Le matelas de sécurité recommandé par les magazines d'épargne reste inatteignable pour un tiers des retraités français en 2026
Ce que les guides oublient de vous dire sur votre pension
Le raisonnement tient en une ligne et il a le mérite de la clarté :
Vous dépensez 2 500 euros par mois, on vous conseille un matelas de 7 500 à 15 000 euros. Si votre couple tourne avec 4 000 euros de budget, la cible grimpe entre 10 000 et 15 000 euros, selon les cabinets de gestion de patrimoine.
La règle est reprise à l'identique depuis des années par l'ensemble de la presse patrimoniale française.
Sauf que cette recette repose sur un profil type dont personne ne vérifie vraiment l'existence statistique réelle. Un profil qui gagne assez pour dépenser 2 500 euros tout en continuant à épargner. Et c'est précisément là que leur conseil se fracture.
Vous dépensez 2 500 euros par mois, on vous conseille un matelas de 7 500 à 15 000 euros. Si votre couple tourne avec 4 000 euros de budget, la cible grimpe entre 10 000 et 15 000 euros, selon les cabinets de gestion de patrimoine.
La règle est reprise à l'identique depuis des années par l'ensemble de la presse patrimoniale française.
Sauf que cette recette repose sur un profil type dont personne ne vérifie vraiment l'existence statistique réelle. Un profil qui gagne assez pour dépenser 2 500 euros tout en continuant à épargner. Et c'est précisément là que leur conseil se fracture.
Le chiffre que la Drees a publié et que les guides omettent de signaler
La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques publie chaque été son panorama des retraités.
Son édition 2025, diffusée le 31 juillet, pose un chiffre qui n'apparaît dans aucun article grand public sur le matelas de sécurité.
La pension nette médiane des retraités français s'établit à 1 560 euros par mois. Autrement dit, la moitié des retraités touche moins que ce montant.
Pas la moitié des fonctionnaires, pas la moitié des cadres. La moitié des retraités français tous régimes confondus, du privé, du public, de l'agricole, de l'artisanat.
La Drees documente aussi un autre seuil que les guides oublient. Seize pour cent des retraités vivent avec moins de 1 360 euros par mois, en dessous du seuil où l'Insee classe les 20 % de Français les plus modestes.
Son édition 2025, diffusée le 31 juillet, pose un chiffre qui n'apparaît dans aucun article grand public sur le matelas de sécurité.
La pension nette médiane des retraités français s'établit à 1 560 euros par mois. Autrement dit, la moitié des retraités touche moins que ce montant.
Pas la moitié des fonctionnaires, pas la moitié des cadres. La moitié des retraités français tous régimes confondus, du privé, du public, de l'agricole, de l'artisanat.
La Drees documente aussi un autre seuil que les guides oublient. Seize pour cent des retraités vivent avec moins de 1 360 euros par mois, en dessous du seuil où l'Insee classe les 20 % de Français les plus modestes.
Pension sous 1 360 € / mois ⚠️ 16 % des retraités
Profil type
Carrière hachée, temps partiel, minimum contributif
Matelas recommandé
Structurellement inatteignable
Pension 1 200-1 700 € nets ⚠️ Autour de la médiane
Profil type
Carrière complète au SMIC ou légèrement au-dessus
Matelas réaliste
3 000 à 5 000 € sur 10 ans
Pension au-dessus de 1 700 € nets ✅ Cible accessible
Profil type
Cadre, fonctionnaire, carrière longue rémunérée
Matelas recommandé
7 500 à 15 000 € atteignable en 5 à 8 ans
Le matelas de 170 euros par mois rapporté à votre pension
Reprenez la recette des magazines, mais cette fois avec votre pension réelle devant les yeux.
Pour constituer un coussin de 10 000 euros en cinq ans, les guides vous demandent 170 euros d'épargne par mois pendant soixante mois. Pour 15 000 euros, il faut monter à 250 euros mensuels.
Sur une pension brute moyenne de 1 666 euros, après CSG, loyer ou charges de copropriété, alimentation et mutuelle, ces 170 à 250 euros représentent entre 10 et 16 % de votre revenu disponible.
Appliquez maintenant ce pourcentage à un retraité qui vit sous 1 360 euros mensuels. Après acquittement de ses charges incompressibles, il lui reste entre 50 et 150 euros d'épargne potentielle, et encore, les bons mois.
Le matelas recommandé ne lui est pas ambitieux : il lui est structurellement fermé.
Pour constituer un coussin de 10 000 euros en cinq ans, les guides vous demandent 170 euros d'épargne par mois pendant soixante mois. Pour 15 000 euros, il faut monter à 250 euros mensuels.
Sur une pension brute moyenne de 1 666 euros, après CSG, loyer ou charges de copropriété, alimentation et mutuelle, ces 170 à 250 euros représentent entre 10 et 16 % de votre revenu disponible.
Appliquez maintenant ce pourcentage à un retraité qui vit sous 1 360 euros mensuels. Après acquittement de ses charges incompressibles, il lui reste entre 50 et 150 euros d'épargne potentielle, et encore, les bons mois.
Le matelas recommandé ne lui est pas ambitieux : il lui est structurellement fermé.
La presse patrimoniale parle à un Français qui n'est pas vous
Cette impasse n'est pas une erreur ponctuelle, c'est un biais de conception.
Les articles sur la préparation de la retraite s'adressent au Français qui peut épargner, rarement à celui qui subit sa pension.
La Drees est pourtant très claire sur le poids de ce second groupe : 37 % des retraités de droit direct touchent un minimum de pension, Minimum Contributif au régime général, Minimum Garanti dans la fonction publique.
Au régime général, un retraité sur six relève du seul Minimum Contributif.
Autrement dit, les conseillers en gestion de patrimoine ne s'adressent pas aux retraités français. Ils s'adressent au retraité qu'ils rêveraient d'avoir pour client. Celui qui, par sa carrière, son régime et son patrimoine préexistant, avait déjà les moyens structurels d'épargner sans qu'on le lui rappelle.
Et ce décrochage s'aggrave. Entre 2013 et 2023, la pension moyenne des retraités vivant en France a reculé de 1,9 % en euros constants nets, selon la même Drees.
Sur la même période, le revenu brut moyen d'activité a progressé de 0,1 % en euros constants. Le retraité s'appauvrit pendant que l'actif gagne du pouvoir d'achat. La CSG ponctionnée sur les pensions venant encore creuser l'écart.
Les articles sur la préparation de la retraite s'adressent au Français qui peut épargner, rarement à celui qui subit sa pension.
La Drees est pourtant très claire sur le poids de ce second groupe : 37 % des retraités de droit direct touchent un minimum de pension, Minimum Contributif au régime général, Minimum Garanti dans la fonction publique.
Au régime général, un retraité sur six relève du seul Minimum Contributif.
Autrement dit, les conseillers en gestion de patrimoine ne s'adressent pas aux retraités français. Ils s'adressent au retraité qu'ils rêveraient d'avoir pour client. Celui qui, par sa carrière, son régime et son patrimoine préexistant, avait déjà les moyens structurels d'épargner sans qu'on le lui rappelle.
Et ce décrochage s'aggrave. Entre 2013 et 2023, la pension moyenne des retraités vivant en France a reculé de 1,9 % en euros constants nets, selon la même Drees.
Sur la même période, le revenu brut moyen d'activité a progressé de 0,1 % en euros constants. Le retraité s'appauvrit pendant que l'actif gagne du pouvoir d'achat. La CSG ponctionnée sur les pensions venant encore creuser l'écart.
Ce que vous pouvez vraiment viser, selon votre propre pension
Trois repères concrets se dégagent de ces données, en remplacement de la règle unique qui ne tient pas :
Le chiffre qui manque dans les guides d'épargne n'est pas compliqué à reconstituer. Il suffit juste de superposer leurs recommandations à la distribution réelle des pensions françaises...
- Si votre pension dépasse 1 700 euros nets mensuels, la fourchette classique de 7 500 à 15 000 euros reste pertinente. Vous pouvez l'atteindre en cinq à huit ans en plaçant 170 à 250 euros par mois sur un Livret A et un LDDS conjointement, qui rapportent 1,5 % net depuis le 1er février 2026.
- Entre 1 200 et 1 700 euros nets, la cible réaliste descend à 3 000-5 000 euros de coussin, avec des versements de 50 à 80 euros lissés sur dix ans. Dans cette tranche, l'assurance-vie en fonds euros devient intéressante une fois le coussin liquide constitué : son rendement moyen s'établit à 2,65 % en 2025, selon le bilan publié par l'ACPR en mars 2026.
- Sous 1 200 euros nets, la logique change complètement. La question n'est plus d'empiler un matelas, mais de vérifier que vous touchez tout ce à quoi vous avez droit. L'ASPA, plafonnée à 1 043,59 euros mensuels pour une personne seule depuis le 1er janvier 2026, est demandée par moins de la moitié des personnes éligibles. La complémentaire santé solidaire, les tarifs sociaux de l'énergie et les aides locales au logement valent, cumulés, souvent bien plus qu'un Livret A à 1,5 %.
Le chiffre qui manque dans les guides d'épargne n'est pas compliqué à reconstituer. Il suffit juste de superposer leurs recommandations à la distribution réelle des pensions françaises...
Ce qu'il faut retenir
- La pension nette médiane des retraités français s'établit à 1 560 euros par mois : la moitié des retraités touche moins que ce montant, tous régimes confondus (Drees, panorama 2025).
- 16 % des retraités vivent avec moins de 1 360 euros par mois. Pour eux, le matelas de 7 500 à 15 000 euros conseillé par les magazines est mathématiquement hors de portée.
- Trois cibles réalistes selon votre pension : 7 500 à 15 000 euros au-dessus de 1 700 € nets ; 3 000 à 5 000 euros entre 1 200 et 1 700 € nets ; mobilisation prioritaire des aides (ASPA, CSS, tarifs sociaux énergie) sous 1 200 € nets.
- ASPA plafonnée à 1 043,59 euros mensuels pour une personne seule depuis le 1er janvier 2026, fonds euros à 2,65 % de rendement moyen en 2025 (ACPR), Livret A à 1,5 % depuis le 1er février 2026.
Sources :
- Drees, Panorama "Les retraités et les retraites - Édition 2025", publié le 31 juillet 2025
- ACPR, Bilan 2025 de la revalorisation des contrats d'assurance vie, mars 2026
- Arrêté du 28 janvier 2026 relatif aux taux d'intérêt des produits d'épargne réglementée
- Service-public.gouv.fr, fiche ASPA, montant au 1er janvier 2026
- Insee, Revenus fiscaux et sociaux, seuils de pauvreté 2022
- Drees, Panorama "Les retraités et les retraites - Édition 2025", publié le 31 juillet 2025
- ACPR, Bilan 2025 de la revalorisation des contrats d'assurance vie, mars 2026
- Arrêté du 28 janvier 2026 relatif aux taux d'intérêt des produits d'épargne réglementée
- Service-public.gouv.fr, fiche ASPA, montant au 1er janvier 2026
- Insee, Revenus fiscaux et sociaux, seuils de pauvreté 2022
Pour aller plus loin :
- Assurance vie après 70 ans en 2026 : fiscalité, abattements et stratégies pour mieux transmettre
- Assurance vie après 70 ans en 2026 : fiscalité, abattements et stratégies pour mieux transmettre
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