Retraite

Pension retraite : le calcul méconnu qui donne aux fonctionnaires jusqu'à 900 € de plus par mois que les salariés du privé

Des millions d'anciens salariés du privé perçoivent une pension nettement inférieure à celle des fonctionnaires d'État, parfois de plusieurs centaines d'euros par mois. En cause : une différence fondamentale dans la façon dont la retraite est calculée — les 25 meilleures années d'un côté, les 6 derniers mois de l'autre. Un mécanisme ancien, mais dont les conséquences concrètes sur le pouvoir d'achat des retraités restent largement sous-estimées.


Ce qu'il faut retenir

  1. Un ancien salarié du privé touche en moyenne 1 530 € brut de pension au régime général, contre 2 440 € pour un fonctionnaire civil de l'État — soit 910 € d'écart
  2. La différence vient du mode de calcul : 25 meilleures années et taux de 50 % dans le privé, contre 6 derniers mois et taux de 75 % dans la fonction publique
  3. Mais la comparaison est biaisée : la pension FPE inclut base et complémentaire dans un seul montant, alors que le privé perçoit en plus l'Agirc-Arrco (~527 €/mois)
  4. En carrières complètes, l'écart se réduit : 1 920 € (privé total) contre 2 610 € (FPE), soit 690 € — et les fonctionnaires territoriaux (1 760 €) touchent moins que le privé complet
  5. Vérifier son relevé de carrière, ses points Agirc-Arrco et étudier un éventuel rachat de trimestres sont les leviers concrets pour réduire cet écart
Deux retraités comparant leurs relevés de pension sur un banc © SeniorActu
Deux retraités comparant leurs relevés de pension sur un banc © SeniorActu

Le chiffre qui résume tout : jusqu'à 910 € d'écart par mois

Selon le dernier rapport de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), publié en juillet 2025 et portant sur les données de fin 2023, un ancien salarié du privé perçoit en moyenne 1 530 € brut par mois au titre de sa pension versée par le régime général — la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse, c'est-à-dire l'Assurance retraite).

En face, un fonctionnaire civil de l'État touche en moyenne 2 440 € brut par mois — et jusqu'à 2 610 € pour ceux ayant effectué une carrière complète.

L'écart atteint donc 910 € par mois en moyenne, tous retraités confondus. Sur une année entière, cela représente près de 11 000 € de différence. Et sur 25 ans de retraite, le manque à gagner cumulé dépasse 270 000 €.

👉 Mais attention : ce chiffre brut mérite une nuance essentielle, que la plupart des articles omettent.

25 meilleures années contre 6 derniers mois : le calcul qui change tout

Tout se joue dans la formule de calcul de la pension. Et les deux régimes utilisent des règles radicalement différentes.

Dans le privé, la retraite de base est calculée sur la moyenne des salaires des 25 meilleures années de carrière — ce que les spécialistes appellent le « salaire annuel moyen » ou SAM. Ce salaire est ensuite multiplié par un taux maximum de 50 %, à condition d'avoir tous ses trimestres.

Concrètement, cela signifie que les années de début de carrière, les périodes de temps partiel, de chômage ou de salaires plus modestes viennent tirer la moyenne vers le bas, même si la fin de carrière a été favorable.

Dans la fonction publique, la pension est calculée sur le dernier traitement indiciaire détenu depuis au moins 6 mois — autrement dit, le dernier salaire de fonctionnaire hors primes. Le taux maximum est de 75 %, soit 25 points de plus que dans le privé.

Ce mécanisme avantage fortement les fonctionnaires dont la carrière progresse régulièrement : les promotions et avancements obtenus en fin de parcours se retrouvent directement dans le montant de la pension. À l'inverse, un salarié du privé qui a connu une belle fin de carrière voit cet avantage « dilué » dans la moyenne de ses 25 meilleures années.

Point clé que les concurrents n'expliquent pas : la pension de la fonction publique est un régime intégré — elle inclut base ET complémentaire dans un seul montant. Les 2 440 € d'un fonctionnaire d'État, c'est toute sa retraite. À l'inverse, les 1 530 € du régime général ne représentent qu'une partie de la pension du privé. Les salariés touchent en plus une retraite complémentaire Agirc-Arrco, qui représente en moyenne 527 € brut par mois.

Pour bien comprendre, voici deux exemples comparés :
 
Privé Marie, secrétaire administrative
🧮
Salaires sur 25 meilleures années (moyenne)
1 750 €
📊
Taux appliqué
50 %
💶
Pension de base CNAV
875 €
📈
+ Complémentaire Agirc-Arrco
~525 €
Pension TOTALE
~1 400 €
Public Françoise, attachée territoriale
🧮
Dernier traitement indiciaire (6 derniers mois)
2 400 €
📊
Taux appliqué
75 %
💶
Pension TOTALE (régime intégré)
1 800 €

Résultat : 400 € d'écart mensuel, à carrière de durée équivalente. Et cet écart se creuse pour les fonctionnaires d'État de catégorie A, dont le dernier traitement est bien plus élevé.

État, territoriaux, hospitaliers : tous les fonctionnaires ne sont pas logés à la même enseigne

L'écart de 910 € souvent mis en avant compare la pension du régime général (1 530 €) à celle des fonctionnaires civils de l'État (2 440 €). Mais il faut comprendre ce que chaque chiffre recouvre.

La pension FPE de 2 440 € est un régime intégré : il n'existe pas de complémentaire séparée. Ce montant, c'est la totalité de la retraite. Les 1 530 € du régime général, eux, ne représentent qu'une partie de la pension totale d'un ancien salarié du privé. En ajoutant la complémentaire Agirc-Arrco (527 € en moyenne), la pension totale du privé se rapproche davantage de 2 060 €. L'écart avec la FPE tombe alors à environ 380 €.

Et surtout, la CNRACL — le régime qui couvre les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers — affiche une pension moyenne de 1 760 €. C'est inférieur à la pension totale des anciens salariés du privé. En carrières complètes, l'écart s'inverse même clairement :
 
État Fonctionnaires civils (SRE)
💶
Pension moyenne brute (tous retraités)
2 440 €
📈
Carrières complètes
2 610 €
Territorial + Hospitalier CNRACL
💶
Pension moyenne brute (tous retraités)
1 760 €
📈
Carrières complètes
1 900 €
Privé Régime général + Agirc-Arrco
💶
Pension RG seul (tous retraités)
1 530 €
📈
Carrières complètes (base + Agirc-Arrco)
1 920 €

Le constat est clair : l'écart massif de 910 € concerne uniquement la comparaison entre le régime général et les fonctionnaires civils de l'État — qui représentent la catégorie la mieux lotie du système. En carrières complètes, privé total (1 920 €) contre FPE (2 610 €), l'écart reste significatif : 690 €. Mais face aux agents territoriaux et hospitaliers, les anciens salariés du privé en carrière complète touchent davantage.

👉 L'injustice existe, mais elle est plus ciblée qu'on ne le dit : elle frappe surtout les salariés du privé à carrière hachée (temps partiel, chômage, changements d'employeur) face aux fonctionnaires d'État à carrière linéaire ascendante.

Ce que vous pouvez faire pour limiter l'écart

Si vous êtes salarié du privé, proche de la retraite ou déjà retraité, plusieurs leviers existent pour améliorer votre situation :
 
  • Vérifiez votre relevé de carrière. Des erreurs de report de salaires ou de trimestres sont fréquentes — et chacune peut coûter plusieurs dizaines d'euros par mois sur votre pension. Connectez-vous à votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr pour consulter votre relevé et signaler toute anomalie.
  • Étudiez le rachat de trimestres. Si vous avez des années d'études supérieures ou des années incomplètes, le rachat peut permettre d'atteindre le taux plein et d'éviter la décote — cette réduction de pension qui s'applique quand il manque des trimestres.
  • Optimisez votre complémentaire. La pension Agirc-Arrco représente en moyenne un quart de la retraite totale d'un ancien salarié du privé. Vérifiez que tous vos points ont bien été comptabilisés, notamment si vous avez changé d'employeur ou de statut au cours de votre carrière.
  • Consultez le simulateur officiel. Le site service-public.gouv.fr détaille les règles de calcul de chaque régime. Le simulateur Info-retraite permet d'obtenir une estimation personnalisée tous régimes confondus.
  • Enfin, gardez en tête que les pensions de base ont été revalorisées de +0,9 % au 1er janvier 2026. Mais pour les anciens salariés du privé, cette hausse est la seule de l'année : le point Agirc-Arrco reste gelé jusqu'en octobre 2026, ce qui limite le gain réel de pouvoir d'achat à quelques euros par mois.

 
Sources :
- DREES, « Les retraités et les retraites – Édition 2025 », fiches 5 et 7, juillet 2025
- Service-public.gouv.fr, « Montant de la retraite de l'agent public », 2025
- Service-public.gouv.fr, « Pensions de retraite de base : revalorisation au 1er janvier 2026 », janvier 2026
- Agirc-Arrco, données sur la pension complémentaire moyenne, 2023-2024


Par | Publié le 19/02/2026 à 12:57

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