Retraite

Retraite : au 1er septembre 2026, en repoussant d'un mois votre date de départ, la Cnav cesse d'exiger les deux trimestres qui bloquaient votre pension

À une semaine du 1er septembre, les caisses de retraite s'apprêtent à appliquer deux barèmes différents au même dossier. Tout dépend du mois où votre pension prend effet, et non de votre seule année de naissance. Une date de départ calée au 1er août ne donne pas droit aux mêmes trimestres qu'une date calée au 1er septembre. Et il reste quelques jours pour en tenir compte.

Partager : W f X in @

Article rédigé par | Publié le 25 Août 2026 à 08:57 | mis à jour le 25 Août 2026 à 10:51
Un homme montré deux fois côte à côte, en tenue de travail à gauche et au jardin à droite - Illustration générée par IA
Un homme montré deux fois côte à côte, en tenue de travail à gauche et au jardin à droite - Illustration générée par IA

Une semaine avant la bascule des barèmes

Deux personnes nées le même jour, qui partent à quatre semaines d'écart, ne relèvent pas de la même règle. Voilà ce qui s'installe le 1er septembre dans les caisses de retraite. La suspension de la réforme de 2023 ne regarde pas seulement votre année de naissance : elle regarde le mois où votre pension commence à courir. Le 31 août au soir, l'ancienne grille tient encore.

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a mis en pause jusqu'en 2028 le relèvement de l'âge légal et l'allongement de la durée d'assurance. Sauf qu'elle a posé une condition d'application que peu de futurs retraités ont retenue : seules les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 en bénéficient. Service Public le confirme dans sa fiche consacrée à la suspension de la réforme des retraites, qui renvoie au texte du 30 décembre 2025.

Le détail des chiffres tient en quatre lignes. Pour la génération 1964, la durée exigée descend de 171 à 170 trimestres, et l'âge légal de 63 ans à 62 ans et 9 mois. Pour ceux qui sont nés entre janvier et mars 1965, l'exigence tombe de 172 à 170 trimestres, soit l'écart le plus large de tout le tableau. Pour le reste de l'année 1965, elle passe de 172 à 171. À partir de 1966, les 172 trimestres restent dus, et seul l'âge de départ recule d'un trimestre.
 
La Newsletter SeniorActu
Chaque vendredi
Retraite, santé, pouvoir d'achat : la synthèse de l'actualité des seniors directement dans votre boîte mail.
Adresse e-mail

Votre date d'effet pèse plus que votre anniversaire

Or c'est là que le calendrier administratif devient une affaire d'argent. La date d'effet, c'est le premier jour du mois à partir duquel votre pension commence à être payée, et c'est vous qui la choisissez dans votre demande. Elle ne se confond ni avec la date de dépôt du dossier, ni avec celle de votre dernier jour travaillé. Le texte ne parle que d'elle.

Prenons le cas d'une personne née en juillet 1965 qui a commencé à travailler avant 20 ans. Sous la règle en vigueur jusqu'au 31 août, il lui faut 172 trimestres cotisés pour partir. À compter du 1er septembre, il lui en faut 171. Si elle atteint son 171e trimestre à l'automne, la bascule lui ouvre un départ au 1er octobre au lieu du 1er janvier 2027, soit trois mois de pension qui commencent plus tôt.
  L'Assurance retraite a confirmé que l'enregistrement des dossiers portant un point de départ au 1er septembre ou au 1er octobre est effectif et que leur instruction devait démarrer. La caisse a également précisé le calendrier pour les premiers concernés : pour un départ au 1er septembre, la notification part au plus tard fin août et le premier versement intervient le 9 octobre. Nous sommes le 25 août : ces courriers sont en train de sortir.

Reste que rien de tout cela ne se déclenche seul. Personne, dans aucune caisse, n'a l'obligation de vérifier si une autre date de départ vous serait plus favorable. Le dossier est instruit tel que vous l'avez déposé, avec la date que vous y avez inscrite, et le barème applicable à cette date.
 

Ce que deux trimestres pèsent sur votre pension

En carrière longue, un trimestre manquant ne rabote pas la pension : il ferme la porte. La durée cotisée y est une condition d'ouverture du droit, pas un motif de minoration, et aucune caisse ne délivre de départ anticipé à taux réduit. Deux trimestres sous le seuil, et il n'y a pas de départ du tout.

J'ai fait tourner le calcul sur un cas volontairement banal, et il vaut d'être posé noir sur blanc, parce qu'aucun article du sujet ne le fait. Une personne née en février 1965, entrée dans la vie active avant 20 ans, sans emploi depuis deux ans, avec 170 trimestres cotisés et un revenu annuel moyen de 30 000 € sur ses 25 meilleures années. Jusqu'au 31 août, la carrière longue lui réclame 172 trimestres cotisés : deux lui manquent, et n'étant plus en poste, elle n'a aucun moyen de les acquérir. Le départ anticipé lui reste fermé jusqu'à son âge légal, en novembre 2027.

À compter du 1er septembre, les 170 trimestres suffisent : elle part au taux plein, avec une pension de base de 1 250 € par mois. Quatorze mensualités tombent ainsi avant la date où elle serait partie autrement, soit 17 500 € encaissés en plus. Ce chiffre est un calcul SeniorActu, effectué à partir de la formule officielle et non repris d'une source institutionnelle : revenu annuel moyen multiplié par le taux de 50 %, puis par le rapport entre trimestres validés et trimestres requis.

D'ailleurs ces quatorze mois ne portent pas que sur la pension de base. La retraite complémentaire Agirc-Arrco démarre à la même date et sans abattement, puisque le départ se fait au taux plein. Le gain réel dépasse donc le montant ci-dessus, dans une proportion qui dépend de vos points.
 

Votre demande est déjà partie : ce qu'il reste possible

Tant que la notification d'attribution ne vous est pas parvenue, votre demande n'est pas figée. Vous pouvez écrire à votre caisse pour reporter votre date de départ, sans avoir à vous justifier, en indiquant la nouvelle date souhaitée. La demande s'adresse à chacun des régimes auprès desquels vous avez cotisé, la demande unique en ligne ne valant pas pour son annulation.

Après la notification, la porte se referme presque. Il reste deux mois à compter de la notification pour demander par écrit à la caisse d'annuler la décision d'attribution, au titre de l'article R. 351-10 du code de la sécurité sociale. Rien ne l'oblige à accepter, et son accord vaut remboursement des sommes déjà versées. Autant dire que la fenêtre utile se compte désormais en jours, pas en semaines.

Encore faut-il que le report vous rapporte quelque chose. Décaler d'un mois une pension déjà liquidable, sans gain de trimestre à la clé, revient à s'amputer d'un mois de versement pour rien. La question à poser à votre caisse tient en une phrase : à ma date actuelle, combien de trimestres me manque-t-il, et combien m'en manquerait-il au 1er septembre ? Le relevé de carrière, ligne par ligne, donne le reste de la réponse.
 

Carrières longues et trimestres enfants : deux calendriers à part

Les carrières longues suivent la même bascule mais avec leurs propres bornes d'âge, fixées par le décret du 7 mai 2026 génération par génération. Quant aux trimestres accordés au titre des enfants, ils entrent dans le calcul par deux textes parus fin juillet, eux aussi calés sur le 1er septembre.
  Trois calendriers pour une seule réforme suspendue, et une seule date qui les commande : celle que vous avez écrite sur votre demande.

Partager cet article
W f X in @

Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors de la semaine dans votre boite mail !
Facebook
X