Nutrition

On pensait que l'ostéoporose venait d'un manque de calcium : l'erreur que l'Assurance maladie cite en premier est posée sur votre table

Par | Publié le 04/08/2026 à 10:36

Vous mangez des yaourts, vous buvez du lait, vous pensez avoir fait le nécessaire pour vos os. Une partie du calcium avalé repart pourtant chaque jour dans vos urines, et ce sont des habitudes de table très ordinaires qui commandent cette fuite. L'ostéoporose s'installe là, en silence, des années avant la première fracture.

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Un senior écarte une salière posée sur la table - Illustration générée par IA
Un senior écarte une salière posée sur la table - Illustration générée par IA

Après 50 ans, l'os se défait plus vite qu'il ne se refait

L'os n'est pas une pièce inerte posée dans votre squelette. C'est un tissu vivant que deux familles de cellules démontent et reconstruisent en permanence, les ostéoclastes qui détruisent l'os ancien, les ostéoblastes qui fabriquent le nouveau. Jusqu'à 45 ans environ, les deux équipes avancent à égalité. Après, la démolition prend l'avantage, et cette bascule est la première cause de l'ostéoporose.

Quatre millions de Français, 484 000 fractures par an

Or cette bascule ne touche pas une minorité. Près de 4 millions de personnes vivaient avec une ostéoporose en France en 2019, soit 5,5 % de la population, selon les chiffres publiés par l'Assurance maladie. Vers 65 ans, 39 % des femmes sont concernées, et 70 % au-delà de 80 ans. Les hommes ne sont pas épargnés pour autant, puisqu'un quart des fractures de fragilité surviennent chez eux.

Ces fractures sont le vrai visage de la maladie. La même année, 484 000 d'entre elles sont survenues en France, essentiellement au col du fémur, aux vertèbres et au poignet. Ramené au calendrier, ce total revient à une fracture de fragilité toutes les 65 secondes, jour et nuit, dimanche compris. Et une fracture vertébrale appelle souvent la suivante, avec un risque d'en refaire une de 25 % dans l'année qui suit.

Le sel fait sortir le calcium par les urines

Reste à savoir par où ce calcium s'en va. L'Assurance maladie est explicite sur ce point : une carence en calcium vient d'un apport insuffisant, mais aussi d'un régime riche en sel, en protéines et en café, qui favorise la fuite du calcium dans les urines et entraîne une déminéralisation osseuse. Le sel ouvre cette liste, et il l'ouvre pour une raison simple.

Ce sel-là n'est pas celui que vous décidez de manger. Les Français en consomment 9 grammes par jour chez les hommes et 7 grammes chez les femmes, quand le repère sanitaire est fixé à 5 grammes au maximum. Surtout, 80 % de ce sel se trouve déjà dans les produits achetés, le pain, le fromage, la charcuterie, les plats préparés. La salière posée sur la table ne pèse que le cinquième restant.

Rapporté à l'année, l'écart devient concret. Un homme qui suit la moyenne nationale avale 1,46 kilo de sel de plus que le repère, une femme 730 grammes. Ces 9 grammes quotidiens représentent 3 541 milligrammes de sodium, soit 54 % au-dessus de la limite supérieure de sécurité que l'Anses fixe à 2 300 milligrammes par jour. Ce sodium excédentaire repart par les reins, et le calcium suit le même chemin.

Sauf que ce mécanisme ne se sent pas. Aucune douleur ne signale une déminéralisation, aucun symptôme ne relie la baguette du matin à la solidité de votre hanche, et l'addition ne se présente que le jour de la fracture. C'est ce qui rend cette habitude si difficile à corriger : elle ne fait jamais mal.

Les trois autres habitudes qui vident vos os

Reste que le sel ne figure pas seul sur cette liste. L'excès de protéines et le café y sont cités pour le même motif, celui d'augmenter la quantité de calcium éliminée par les urines. La nuance compte pour vous, car après 60 ans les protéines restent indispensables au maintien de la masse musculaire, et supprimer une catégorie d'aliments pour protéger ses os revient souvent à fragiliser ses jambes. Le sujet se règle donc avec votre médecin, sur les quantités, pas par une soustraction décidée seule.

Deux autres habitudes pèsent, et elles se discutent moins. La minceur excessive d'abord, en dessous d'un indice de masse corporelle de 19, que l'Assurance maladie range parmi les facteurs favorisants au même rang que le tabac et l'alcool consommés en excès. L'absence d'activité physique ensuite, ou une immobilisation prolongée, parce que l'os se renforce quand il est sollicité et se défait quand il ne l'est plus.
 

Le calcium n'entre nulle part sans vitamine D

Donc le calcium ne fait pas tout, et il ne fait même rien tout seul. La référence de l'Anses s'établit à 950 milligrammes de calcium par jour pour un adulte de 25 ans et plus, mais ce calcium n'est absorbé correctement qu'en présence de vitamine D. L'agence décrit sans détour le rôle de cette vitamine : une déficience diminue la densité minérale osseuse et prédispose les sujets âgés, en particulier les femmes ménopausées, à l'ostéoporose.

Or c'est exactement là que la France décroche. La référence pour la vitamine D s'établit à 15 microgrammes par jour, quand les apports moyens relevés par l'étude Inca 3 plafonnent à 3,1 microgrammes, soit un cinquième de la cible. Plus de 70 % des adultes français présentent une insuffisance et 6,5 % une véritable carence, d'après les dosages sanguins repris par l'Anses. Après 70 ans, la peau synthétise moins bien cette vitamine et les sorties se raréfient, ce qui creuse encore l'écart.
 

La fracture qui doit vous envoyer passer un examen

Reste la question qui vous concerne vraiment : à partir de quand faut-il aller vérifier ?

La réponse tient dans un mot, la fracture. Une fracture sans traumatisme majeur, celle qui survient après une chute de votre propre hauteur en marchant, cesse d'être un accident isolé passé 50 ans. L'Assurance maladie prend alors en charge l'ostéodensitométrie à 70 % sur une base de 39,96 €, sur prescription médicale, et le même remboursement s'applique en cas de ménopause précoce avant 40 ans, de corticothérapie d'au moins trois mois, d'indice de masse corporelle inférieur à 19 ou de fracture du col du fémur chez un parent au premier degré.

Sauf qu'en dehors de ces situations précises, l'examen reste à votre charge. La liste mérite donc d'être relue avant le rendez-vous, parce qu'un antécédent familial qu'on avait cessé de mentionner suffit parfois à faire basculer le dossier. Et en attendant ce rendez-vous, le levier le plus immédiat ne se trouve ni en pharmacie ni au laboratoire, il tient dans une salière que vous n'aviez jamais regardée comme un facteur de risque.

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