Un parti, deux horloges
Je déteste cette expression que j'entends sur tous les plateaux TV depuis plusieurs mois : "Deux salles, deux ambiances", utilisée à toutes les sauces par les journalistes pour un oui ou pour un non. Force m'est de constater qu'elle s'applique cependant parfaitement à la situation actuelle à la tête du RN au sujet des retraites.
Sur LCI, le 28 mai, Jordan Bardella lâche en effet une phrase qui met le feu aux poudres : « le système des retraites n'est pas soutenable sur le plan économique, l'âge de départ ne veut rien dire, il faut regarder le nombre d'années cotisées ». Le même matin pourtant, sur franceinfo, Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe RN à l'Assemblée, affirmait l'exact inverse : « la ligne est très claire, c'est 62 ans pour ceux qui ont commencé leur carrière à 20 ans ».
La séquence ne sort pas de nulle part : deux semaines plus tôt, dans une interview au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung publiée le 12 mai, Bardella avait déjà glissé un « nous sommes en train d'examiner la question » au sujet de l'âge légal. Tanguy avait alors déjà recadré, Le Pen aussi, lors d'une émission télévisée.
Bardella a donc choisi LCI pour rendre cette rupture publique, cette fois devant pas moins de trois millions de téléspectateurs français...
Sur LCI, le 28 mai, Jordan Bardella lâche en effet une phrase qui met le feu aux poudres : « le système des retraites n'est pas soutenable sur le plan économique, l'âge de départ ne veut rien dire, il faut regarder le nombre d'années cotisées ». Le même matin pourtant, sur franceinfo, Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe RN à l'Assemblée, affirmait l'exact inverse : « la ligne est très claire, c'est 62 ans pour ceux qui ont commencé leur carrière à 20 ans ».
La séquence ne sort pas de nulle part : deux semaines plus tôt, dans une interview au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung publiée le 12 mai, Bardella avait déjà glissé un « nous sommes en train d'examiner la question » au sujet de l'âge légal. Tanguy avait alors déjà recadré, Le Pen aussi, lors d'une émission télévisée.
Bardella a donc choisi LCI pour rendre cette rupture publique, cette fois devant pas moins de trois millions de téléspectateurs français...
60, 62, 64 : dix ans de promesses en accordéon
Le RN a longtemps fait de la retraite à 60 ans son totem social. Marine Le Pen la portait en 2017 et encore en 2022, avant de la reculer à 62 ans pour tous ceux entrés sur le marché du travail entre 17 et 20 ans.
En 2023, quand le gouvernement Borne a fait passer le recul de l'âge légal de 62 à 64 ans, le RN s'est posé en rempart. Le parti a voté contre, milité pour l'abrogation, et Jean-Philippe Tanguy promettait encore en septembre 2025 que « revenir à 62 ans serait dans les premières mesures ».
Sauf que Jordan Bardella n'a jamais été à l'aise avec cette promesse. Les milieux économiques qu'il fréquente depuis 2024 le pressent de l'abandonner, et le coût budgétaire de l'abrogation, évalué à 1,7 milliard d'euros par Olivier Dussopt lors des débats parlementaires de 2023, reste un argument difficile à contrer.
En 2023, quand le gouvernement Borne a fait passer le recul de l'âge légal de 62 à 64 ans, le RN s'est posé en rempart. Le parti a voté contre, milité pour l'abrogation, et Jean-Philippe Tanguy promettait encore en septembre 2025 que « revenir à 62 ans serait dans les premières mesures ».
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Sans âge légal, qui gagne et qui perd
La proposition Bardella, prise au mot, consiste à supprimer l'âge légal de départ et à ne conserver que la durée de cotisation. Le calcul est limpide : un salarié entré à 18 ans avec 42 annuités requises partirait à 60 ans, entré à 20 ans il partirait à 62 ans.
Jusque-là, la différence avec la ligne Le Pen est mince. C'est au-delà que le système bascule.
Un salarié entré à 22 ans, cas fréquent pour les diplômés du supérieur, partirait à 64 ans. À 24 ans, ce serait 66 ans. Et pour une femme ayant interrompu sa carrière pour élever ses enfants, sans que ces années comptent comme cotisées, l'horizon recule encore davantage.
Renaud Labaye, bras droit de Marine Le Pen, ne s'y est pas trompé. Il a déclaré dans Le Monde ne pas savoir « qui travaille sur une autre réforme, sans âge légal de départ », et a jugé que ce projet « ressemble à la retraite à points d'Édouard Philippe que nous dénoncions, et qui fait des perdants : ceux qui ont des carrières hachées, et notamment les femmes ».
Aujourd'hui, la LFSS 2026 a suspendu la montée de l'âge légal : il est gelé entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois pour les générations 1964 à 1968, en attendant 2028. Le système actuel garantit un plancher en dessous duquel personne ne descend.
La suppression de l'âge légal, telle que Bardella l'esquisse, ôterait donc ce filet. Pour vous qui avez commencé à travailler après 20 ans, la conséquence est arithmétique : chaque année de retard à l'entrée allongerait d'autant la sortie.
Jusque-là, la différence avec la ligne Le Pen est mince. C'est au-delà que le système bascule.
Un salarié entré à 22 ans, cas fréquent pour les diplômés du supérieur, partirait à 64 ans. À 24 ans, ce serait 66 ans. Et pour une femme ayant interrompu sa carrière pour élever ses enfants, sans que ces années comptent comme cotisées, l'horizon recule encore davantage.
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Le mot que le RN ne prononçait jamais
Bardella a ouvert un autre front en évoquant « l'introduction d'une part de capitalisation dans le système de retraites ». Jusqu'en 2024, ce mot était un interdit de vocabulaire au RN, réservé aux adversaires libéraux du parti.
Éric Ciotti, allié de Bardella au sein de l'Union des droites pour la République, avait présenté en mai 2025 un plan concret : prélever trois points de cotisation sur les 28 % que versent aujourd'hui un salarié et son employeur pour les placer sur un compte individuel, au lieu d'alimenter le pot commun de la répartition. Édouard Philippe défend, de son côté, que 15 % du financement des retraites soit assuré par la capitalisation.
Bardella a confirmé le 29 mai que l'avis de Ciotti sur ce sujet « va compter ». Le rapprochement ne passe pas inaperçu au sein du parti.
Pour un retraité du régime par répartition, la capitalisation signifie qu'une fraction de ce qui finance sa pension aujourd'hui irait, demain, sur les marchés financiers. Le rendement dépendrait alors des cours de Bourse, pas de la solidarité entre générations.
C'est exactement la philosophie que Marine Le Pen combattait depuis 2011 en se positionnant comme gardienne de la répartition intégrale. En quelques semaines, son propre successeur à la tête du parti l'a balayée d'un revers de main.
Éric Ciotti, allié de Bardella au sein de l'Union des droites pour la République, avait présenté en mai 2025 un plan concret : prélever trois points de cotisation sur les 28 % que versent aujourd'hui un salarié et son employeur pour les placer sur un compte individuel, au lieu d'alimenter le pot commun de la répartition. Édouard Philippe défend, de son côté, que 15 % du financement des retraites soit assuré par la capitalisation.
Bardella a confirmé le 29 mai que l'avis de Ciotti sur ce sujet « va compter ». Le rapprochement ne passe pas inaperçu au sein du parti.
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Une date tranchera
Le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris rendra son arrêt dans l'affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Si la peine d'inéligibilité de Marine Le Pen est confirmée, Bardella deviendra le candidat naturel du RN à la présidentielle de 2027 et sa ligne sur les retraites s'imposera.
Si Le Pen devait être blanchie, le rapport de force interne se rééquilibrerait. Le totem des 62 ans reviendrait au centre de la table, et la capitalisation serait probablement remise au placard.
En attendant, le parti laisse coexister deux réformes incompatibles sans trancher.
Pour vous, la conséquence sera directe : selon l'issue de ce bras de fer, votre âge de départ, le mode de calcul de votre pension et la place de la capitalisation dans votre régime pourraient donc changer du tout au tout à l'horizon 2028...
Si Le Pen devait être blanchie, le rapport de force interne se rééquilibrerait. Le totem des 62 ans reviendrait au centre de la table, et la capitalisation serait probablement remise au placard.
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