Ce que trois cohortes ont vraiment mesuré
Le travail a été publié le 26 août dans JAMA Network Open par des équipes de l'Albert Einstein College of Medicine, de l'université de Boston et du Tufts Medical Center. C'est le plus large jamais mené sur cette question précise : non pas la santé des centenaires, déjà étudiée sous toutes les coutures, mais celle de leurs enfants, sexagénaires et septuagénaires au moment de leur entrée dans l'étude.
Les chercheurs ont réuni trois suivis de longue durée menés indépendamment les uns des autres : l'étude LonGenity à New York, la New England Centenarian Study à Boston et la banque médicale britannique UK Biobank. 2 319 enfants de centenaires y sont comparés à 2 703 témoins, dont les parents sont morts à 85 ans ou avant, ou qui sont les conjoints d'enfants de centenaires. Le plus ancien de ces suivis court sur vingt-neuf ans, les deux autres sur seize. C'est cette durée qui donne son poids au résultat, et c'est aussi elle qui manquait aux travaux précédents.
Les chercheurs ont réuni trois suivis de longue durée menés indépendamment les uns des autres : l'étude LonGenity à New York, la New England Centenarian Study à Boston et la banque médicale britannique UK Biobank. 2 319 enfants de centenaires y sont comparés à 2 703 témoins, dont les parents sont morts à 85 ans ou avant, ou qui sont les conjoints d'enfants de centenaires. Le plus ancien de ces suivis court sur vingt-neuf ans, les deux autres sur seize. C'est cette durée qui donne son poids au résultat, et c'est aussi elle qui manquait aux travaux précédents.
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Vivre plus longtemps, ou vieillir en meilleure santé
Le résultat le plus repris depuis fin août tient en trois pourcentages. À âge égal, les enfants de centenaires présentent un risque de décès inférieur de 42 %, un risque de maladie cardiovasculaire inférieur de 33 % et un risque d'hypertension inférieur de 32 %. Ces chiffres sont exacts, mais ils décrivent une probabilité de groupe, et une probabilité ne raconte pas ce que vit une personne.
Le vrai apport de l'étude est ailleurs, dans une notion que les gériatres appellent le report de la maladie. Le décès survient en moyenne trois ans plus tard chez les enfants de centenaires. Surtout, quand une maladie de l'âge finit par arriver, elle arrive plus tard : cinq ans de décalage pour l'hypertension, qui touche presque tout le monde en vieillissant. Ce n'est pas la même chose que de vivre trois ans de plus. C'est vivre le même nombre d'années avec moins d'années de traitements, de rendez-vous et de contraintes.
Voilà pourquoi cette question intéresse les chercheurs bien au-delà des familles concernées. Depuis vingt ans, la médecine du vieillissement cherche à repousser l'entrée en maladie plutôt qu'à ajouter des années à la fin. Les familles de centenaires font naturellement ce que personne ne sait encore provoquer, et c'est précisément ce qui rend leur biologie intéressante.
Le vrai apport de l'étude est ailleurs, dans une notion que les gériatres appellent le report de la maladie. Le décès survient en moyenne trois ans plus tard chez les enfants de centenaires. Surtout, quand une maladie de l'âge finit par arriver, elle arrive plus tard : cinq ans de décalage pour l'hypertension, qui touche presque tout le monde en vieillissant. Ce n'est pas la même chose que de vivre trois ans de plus. C'est vivre le même nombre d'années avec moins d'années de traitements, de rendez-vous et de contraintes.
Voilà pourquoi cette question intéresse les chercheurs bien au-delà des familles concernées. Depuis vingt ans, la médecine du vieillissement cherche à repousser l'entrée en maladie plutôt qu'à ajouter des années à la fin. Les familles de centenaires font naturellement ce que personne ne sait encore provoquer, et c'est précisément ce qui rend leur biologie intéressante.
Là où la longévité de vos parents ne change rien
L'avantage familial n'est pourtant pas général, et c'est l'autre enseignement du travail. Devant le cancer, l'écart disparaît complètement : les enfants de centenaires en développent autant que les autres, ni moins souvent, ni plus tard. Sur l'accident vasculaire cérébral, le signal n'apparaît que dans les deux cohortes américaines et s'efface dans la britannique. Ce que les familles longévives transmettent semble donc concerner le cœur et les artères, pas l'ensemble des maladies du vieillissement.
Ce que le mode de vie n'explique pas
L'explication la plus simple aurait été celle des habitudes transmises. Dans une famille où l'on fume peu, où l'on marche beaucoup, où l'on mange sans excès, les enfants reprennent les gestes des parents et vivent plus vieux à leur tour. Les auteurs ont donc refait tous leurs calculs en neutralisant le tabac, l'alcool, l'activité physique, l'alimentation, le niveau d'études et la situation sociale. L'écart a tenu.
« Cela ne veut pas dire que le mode de vie ne compte pas, les comportements favorables à la santé restent importants pour tout le monde », précise Eric Reed, chercheur à l'Albert Einstein College of Medicine et premier auteur de l'étude. Certaines familles disposeraient simplement, en plus, d'un avantage biologique que personne n'a encore identifié. C'est tout l'objet des recherches en cours à New York : trouver les gènes, les protéines ou les hormones qui retardent l'entrée en maladie dans ces familles-là. S'ils y parviennent, l'avantage cesserait d'être réservé à ceux qui l'ont reçu par hasard.
« Cela ne veut pas dire que le mode de vie ne compte pas, les comportements favorables à la santé restent importants pour tout le monde », précise Eric Reed, chercheur à l'Albert Einstein College of Medicine et premier auteur de l'étude. Certaines familles disposeraient simplement, en plus, d'un avantage biologique que personne n'a encore identifié. C'est tout l'objet des recherches en cours à New York : trouver les gènes, les protéines ou les hormones qui retardent l'entrée en maladie dans ces familles-là. S'ils y parviennent, l'avantage cesserait d'être réservé à ceux qui l'ont reçu par hasard.
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Explosion du nombre de centenaires en France
Nous touchons ici la limite de ce genre de travail, et je préfère l'écrire franchement. Les auteurs signalent eux-mêmes que leurs participants étaient en majorité blancs et qu'une partie des informations de santé reposait sur du déclaratif ; s'y ajoute qu'aucune des trois cohortes n'est française. L'étude établit une association robuste, pas une cause identifiée.
Explosion du nombre de centenaires en France
Vos parents sont partis avant 85 ans : ce qui vous reste
Ramenons la question chez nous. La France comptait 37 000 centenaires en 2026, soit 0,05 % de la population, selon les projections de population publiées par l'Insee en juin dernier. Rapporté à 69,1 millions d'habitants, cela fait un centenaire pour 1 867 Français : le calcul est le nôtre. Autrement dit, le groupe de comparaison de l'étude, celui des parents morts à 85 ans ou avant, c'est presque tout le monde, puisque l'espérance de vie s'établit à 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes.
Si vos parents sont partis avant quatre-vingt-cinq ans, vous êtes donc dans ce groupe-là, et le report de cinq ans ne figure pas dans votre héritage. Mais une moyenne calculée sur cinq mille personnes ne dit rien d'une trajectoire individuelle. Un enfant de centenaire peut mourir à soixante ans, et quelqu'un dont les deux parents sont partis tôt peut souffler ses quatre-vingt-quinze bougies. L'hérédité décrite ici déplace une probabilité, elle ne distribue pas des destins.
Or ce que l'étude neutralise dans ses calculs, le tabac, l'alcool, la marche, l'alimentation, reste exactement ce sur quoi chacun garde la main. Ces facteurs n'expliquent pas l'écart entre les deux groupes, ce qui est très différent de ne servir à rien. Et le terrain où l'avantage familial se lit le mieux, la tension artérielle, est aussi celui où le dépistage est le plus simple : Santé publique France estime à 17 millions le nombre d'adultes hypertendus dans le pays, dont près de six millions l'ignorent. La question posée aux repas de famille a donc une réponse, et elle laisse la moitié du chemin entre vos mains.
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