Ostéoporose : perspective de traitements capables de reconstruire l'os fragilisé des femmes ménopausées
Quatre millions de Français, et surtout des femmes après 50 ans
L'ostéoporose est cette pathologie silencieuse qui n'existe pas, jusqu'au jour où un poignet se casse subitement sur un petit geste banal du quotidien. Selon l'Inserm, près de 4 millions de Français vivent ainsi avec cette maladie qui fragilise le squelette à bas bruit.
La prédominance féminine est écrasante. À 65 ans, l'Inserm estime que 39 % des femmes sont touchées. Et à 80 ans et plus, la proportion grimpe même à 70 % !
La chute brutale des œstrogènes à la ménopause accélère la perte osseuse pendant cinq à dix ans, et cette accélération laisse des traces que les traitements actuels peinent à effacer.
Chaque année, ces os devenus trop minces donnent lieu à 484 000 fractures de fragilité en France, principalement du col du fémur, des vertèbres et du poignet. Un quart des patients sont ensuite institutionnalisés, et 24 % décèdent dans l'année qui suit une fracture de la hanche ou du col.
L'enjeu n'est donc pas théorique : il touche à l'autonomie, au maintien à domicile, à la vie quotidienne de millions de femmes, et à la vie tout court.
Si le sujet vous intéresse, nous avions consacré un dossier aux solutions actuelles contre l'ostéoporose sur SeniorActu, avec la prise de parole de rhumatologues français de référence.
La prédominance féminine est écrasante. À 65 ans, l'Inserm estime que 39 % des femmes sont touchées. Et à 80 ans et plus, la proportion grimpe même à 70 % !
La chute brutale des œstrogènes à la ménopause accélère la perte osseuse pendant cinq à dix ans, et cette accélération laisse des traces que les traitements actuels peinent à effacer.
Chaque année, ces os devenus trop minces donnent lieu à 484 000 fractures de fragilité en France, principalement du col du fémur, des vertèbres et du poignet. Un quart des patients sont ensuite institutionnalisés, et 24 % décèdent dans l'année qui suit une fracture de la hanche ou du col.
L'enjeu n'est donc pas théorique : il touche à l'autonomie, au maintien à domicile, à la vie quotidienne de millions de femmes, et à la vie tout court.
Si le sujet vous intéresse, nous avions consacré un dossier aux solutions actuelles contre l'ostéoporose sur SeniorActu, avec la prise de parole de rhumatologues français de référence.
Ce que les traitements actuels savent faire, et ce qu'ils ne savent pas faire
Pour comprendre pourquoi la découverte de Leipzig intrigue autant, il faut rappeler ce que font déjà vos médicaments.
L'os est un tissu vivant, en permanence démoli et reconstruit par deux familles de cellules. Les ostéoclastes cassent l'os usé, les ostéoblastes en fabriquent du neuf. Avec l'âge, et surtout à la ménopause, l'équilibre entre les deux se rompt : la démolition dépasse la reconstruction, et la masse osseuse se met à fondre.
Les traitements de première intention disponibles aujourd'hui, comme les bisphosphonates, agissent sur un seul levier : ils freinent l'activité des ostéoclastes. Autrement dit, ils ralentissent la démolition.
Les travaux du Pr Bernard Cortet, rhumatologue au CHU de Lille et président du Groupe de Recherche et d'Information sur les Ostéoporoses, rappellent que ces médicaments ont une efficacité réelle : chez les formes puissantes, ils réduisent de 70 % le risque de fracture vertébrale et de 50 % le risque de fracture de la hanche.
Mais ils ont un défaut structurel. Ils préservent ce qu'il reste, ils ne reconstituent pas ce qui a été perdu. C'est toute la différence entre sauver un mur en ruine et rebâtir la maison.
L'os est un tissu vivant, en permanence démoli et reconstruit par deux familles de cellules. Les ostéoclastes cassent l'os usé, les ostéoblastes en fabriquent du neuf. Avec l'âge, et surtout à la ménopause, l'équilibre entre les deux se rompt : la démolition dépasse la reconstruction, et la masse osseuse se met à fondre.
Les traitements de première intention disponibles aujourd'hui, comme les bisphosphonates, agissent sur un seul levier : ils freinent l'activité des ostéoclastes. Autrement dit, ils ralentissent la démolition.
Les travaux du Pr Bernard Cortet, rhumatologue au CHU de Lille et président du Groupe de Recherche et d'Information sur les Ostéoporoses, rappellent que ces médicaments ont une efficacité réelle : chez les formes puissantes, ils réduisent de 70 % le risque de fracture vertébrale et de 50 % le risque de fracture de la hanche.
Mais ils ont un défaut structurel. Ils préservent ce qu'il reste, ils ne reconstituent pas ce qui a été perdu. C'est toute la différence entre sauver un mur en ruine et rebâtir la maison.
Traitements actuels ⚠️ Préserver
Mécanisme principal
Freinent la destruction de l'os
Effet sur la masse osseuse
Ralentissent la perte, sans la compenser
Durée recommandée
3 à 6 ans, avec pause médicamenteuse
Leipzig active un interrupteur biologique qu'on avait ignoré jusqu'ici
L'équipe du Pr Ines Liebscher, à l'Institut Rudolf Schönheimer de biochimie de l'Université de Leipzig, s'est donc intéressée à un récepteur cellulaire jusqu'ici peu étudié : GPR133, présent à la surface des ostéoblastes, les cellules qui fabriquent l'os.
Dans une étude publiée le 30 juin 2025 dans la revue Signal Transduction and Targeted Therapy, les chercheurs ont démontré que l'activation de ce récepteur par une molécule baptisée AP503 déclenche simultanément deux effets.
D'une part, elle booste l'activité des ostéoblastes bâtisseurs. D'autre part, elle inhibe l'activité des ostéoclastes démolisseurs.
Les deux leviers, en même temps.
Les expériences ont été menées sur des souris ovariectomisées, c'est-à-dire un modèle qui reproduit la perte osseuse de la femme ménopausée. Résultat au bout de quatre semaines de traitement : volume osseux augmenté, résistance mécanique améliorée, signes histologiques d'ostéoporose significativement atténués.
Les chercheurs ont aussi observé un effet synergique avec l'exercice physique, ce qui est cohérent avec ce que la rhumatologie sait depuis longtemps : le squelette répond aux contraintes mécaniques.
Dans une étude publiée le 30 juin 2025 dans la revue Signal Transduction and Targeted Therapy, les chercheurs ont démontré que l'activation de ce récepteur par une molécule baptisée AP503 déclenche simultanément deux effets.
D'une part, elle booste l'activité des ostéoblastes bâtisseurs. D'autre part, elle inhibe l'activité des ostéoclastes démolisseurs.
Les deux leviers, en même temps.
Les expériences ont été menées sur des souris ovariectomisées, c'est-à-dire un modèle qui reproduit la perte osseuse de la femme ménopausée. Résultat au bout de quatre semaines de traitement : volume osseux augmenté, résistance mécanique améliorée, signes histologiques d'ostéoporose significativement atténués.
Les chercheurs ont aussi observé un effet synergique avec l'exercice physique, ce qui est cohérent avec ce que la rhumatologie sait depuis longtemps : le squelette répond aux contraintes mécaniques.
Un spécialiste français l'avait annoncé en 2020
Ce qui rend la découverte allemande particulièrement intéressante pour nous, c'est qu'un rhumatologue français l'avait prédite. Dans un entretien accordé à SeniorActu en 2020, le Pr Bernard Cortet déclarait : « Dans l'avenir, de nouveaux médicaments avec un effet combiné devraient être disponibles permettant un gain osseux plus rapide ».
Un « effet combiné ». C'est exactement ce que l'équipe de Leipzig vient de démontrer au niveau cellulaire.
Activer GPR133 avec la molécule AP503, c'est actionner en même temps les deux leviers du remodelage osseux. Là où un bisphosphonate ne joue que sur un pied, AP503 joue sur les deux.
La prophétie du rhumatologue français a donc trouvé, cinq ans plus tard, une mécanique moléculaire pour s'incarner et devenir peut-être demain réalité.
Un « effet combiné ». C'est exactement ce que l'équipe de Leipzig vient de démontrer au niveau cellulaire.
Activer GPR133 avec la molécule AP503, c'est actionner en même temps les deux leviers du remodelage osseux. Là où un bisphosphonate ne joue que sur un pied, AP503 joue sur les deux.
La prophétie du rhumatologue français a donc trouvé, cinq ans plus tard, une mécanique moléculaire pour s'incarner et devenir peut-être demain réalité.
De la souris à la femme, il reste un long chemin
Il faut maintenant calmer les ardeurs et les chercheurs de Leipzig le font eux-mêmes. Aucun essai humain n'a encore été mené avec la molécule AP503.
Les résultats spectaculaires décrits ci-dessus proviennent tous de modèles murins, et la pharmacie hospitalière française ne verra donc pas ce produit arriver dans les mois qui viennent.
Le parcours type d'une molécule découverte en phase préclinique jusqu'à l'autorisation de mise sur le marché chez l'humain prend, en moyenne, entre dix et quinze ans. Viennent d'abord les études de toxicologie, puis les essais de phase 1 chez le volontaire sain, de phase 2 chez de petits groupes de patients, enfin de phase 3 à grande échelle.
En attendant, les recommandations actuelles restent donc toujours les mêmes : dépistage par ostéodensitométrie à partir de 65 ans chez la femme, apports suffisants en calcium et vitamine D, activité physique régulière avec contraintes mécaniques sur le squelette.
Les traitements disponibles sont efficaces et doivent être pris lorsqu'ils sont prescrits.
Pour autant, cette découverte change quelque chose d'important dans le récit de la maladie. Jusqu'ici, l'ostéoporose était présentée comme une pente qu'on ne pouvait que ralentir. Désormais, une autre narration est biologiquement envisageable : celle de l'os qui se reconstruit.
Cela prendra sans doute des années à se vérifier chez l'humain, mais la direction du vent a changé !
Les résultats spectaculaires décrits ci-dessus proviennent tous de modèles murins, et la pharmacie hospitalière française ne verra donc pas ce produit arriver dans les mois qui viennent.
Le parcours type d'une molécule découverte en phase préclinique jusqu'à l'autorisation de mise sur le marché chez l'humain prend, en moyenne, entre dix et quinze ans. Viennent d'abord les études de toxicologie, puis les essais de phase 1 chez le volontaire sain, de phase 2 chez de petits groupes de patients, enfin de phase 3 à grande échelle.
En attendant, les recommandations actuelles restent donc toujours les mêmes : dépistage par ostéodensitométrie à partir de 65 ans chez la femme, apports suffisants en calcium et vitamine D, activité physique régulière avec contraintes mécaniques sur le squelette.
Les traitements disponibles sont efficaces et doivent être pris lorsqu'ils sont prescrits.
Pour autant, cette découverte change quelque chose d'important dans le récit de la maladie. Jusqu'ici, l'ostéoporose était présentée comme une pente qu'on ne pouvait que ralentir. Désormais, une autre narration est biologiquement envisageable : celle de l'os qui se reconstruit.
Cela prendra sans doute des années à se vérifier chez l'humain, mais la direction du vent a changé !
Ce qu'il faut retenir
- Près de 4 millions de Français vivent avec une ostéoporose, dont 70 % des femmes après 80 ans. Chaque année, 484 000 fractures de fragilité sont imputables à cette maladie silencieuse.
- Les traitements actuels de première intention, comme les bisphosphonates, freinent la destruction osseuse mais ne reconstruisent pas ce qui a déjà été perdu.
- Une équipe de l'Université de Leipzig, dans une étude publiée en juin 2025 dans Signal Transduction and Targeted Therapy, a démontré qu'une molécule nommée AP503 peut simultanément stimuler la construction et freiner la destruction, en activant le récepteur GPR133.
- Les résultats ne portent pour l'instant que sur des souris ovariectomisées, modèle de la ménopause. Aucun essai humain n'est engagé, et plusieurs années seront nécessaires avant qu'un éventuel médicament atteigne les pharmacies.
- En attendant, le dépistage par ostéodensitométrie reste recommandé à partir de 65 ans chez la femme, et les traitements actuels doivent être suivis lorsqu'ils sont prescrits.
Sources :
- Lehmann J., Liebscher I. et al., "The mechanosensitive adhesion G protein-coupled receptor 133 (GPR133/ADGRD1) enhances bone formation", Signal Transduction and Targeted Therapy, 30 juin 2025
- Université de Leipzig, communiqué via EurekAlert, septembre 2025
- Inserm, dossier "Ostéoporose", 2023
- Ameli.fr, "Comprendre l'ostéoporose" et "Le traitement de l'ostéoporose"
- Haute Autorité de Santé (HAS), "Les médicaments de l'ostéoporose", 2023
- Lehmann J., Liebscher I. et al., "The mechanosensitive adhesion G protein-coupled receptor 133 (GPR133/ADGRD1) enhances bone formation", Signal Transduction and Targeted Therapy, 30 juin 2025
- Université de Leipzig, communiqué via EurekAlert, septembre 2025
- Inserm, dossier "Ostéoporose", 2023
- Ameli.fr, "Comprendre l'ostéoporose" et "Le traitement de l'ostéoporose"
- Haute Autorité de Santé (HAS), "Les médicaments de l'ostéoporose", 2023
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