Arnaques

Sa carte grise piratée : Gérard, 72 ans, paie les amendes d'un inconnu

Par | Publié le 05/02/2026 à 11:53 | mis à jour le 11/03/2026 à 13:35

Des milliers d'automobilistes reçoivent chaque année des contraventions pour des infractions qu'ils n'ont jamais commises, piégés par une fraude aux plaques en pleine explosion. Une faille de sécurité béante, un préjudice qui se chiffre en millions d'euros.


Ce qu'il faut retenir

  1. Des hackers ont piraté le Système d'Immatriculation des Véhicules (SIV) et créé des milliers de fausses cartes grises, facilitant la circulation de véhicules volés ou frauduleux
  2. Près de 23 000 plaques d'immatriculation sont usurpées chaque année en France, un chiffre en hausse de 46 % en six ans
  3. Les victimes reçoivent des amendes, risquent des retraits de points et doivent engager des démarches complexes pour prouver leur innocence
  4. En cas d'amende injustifiée : porter plainte immédiatement, contester dans les 45 jours sur le site de l'ANTAI, demander un nouveau numéro sur le site de l'ANTS
  5. Ne jamais publier de photo de son véhicule avec la plaque visible sur internet ou les réseaux sociaux
Un retraité découvre un courrier d'amende injustifié  © SeniorActu
Un retraité découvre un courrier d'amende injustifié © SeniorActu

Une amende, puis deux, puis cinq : le cauchemar vécu par Gérard

C'est en ouvrant sa boîte aux lettres, un mardi matin de janvier, que Gérard, 72 ans, ancien conducteur de bus à Châtellerault, a senti le sol se dérober. Une enveloppe de l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI). À l'intérieur, un avis de contravention pour excès de vitesse : 135 €, constatés par un radar automatique sur une autoroute des Bouches-du-Rhône. Le problème, c'est que ce jour-là, sa Peugeot 308 grise n'avait pas quitté le garage.

« J'ai cru à une erreur administrative. J'ai même vérifié trois fois la plaque sur l'avis. C'était bien la mienne. Mais moi, ce jour-là, j'étais chez le cardiologue à Poitiers. »

Gérard fait partie, sans le savoir encore, des victimes d'un phénomène en pleine explosion en France : l'usurpation de plaque d'immatriculation, que les spécialistes appellent « doublette ». Selon le ministère de l'Intérieur, près de 23 000 plaques sont usurpées chaque année, un chiffre en hausse de 46 % en six ans. Et la situation vient de prendre une ampleur inédite : des hackers ont piraté le Système d'Immatriculation des Véhicules (SIV) — la base de données nationale qui gère toutes les cartes grises — pour créer des milliers de faux certificats, facilitant la mise en circulation de véhicules volés ou frauduleux.

Une faille de sécurité que des hackers exploitent à grande échelle

Pour comprendre comment Gérard s'est retrouvé pris au piège, il faut remonter le fil d'une mécanique aussi simple que redoutable. Un escroc repère un véhicule similaire au sien — même marque, même modèle, même couleur — et fait fabriquer une plaque identique. Sur internet, une plaque coûte à peine 13 €, sans aucun contrôle d'identité ni de carte grise. Le fraudeur roule alors sous une fausse identité, accumule infractions et excès de vitesse, et c'est le vrai propriétaire qui reçoit les amendes.

Mais depuis quelques mois, le phénomène a changé d'échelle. La Fédération nationale de l'automobile (FNA) a révélé que 22 garages répartis sur tout le territoire ont été piratés. Le mode opératoire est toujours le même : un courriel piégé, une pièce jointe malveillante, et les hackers prennent le contrôle de l'ordinateur du garagiste. Ils s'emparent de son habilitation pour accéder au SIV et, souvent de nuit, éditent des centaines de cartes grises frauduleuses. Le préjudice total est estimé à 3 millions d'euros.

Le vice-président de la FNA, Bruno Choix, pointe une faille de sécurité béante : l'accès au SIV ne repose que sur un simple code à quatre chiffres, sans aucune double authentification. La FNA a saisi les cabinets du Premier ministre, des ministères de l'Économie et de l'Intérieur pour exiger un renforcement urgent de la sécurité du système.

Comme Gérard, des centaines de milliers d'automobilistes sont potentiellement exposés. Les véhicules blanchis par de fausses cartes grises circulent librement. Certains servent au trafic de stupéfiants, d'autres à commettre des infractions routières en toute impunité. Selon une note de la police judiciaire, 250 000 véhicules échapperaient ainsi aux procès-verbaux grâce à des immatriculations frauduleuses.

620 € d'amendes en trois semaines pour des infractions jamais commises

Pour Gérard, la première amende n'était que le début. En trois semaines, il en a reçu quatre autres : deux stationnements à Marseille, un franchissement de feu rouge à Lyon, un nouveau radar sur l'A7. Total : 620 € d'amendes pour des infractions qu'il n'a jamais commises — sans compter les points de permis menacés.

« Ma fille m'a dit : Papa, il faut porter plainte tout de suite. Moi, je ne savais même pas que ça existait, cette histoire de doublette. À 72 ans, on ne s'attend pas à ça. »

Le cauchemar ne s'arrête pas aux amendes. Un automobiliste victime de doublette doit engager un véritable parcours du combattant administratif. Déposer plainte au commissariat ou en gendarmerie, demander la photo du radar au Centre automatisé de constatation des infractions routières (CACIR), contester chaque amende une par une dans un délai de 45 jours, puis demander un changement de numéro d'immatriculation sur le site de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS). Des démarches qui se font presque exclusivement en ligne, ce qui complique la tâche pour les seniors les moins à l'aise avec le numérique.

Le changement de carte grise est gratuit en cas d'usurpation avérée — seuls 2,76 € de frais d'acheminement restent à la charge de la victime. Mais le délai de traitement par l'ANTS peut atteindre plusieurs semaines, voire plus de deux mois, pendant lesquels de nouvelles amendes peuvent continuer à arriver. Un cercle vicieux que de nombreuses victimes décrivent comme un engrenage épuisant. Pour Gérard, c'est en se connectant à la plateforme de contestation de l'ANTAI — avec l'aide de sa fille — qu'il a pu entamer les démarches. L'usurpation de plaque est un délit puni de 7 ans de prison et 30 000 € d'amende. Mais les auteurs sont rarement identifiés.

Ce que Gérard a fait — et ce que vous devez faire si ça vous arrive

Gérard a finalement obtenu un nouveau numéro d'immatriculation, cinq semaines après son dépôt de plainte. Ses cinq amendes ont été annulées. Mais il dit avoir perdu le sommeil pendant un mois, et avoir dépensé une énergie considérable dans des démarches qu'il qualifie de « labyrinthiques ».

Si vous êtes dans la même situation — une amende reçue pour une infraction que vous n'avez pas commise — voici les étapes à suivre sans attendre :
 
Étape 1 Urgence
📄
Portez plainte immédiatement
Au commissariat ou en gendarmerie, pour « usurpation de plaque d'immatriculation ». Le récépissé est indispensable pour toute la suite.
Étape 2 Sous 45 jours
📝
Contestez chaque amende
En ligne sur le site de l'ANTAI ou par courrier recommandé. Cochez « Ce n'était pas mon véhicule » et joignez le récépissé de plainte.
Étape 3 Changement de plaque
🔒
Demandez un nouveau numéro
Sur le site de l'ANTS (immatriculation.ants.gouv.fr). Gratuit hors frais d'envoi (2,76 €). Conservez le certificat provisoire.
Étape 4 Protection
☑️
Prévenez votre assurance auto
Pour éviter toute conséquence sur votre contrat ou votre bonus-malus.

Pour limiter les risques en amont, ne publiez jamais de photo de votre véhicule avec la plaque visible sur internet ou les réseaux sociaux. C'est l'un des principaux canaux utilisés par les fraudeurs pour repérer des plaques à dupliquer.

 
Sources :
- Fédération nationale de l'automobile (FNA), communiqué du 19 janvier 2026
- Franceinfo, 4 février 2026
- Service-public.fr, fiche « Usurpation de plaque d'immatriculation », vérifiée le 10 janvier 2025
- Ministère de l'Intérieur, bilan 2023 des infractions routières
- UFC-Que Choisir, novembre 2024




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