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Bien-être
Sexualité après 60 ans : ce que révèle la plus grande enquête jamais menée en France sur 31 000 personnesPar Régis Mayer | Publié le 24/02/2026 à 14:27
Le relevé arrive par téléphone, un mardi matin. Trente-quatre minutes de questions sur l'intimité, le désir, le plaisir — et les silences qui s'installent avec l'âge. Plus de 31 000 Français ont accepté de répondre. Les chiffres qui en ressortent bousculent plusieurs certitudes, y compris chez les médecins.Ce que dit l'enquête Inserm sur la sexualité des plus de 50 ans
L'enquête « Contexte des Sexualités en France » (CSF-2023), publiée en novembre 2024 par l'Inserm et l'ANRS-Maladies infectieuses émergentes, est la plus vaste jamais réalisée dans l'Hexagone sur le sujet. Au total, 31 518 personnes âgées de 15 à 89 ans ont été interrogées entre novembre 2022 et décembre 2023, par téléphone puis par questionnaire en ligne. C'est la quatrième enquête de ce type depuis 1970 — la dernière remontait à 2006.
Premier constat : la vie sexuelle ne s'arrête pas à la retraite. Parmi les 50-89 ans, 73,8 % des hommes et 56,6 % des femmes déclarent avoir eu une activité sexuelle au cours des douze derniers mois. Chez les personnes en couple, les chiffres grimpent à 84,9 % pour les hommes et 77,2 % pour les femmes. Deuxième constat : les pratiques se diversifient avec l'âge. L'enquête observe une augmentation de la masturbation chez les femmes de toutes les tranches d'âge (72,9 % déclarent l'avoir déjà pratiquée en 2023, contre 56,5 % en 2006 et 42,4 % en 1992). Les répertoires sexuels s'élargissent globalement — un phénomène que les chercheuses de l'Inserm relient à l'évolution des représentations culturelles et à un accès plus large à l'information. Troisième constat, plus nuancé : la satisfaction sexuelle progresse… sauf après 60 ans chez les hommes. En moyenne, 45,3 % des femmes et 39 % des hommes de 18 à 69 ans se déclarent « très satisfaits » de leur vie sexuelle en 2023. C'est mieux qu'en 2006. Mais les hommes de plus de 60 ans constituent la seule tranche d'âge où la satisfaction recule par rapport à l'enquête précédente. Les résultats complets de l'enquête CSF-2023 sont consultables sur le site dédié de l'Inserm : csf.inserm.fr/resultats. Troubles sexuels après 60 ans : des chiffres encore sous-estimés
L'enquête CSF-2023 lève aussi le voile sur un sujet rarement abordé en consultation : les troubles sexuels, que les spécialistes appellent « dysfonctions sexuelles » (c'est-à-dire les difficultés persistantes liées au désir, à l'excitation, à l'érection, à l'orgasme ou à la douleur pendant les rapports).
En France, 20 % des femmes et 10,3 % des hommes de 18 à 69 ans déclarent en souffrir. Le pourcentage augmente avec l'âge. Chez les hommes, les troubles de l'érection touchent environ un tiers des 60-69 ans, selon les données concordantes de plusieurs enquêtes nationales et internationales. Chez les femmes, la sécheresse vaginale liée à la ménopause est le premier frein à une sexualité épanouie, mais les douleurs pendant les rapports et la baisse de désir sont également fréquentes. Le problème n'est pas seulement physique. L'enquête Harris de 2011 avait déjà montré que le premier obstacle à la vie sexuelle des seniors n'est pas l'âge, mais la solitude et le manque de partenaire. Près de la moitié des femmes de 80 ans sont veuves en France, contre seulement 18 % des hommes. L'isolement, la perte de confiance en soi et le poids du tabou empêchent aussi un grand nombre de personnes d'évoquer le sujet avec un professionnel de santé. Le constat des sexologues est unanime : la majorité des troubles sexuels liés à l'âge peuvent être améliorés, voire résolus, par un accompagnement adapté. Mais il faut d'abord en parler — et savoir à qui s'adresser. Consulter un sexologue : qui peut vous aider et à quel prix
Le mot « sexologue » recouvre des réalités très différentes — et c'est souvent là que la confusion commence.
🩺 Médecin sexologue Formation Médecin (généraliste, gynécologue, urologue…) + DIU en sexologie Actes autorisés Examen physique, prescriptions (médicaments, examens complémentaires) Remboursement Sécu OUI — 70 % de la base (≈ 21 € sur 30 €) Tarif moyen 30 € (secteur 1) à 120 € (secteur 2, Île-de-France) 🧠 Sexologue non-médecin Formation Psychologue ou thérapeute + formation en sexologie (DIU ou équivalent) Actes autorisés Accompagnement par la parole uniquement — ni examen, ni prescription Remboursement Sécu NON — 0 € (mutuelle seule, forfait « médecines douces ») Tarif moyen 50 à 70 € (province) — 80 à 120 € (Île-de-France) Attention : la profession de sexologue n'est pas réglementée en France. N'importe qui peut ouvrir un cabinet et se déclarer sexologue. Avant de consulter, vérifiez que le praticien possède un DIU en sexologie délivré par une université reconnue. Le Syndicat National des Sexologues Cliniciens (SNSC) tient un annuaire de professionnels qualifiés. Un suivi classique dure en moyenne 5 à 10 séances. Le coût total peut donc atteindre 500 à 1 200 € selon le praticien et la durée du traitement — un frein réel pour les retraités à revenus modestes. Côté tarifs, les prix varient selon le praticien et la zone géographique :
Remboursement : ce que la Sécurité sociale prend réellement en charge
C'est le point que la plupart des seniors ignorent : une consultation chez un sexologue peut être remboursée par la Sécurité sociale — mais uniquement sous certaines conditions très précises.
Remboursé Médecin sexologue conventionné Type de praticien Médecin (généraliste, gynécologue, urologue…) avec DIU en sexologie Remboursement Sécu 70 % de la base (≈ 21 € sur 30 €) Condition obligatoire Parcours de soins coordonnés (passer par le médecin traitant) Dépassements d'honoraires Fréquents en secteur 2 (50 à 120 € par séance — reste à charge élevé) Non remboursé Sexologue non-médecin Type de praticien Psychologue, sexothérapeute, sexologue clinicien Remboursement Sécu 0 € — aucune prise en charge Prise en charge possible Uniquement via la mutuelle (forfait "médecines douces" ou "bien-être") Remboursement mutuelle moyen 30 à 50 € par séance — plafond annuel de 100 à 300 € selon contrat En résumé : pour être remboursé au maximum, il faut consulter un médecin sexologue conventionné secteur 1, orienté par le médecin traitant dans le cadre du parcours de soins coordonnés. Si vous choisissez un sexologue non-médecin, vérifiez les garanties de votre mutuelle : certains contrats prévoient un forfait « médecines douces » qui couvre partiellement les séances, avec un plafond annuel. Les bénéficiaires de la C2S (Complémentaire Santé Solidaire, l'ancienne CMU-C, c'est-à-dire la mutuelle gratuite attribuée sous conditions de revenus) peuvent être pris en charge intégralement s'ils consultent un médecin sexologue exerçant en milieu hospitalier. Comment en parler à son médecin traitant
C'est souvent l'étape la plus difficile. Évoquer des troubles sexuels — baisse de désir, douleurs, problèmes d'érection — devant son généraliste n'a rien d'évident, surtout quand on a grandi dans une génération où le sujet restait privé.
Pourtant, le médecin traitant est le point de départ obligatoire pour être correctement remboursé. C'est lui qui vous orientera vers un médecin sexologue conventionné dans le cadre du parcours de soins coordonnés. Sans cette orientation, le taux de remboursement chute. Quelques repères pour aborder le sujet :
Sources :
- Enquête « Contexte des Sexualités en France » (CSF-2023), Inserm/ANRS-MIE, novembre 2024 - Service-Public.gouv.fr, « Médecin traitant et parcours de soins coordonnés », 2024 La rédaction vous conseille
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