17 millions. La différence, soit 4,3 millions de personnes, correspond aux plus de 74 ans : un quart du chiffre affiché repose sur cette projection. Ce calcul est de la rédaction, à partir des données du Bulletin épidémiologique hebdomadaire. Le détail de la campagne figure dans l'actualité publiée par l'Assurance Maladie le 4 septembre.
 

Le chiffre qui compte se relève chez vous

Voilà le point que la campagne ne développe pas. La tension prise au cabinet et la tension prise chez soi ne se jugent pas sur le même seuil. Chez le médecin, on parle d'hypertension à partir de 140/90. À la maison, le seuil descend à 135/85, parce que la mesure se fait au calme, sans blouse blanche en face.

Deux pièges expliquent cette différence. Le premier est connu : la tension monte à l'approche du médecin, et l'on obtient un chiffre élevé chez quelqu'un qui va bien. Le second l'est moins. La tension peut rester sage au cabinet et grimper le reste de la journée. L'Assurance Maladie appelle cela l'hypertension masquée, et elle ne se voit jamais en consultation.

La Haute Autorité de santé demande donc de confirmer le diagnostic en dehors du cabinet avant d'ouvrir un traitement. La méthode porte un nom simple, la règle des 3 : trois mesures le matin avant le petit-déjeuner, trois mesures le soir avant le coucher, trois jours de suite. Cela fait dix-huit chiffres, dont on garde la moyenne. C'est elle, et non la mesure du cabinet, qui décide.

Les conditions comptent autant que l'appareil. Il faut être assis depuis cinq minutes, dos calé, pieds au sol, sans avoir bu de café ni fumé dans la demi-heure. Il ne faut pas parler pendant la mesure : quelques mots suffisent à faire monter le résultat. Un brassard de bras est préférable à un modèle de poignet, plus sensible aux erreurs de position.
 

Après 80 ans, la cible n'est plus la même

Un lecteur de 82 ans ne se lit pas comme un lecteur de 55 ans, et c'est le point le plus mal connu du dossier. Les recommandations françaises de prise en charge fixent un objectif différent après un certain âge. Pour un adulte traité, la Haute Autorité de santé vise une tension du haut comprise entre 130 et 139 au cabinet. Chez une personne de 80 ans et plus, l'objectif devient une tension du haut inférieure à 150, ce qui n'est pas la même chose du tout.

Cette souplesse n'est pas une négligence. Elle protège d'un risque précis : la chute de tension au moment où l'on se lève, que les médecins appellent hypotension orthostatique. Une tension poussée trop bas chez une personne âgée provoque des vertiges au lever, et les vertiges provoquent des chutes. Les mêmes recommandations demandent d'ailleurs de ne pas dépasser trois médicaments contre la tension après 80 ans, pour limiter les effets indésirables.

D'où un geste à ajouter à la règle des 3 quand on a passé cet âge. Prenez aussi votre tension debout, une à trois minutes après vous être levé, et notez le chiffre à part. S'il s'effondre par rapport à la mesure assise, votre médecin doit le savoir avant d'ajuster quoi que ce soit.
 

Votre tensiomètre reste entièrement à votre charge

Vient alors la question que la campagne laisse entière. Le relevé de dix-huit mesures suppose un appareil à domicile, et l'Assurance Maladie n'en prend pas un centime en charge. Le tensiomètre ne figure pas sur la liste des produits et prestations remboursables, celle qui conditionne toute prise en charge par l'Assurance Maladie. La documentation du système national des données de santé le range parmi les dispositifs non remboursables, aux côtés du thermomètre.

La règle ne bouge pas selon la situation. Une ordonnance du cardiologue ne change rien, une hypertension déjà diagnostiquée non plus. En pharmacie, comptez de 30 à 80 euros pour un modèle de bras correct. En revanche, beaucoup de mutuelles prennent en charge tout ou partie de l'achat au titre de leur forfait prévention : l'ordonnance sert alors auprès d'elles, pas auprès de la caisse.

Deux autres voies existent avant d'acheter. Certains médecins gardent des appareils qu'ils prêtent le temps du relevé, et il vaut la peine de poser la question en consultation. Des pharmacies proposent également la location au mois, ce qui suffit largement pour trois jours de mesures.
 

Trois jours pour savoir où vous en êtes

Trois jours suffisent donc à savoir où vous en êtes. Notez les dix-huit chiffres sur une feuille, faites-en la moyenne à la calculatrice, et apportez ce relevé à votre médecin plutôt qu'un souvenir approximatif. Si cette moyenne dépasse 135 pour le haut ou 85 pour le bas, la conversation change de nature.

La campagne a raison sur un point : ces chiffres ne servent à rien tant qu'ils restent dans l'appareil.

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