Société

Plan Grand Âge : pourquoi le remaniement menace le dernier espoir des seniors

Près de 2 millions de personnes en perte d'autonomie attendent une politique nationale qui n'arrive toujours pas. Un remaniement imminent, une ministre partie et un dossier sans pilote : la situation n'a jamais été aussi incertaine.


Par | Publié le 16/02/2026 à 11:45

Ce qu'il faut retenir

  1. Le plan Grand Âge, promis depuis 2018, a été reporté sans date après le départ de la ministre Charlotte Parmentier-Lecocq le 9 février 2026
  2. Le remaniement prévu avant le 22 février pourrait supprimer le poste de ministre dédié à l'Autonomie, le dossier étant absorbé par le ministère de la Santé
  3. La Drees alerte : 2,8 millions de personnes seront en perte d'autonomie en 2050 et il faudra entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires
  4. Le secteur (FHF, AD-PA, UNA) dénonce unanimement un « abandon politique » du grand âge
  5. Sans loi de programmation dédiée, le financement de la dépendance (30 milliards d'euros par an) reste sans trajectoire
Foule de retraités manifestant leur mécontentement face au nouveau report du plan Grand Âge (fiction) © SeniorActu
Foule de retraités manifestant leur mécontentement face au nouveau report du plan Grand Âge (fiction) © SeniorActu

Un plan mort-né, une ministre partie

Le plan Grand Âge, promis par Emmanuel Macron depuis 2018, devait enfin être présenté le 12 février 2026. Mais le départ de Charlotte Parmentier-Lecocq, la ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées, a tout fait basculer. Officialisé le 9 février sur l'antenne d'ICI Nord, ce départ laisse le dossier du grand âge sans porteur politique identifié, au pire moment.

Car le remaniement annoncé par le Premier ministre Sébastien Lecornu avant le 22 février ne prévoit qu'un « ajustement ». Le terme, employé à plusieurs reprises par Matignon, signifie une chose : pas de refonte de l'architecture gouvernementale. Le poste de ministre déléguée à l'Autonomie pourrait tout simplement disparaître, absorbé par le ministère de la Santé.

Pourquoi le dossier Grand Âge risque de passer (encore) au second plan

C'est d'ailleurs ce qui se dessine déjà. Charlotte Parmentier-Lecocq a elle-même déclaré que le dossier du plan Grand Âge était « repris par Stéphanie Rist », la ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées. Mais celle-ci « souhaite des travaux complémentaires » avant toute présentation. Un euphémisme qui, dans le calendrier politique actuel, repousse le plan à une date indéterminée.

Le problème est structurel. Stéphanie Rist, nommée le 12 octobre 2025, gère un périmètre immense : santé, familles, autonomie, handicap. L'autonomie et le grand âge n'occupent qu'une fraction de son agenda. Sans ministère dédié, le risque est clair : le sujet est noyé dans un portefeuille trop large, face à des urgences jugées plus immédiates comme la crise hospitalière ou la réforme de la protection de l'enfance.

Un secteur unanime : « c'est un abandon »

Les acteurs du secteur ne s'y trompent pas. La Fédération hospitalière de France (FHF), qui fédère les EHPAD publics du pays, a dénoncé dès le 6 février un « sentiment d'abandon des politiques publiques en direction du grand âge ». L'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) parle de « renoncements sur renoncements » et d'« aveuglement de la France sur la situation démographique ». La députée Véronique Besse, présidente du groupe d'études sur le vieillissement à l'Assemblée nationale, a qualifié ce nouvel ajournement d'« irresponsable ».

Pour l'Union nationale de l'aide, des soins et des services aux domiciles (UNA), ce report « s'apparente à un abandon ». La fédération estime désormais « illusoire d'espérer, avant les élections présidentielles de 2027, un plan à la hauteur des enjeux démographiques ».

Pourtant, les chiffres sont sans appel. Le rapport de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), publié le 5 février 2026, confirme l'urgence. La France comptera près de 23 millions de personnes de 60 ans et plus en 2050, soit 5 millions de plus qu'en 2021. Le nombre de personnes en perte d'autonomie atteindra 2,8 millions, contre un peu plus de 2 millions aujourd'hui, soit 738 000 personnes supplémentaires.

Côté EHPAD, les projections sont encore plus préoccupantes. Si les pratiques d'admission restent inchangées, il faudra créer 365 000 places supplémentaires entre 2021 et 2050. Or, le nombre de places en EHPAD a reculé entre 2019 et 2023, en particulier dans le secteur public. Sans création de places, ce sont 698 000 personnes âgées dépendantes supplémentaires qui vivraient à domicile sans accompagnement adapté.

Pour répondre à ces besoins, la Drees estime qu'il faudra entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires d'ici 2050 : aides à domicile, aides-soignants, infirmiers. Des métiers qui peinent déjà à recruter et pour lesquels aucun plan national de formation et de revalorisation salariale n'a été arbitré.

Ce qui avance, ce qui reste bloqué, et ce que vous pouvez faire

Le plan Grand Âge était censé apporter des réponses à toutes ces questions. La feuille de route prévoyait une programmation pluriannuelle des financements, le développement massif de l'habitat intermédiaire, la transformation des EHPAD, et une meilleure coordination territoriale via les Services publics départementaux de l'autonomie (SPDA), les nouveaux guichets uniques créés par la loi « Bien vieillir » d'avril 2024.

Certaines mesures avancent malgré tout. Mais l'essentiel reste bloqué, faute de porteur politique et de loi de programmation dédiée.
 
Avance Mesures en cours
🏥
Soignants supplémentaires en EHPAD
4 500 recrutés en 2026 (objectif 50 000 d'ici 2030)
🏠
Habitat intermédiaire (résidences autonomie)
100 millions € CNSA en 2026
🩺
Équipes spécialisées Alzheimer
Doublement en cours
Bloqué Sans feuille de route
💶
Financement long terme de la dépendance
30 milliards €/an sans trajectoire
👥
Attractivité des métiers du grand âge
150 000 à 200 000 emplois à créer d'ici 2050
📄
Loi de programmation pluriannuelle
Aucun calendrier
📝
Simplification des parcours usagers/aidants
Non priorisée


La chronologie des reports raconte à elle seule l'ampleur du renoncement politique. En 2018, Emmanuel Macron promet une loi Grand Âge. En 2019, le rapport Libault pose le diagnostic et les solutions. Puis rien : la crise sanitaire, les remaniements à répétition, l'absence de majorité, les calculs politiques ont eu raison de chaque tentative. Le plan prévu pour l'automne 2025 a été reporté à février 2026. Puis reporté à une date indéterminée avec le départ de la ministre.

La question qui se pose désormais est simple : le nouveau gouvernement nommera-t-il un ou une ministre dédié(e) à l'Autonomie ? Ou le grand âge sera-t-il définitivement rattaché au seul ministère de la Santé, au risque de perdre toute visibilité politique ? La réponse viendra cette semaine, avec le remaniement attendu avant le 22 février. Pour les 2 millions de personnes en perte d'autonomie et les 11 millions d'aidants, chaque semaine de retard pèse.

En attendant, les personnes concernées par la perte d'autonomie peuvent s'informer sur leurs droits actuels sur le portail officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr, qui recense les aides existantes, les annuaires d'EHPAD et de services à domicile, et propose un simulateur d'aides financières.

 
Sources :
- Drees, Études et Résultats, 5 février 2026
- Fédération hospitalière de France (FHF), communiqué, 6 février 2026
- France Bleu Nord / ICI Nord (interview Charlotte Parmentier-Lecocq), 9 février 2026
- Franceinfo (interview Véronique Besse), 11 février 2026
- UNA, communiqué relayé par Dijon Actualités, 13 février 2026
- Le Parisien / Laminute.info (remaniement), 16 février 2026


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