Emploi et Cumul Emploi-Retraite

Retraite : 63 % des Français veulent partir au plus vite, mais pas pour la raison que vous croyez

Par | Publié le 10/06/2026 à 08:20

Ils acceptent une pension réduite, ils savent qu'ils perdront un tiers de pouvoir d'achat, et ils foncent quand même. Le baromètre MIF-Odoxa publié le 9 juin 2026 confirme la ruée vers la sortie. Sauf que 47 % de ces mêmes candidats au départ veulent retravailler dès le lendemain de leur retraite...

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Un futur retraité simule son départ anticipé sur tablette
Un futur retraité simule son départ anticipé sur tablette

Partir plus tôt pour travailler autrement

Le baromètre MIF-Odoxa publié le 9 juin 2026 pose une question que personne ne recoupe.

D'un côté, 63 % des actifs de 45 à 64 ans préfèrent partir le plus tôt possible, même avec une pension réduite. Le chiffre fait le tour des rédactions depuis hier. Tous y lisent de l'impatience, une envie de profiter, un ras-le-bol généralisé du bureau à cinquante ans passés.

Or, la même étude réalisée du 3 au 8 avril 2026 auprès de 1 000 actifs, révèle un deuxième chiffre que personne ne cite à côté du premier : 47 % de ces mêmes futurs retraités veulent reprendre une activité professionnelle, au moins à temps partiel, dès leur départ.

Nous ne sommes donc pas face à un peuple fatigué qui rêve de hamac. Nous sommes face à des salariés qui veulent quitter un contrat qu'ils n'ont pas choisi pour travailler autrement, à leur rythme, sur leurs conditions. Et ce basculement de mentalité a un prix chiffrable, que la plupart d'entre eux n'ont jamais posé sur un tableur.

84 % ont déjà fait le deuil de leur pension

L'étude MIF-Odoxa livre un diagnostic sans filtre : 84 % des futurs retraités anticipent une baisse de pouvoir d'achat, qu'ils évaluent en moyenne à 31 % de leurs revenus actuels. En clair, un cadre qui touche 3 000 € nets par mois s'attend à vivre avec 2 070 € une fois à la retraite.

Ce n'est pas un pressentiment flou. C'est un chiffre précis, intégré dans les décisions de vie courante, et il ne recule pas d'une vague à l'autre : en 2025, lors de la première édition du même baromètre, la perte anticipée était déjà de 32 %.

D'ailleurs, seuls 14 % des futurs retraités pensent que leur pension obligatoire suffira à maintenir leur niveau de vie. Les 86 % restants savent déjà que le système ne couvrira qu'une partie de leurs besoins.

Résultat : 70 % épargnent activement pour leur retraite, en hausse de 5 points en un an, et 48 % détiennent une assurance vie dédiée à cet objectif, en hausse de 3 points.
 

Le réflexe d'épargne ne traduit pas un excès de prudence. Il traduit un diagnostic partagé par 8 actifs sur 10 : la pension de base est devenue un socle minimal, pas un revenu de remplacement.

Et 52 % estiment que leur niveau de vie sera inférieur à celui de leurs parents au même âge. Le déclassement intergénérationnel, déjà majoritaire en 2025, se confirme vague après vague.

Le vrai calcul que personne ne pose à votre place

Voici le raisonnement que font, sans toujours le formaliser, ceux qui choisissent de partir avant le taux plein.

Prenons un salarié de 62 ans avec 168 trimestres validés, qui aurait droit à une pension brute de 1 400 € par mois au taux plein à 64 ans. S'il part à 62 ans, il subit une décote de 1,25 % par trimestre manquant sur le régime de base, soit 10 % pour 8 trimestres d'écart. À cela s'ajoute une réduction proportionnelle de ses points Agirc-Arrco. Sa pension tombe autour de 1 200 à 1 260 € nets selon les cas. La perte mensuelle est réelle. Mais il gagne deux années complètes de pension perçue, et surtout, il peut cumuler cette pension avec un revenu d'activité grâce au dispositif de cumul emploi-retraite encadré par service-public.gouv.fr.

Pour un retraité ayant liquidé tous ses droits à taux plein, le cumul est intégral et sans plafond. Pour ceux qui partent avant le taux plein, il est plafonné : le total pension + revenu d'activité ne doit pas dépasser le dernier salaire brut ou 160 % du SMIC, soit environ 2 916,85 € bruts en 2026.

Même plafonné, le calcul mérite d'être posé. Un mi-temps à 800 € nets par mois ajouté à une pension décotée de 1 260 € donne un total mensuel de 2 060 €.

Au taux plein deux ans plus tard, le même salarié toucherait 1 400 € sans rien à côté. Sur deux ans, l'arbitrage financier brut penche du côté du départ anticipé, à condition de pouvoir effectivement travailler.

C'est là que le calcul se corse. Le marché de l'emploi des plus de 60 ans reste étroit, et les offres à temps partiel adaptées sont rares.

Le paradoxe du baromètre prend alors tout son sens. 54 % des actifs interrogés déclarent ne pas comprendre le fonctionnement de leur propre retraite, et 62 % se disent mal informés sur les démarches administratives.

Ils veulent partir, ils ont un plan en tête, mais ils avancent dans un brouillard réglementaire. Le vrai risque n'est pas de partir trop tôt, c'est de partir sans avoir posé ce calcul.

La bascule en 2027 pour ceux qui cumulent

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (article 102) modifie le dispositif du cumul emploi-retraite à compter du 1er janvier 2027. Le changement est structurel : la distinction actuelle entre cumul intégral et cumul plafonné disparaît, et seul l'âge déterminera vos droits.

Si vous partez à la retraite à partir de 67 ans, vous cumulerez sans plafond et les cotisations versées dans le cadre de votre activité pourront créer de nouveaux droits à pension. Avant 67 ans, les modalités exactes restent à préciser par décret, mais le principe est posé dans la loi.
 

Pour les 63 % du baromètre MIF-Odoxa qui ont déjà intégré le départ anticipé dans leur stratégie de vie, ce calendrier change la donne. Attendre 2027 pour liquider ses droits pourrait ouvrir un cumul plus favorable que celui dont disposent les retraités actuels.

Reste une question que l'étude ne tranche pas, et que nous nous posons avec vous : si la pension obligatoire n'est plus perçue comme un revenu de remplacement mais comme un simple socle à compléter, le contrat social du système par répartition lui-même ne serait-il pas en train de vaciller sous nos pieds ?

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