L'étude ne portait pas sur la boîte que vous achetez
La gélule d'oméga-3 vendue en pharmacie ou en supermarché s'achète pour des motifs très variés, le cerveau, les articulations, la vue ou une recommandation ancienne. L'étude qui circule à nouveau depuis hier à l'initiative de certains médias ne portait pourtant sur aucun de ces usages, mais sur une formulation pharmaceutique dosée à quatre grammes par jour, réservée à des patients cardiaques suivis à l'hôpital. Or quatre grammes par jour, c'est quatre à treize fois la dose d'un complément du commerce, qui apporte le plus souvent entre 300 mg et 1 g (1000 mg).
Quatre grammes par jour, 13 078 patients, aucun infarctus évité
L'essai clinique STRENGTH, publié dans le JAMA en juin 2020 a recruté 13 078 patients déjà sous statines et présentant un taux de triglycérides élevé. La moitié a reçu quatre grammes d'oméga-3 par jour sous forme d'acide carboxylique concentré, l'autre moitié une capsule d'huile de maïs. Or le comité de surveillance indépendant a arrêté l'essai en janvier 2020, faute de bénéfice mesurable.
Sur les 6 539 patients du groupe oméga-3, 785 ont connu un événement cardiovasculaire majeur, soit 12,0 %, contre 12,2 % dans le groupe placebo. Donc la supplémentation à haute dose n'a évité aucun infarctus. Sauf qu'un trouble du rythme cardiaque est apparu plus souvent chez les patients traités, avec 2,2 % de fibrillation auriculaire contre 1,3 % sous placebo.
Ramené à la population de l'essai, cet écart représente 59 cas de fibrillation auriculaire en plus sur quarante-deux mois. Autrement dit, un cas supplémentaire pour environ 111 personnes traitées à cette dose.
Reste que cette dose n'a rien à voir avec celle de votre boîte. L'ANSES recommande un apport quotidien de 500 mg d'oméga-3, dont 250 mg d'EPA et 250 mg de DHA, prioritairement par l'alimentation. Les compléments vendus en France apportent le plus souvent entre 300 mg et 1 g par jour.
L'essai testait donc une dose et une formulation qui n'existent pas dans le commerce. Aucun travail de cette ampleur n'a mesuré le même excès de risque sur une gélule à un gramme.
Sur les 6 539 patients du groupe oméga-3, 785 ont connu un événement cardiovasculaire majeur, soit 12,0 %, contre 12,2 % dans le groupe placebo. Donc la supplémentation à haute dose n'a évité aucun infarctus. Sauf qu'un trouble du rythme cardiaque est apparu plus souvent chez les patients traités, avec 2,2 % de fibrillation auriculaire contre 1,3 % sous placebo.
Ramené à la population de l'essai, cet écart représente 59 cas de fibrillation auriculaire en plus sur quarante-deux mois. Autrement dit, un cas supplémentaire pour environ 111 personnes traitées à cette dose.
Reste que cette dose n'a rien à voir avec celle de votre boîte. L'ANSES recommande un apport quotidien de 500 mg d'oméga-3, dont 250 mg d'EPA et 250 mg de DHA, prioritairement par l'alimentation. Les compléments vendus en France apportent le plus souvent entre 300 mg et 1 g par jour.
L'essai testait donc une dose et une formulation qui n'existent pas dans le commerce. Aucun travail de cette ampleur n'a mesuré le même excès de risque sur une gélule à un gramme.
Ce que l'agence du médicament dit exactement
En France, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a déjà tiré la sonnette d'alarme sur ce point précis.
Une lettre adressée aux professionnels de santé en novembre 2023 établit un risque accru et dose-dépendant de fibrillation auriculaire chez les patients traités par des esters éthyliques d'acides oméga-3, une forme pharmaceutique prescrite contre l'excès de triglycérides. Le risque le plus élevé est observé précisément à quatre grammes par jour, la dose de l'essai STRENGTH. Trois méta-analyses distinctes, portant au total sur plus de 80 000 patients essentiellement atteints de maladies cardiovasculaires, ont établi ce lien.
Cette alerte vise des médicaments sur ordonnance, pas les compléments alimentaires en vente libre, dont la composition et la concentration diffèrent. Mais le message de fond reste transposable : à dose élevée et prolongée, les oméga-3 ne sont pas un geste anodin pour le cœur, ils modifient un paramètre cardiaque mesurable.
En cas de palpitations, d'essoufflement ou de sensation de vertige sous traitement, l'agence recommande de consulter rapidement un médecin, et d'arrêter définitivement le traitement si une fibrillation auriculaire est confirmée.
Une lettre adressée aux professionnels de santé en novembre 2023 établit un risque accru et dose-dépendant de fibrillation auriculaire chez les patients traités par des esters éthyliques d'acides oméga-3, une forme pharmaceutique prescrite contre l'excès de triglycérides. Le risque le plus élevé est observé précisément à quatre grammes par jour, la dose de l'essai STRENGTH. Trois méta-analyses distinctes, portant au total sur plus de 80 000 patients essentiellement atteints de maladies cardiovasculaires, ont établi ce lien.
Cette alerte vise des médicaments sur ordonnance, pas les compléments alimentaires en vente libre, dont la composition et la concentration diffèrent. Mais le message de fond reste transposable : à dose élevée et prolongée, les oméga-3 ne sont pas un geste anodin pour le cœur, ils modifient un paramètre cardiaque mesurable.
En cas de palpitations, d'essoufflement ou de sensation de vertige sous traitement, l'agence recommande de consulter rapidement un médecin, et d'arrêter définitivement le traitement si une fibrillation auriculaire est confirmée.
Qui se trouve vraiment dans la situation de l'essai
Reste à savoir qui, parmi les lecteurs, se trouve réellement dans la situation de l'essai.
Les patients de STRENGTH cumulaient un traitement par statines, un excès de triglycérides et un cholestérol HDL bas, autrement dit un profil cardiovasculaire déjà lourd et suivi médicalement. Ce profil ne recouvre pas celui de la majorité des acheteurs de gélules, qui prennent leur complément sans ordonnance ni surveillance cardiaque particulière.
Or ce marché reste considérable, puisque le segment des oméga-3, oméga-6 et oméga-9 pèse environ 120 millions d'euros par an en France, selon Synadiet. Ces boîtes se vendent hors de tout parcours de soin, à des personnes dont personne ne mesure ni le rythme cardiaque ni le taux sanguin d'acides gras.
C'est précisément cet angle mort qui rend la question du dosage plus utile que celle du verdict global.
Les patients de STRENGTH cumulaient un traitement par statines, un excès de triglycérides et un cholestérol HDL bas, autrement dit un profil cardiovasculaire déjà lourd et suivi médicalement. Ce profil ne recouvre pas celui de la majorité des acheteurs de gélules, qui prennent leur complément sans ordonnance ni surveillance cardiaque particulière.
Or ce marché reste considérable, puisque le segment des oméga-3, oméga-6 et oméga-9 pèse environ 120 millions d'euros par an en France, selon Synadiet. Ces boîtes se vendent hors de tout parcours de soin, à des personnes dont personne ne mesure ni le rythme cardiaque ni le taux sanguin d'acides gras.
C'est précisément cet angle mort qui rend la question du dosage plus utile que celle du verdict global.
Alors, faut-il arrêter vos gélules ?
Évidemment, tout n'est pas à jeter dans ces acides gras.
Un second essai, mené sur environ 26 000 adultes suivis près de cinq ans, nuance le tableau : les oméga-3 n'ont pas réduit l'ensemble des accidents cardiovasculaires majeurs, mais ils ont été associés à une baisse des infarctus chez un profil précis, celui des personnes qui mangeaient moins d'une portion et demie de poisson par semaine. Le bénéfice se concentre donc là où l'assiette est pauvre en poisson gras, et s'efface là où elle ne l'est pas. Ce que la boîte ne dit évidemment pas, puisqu'elle s'adresse à tout le monde de la même façon.
Alors faut-il jeter la vôtre ? Si vous prenez une gélule dosée autour d'un gramme, sans traitement cardiologique en cours, rien dans cet essai ne justifie une décision brutale.
Si vous êtes suivi pour une maladie cardiovasculaire, un excès de triglycérides ou un trouble du rythme déjà connu, la question se pose autrement et relève de votre cardiologue, pas du rayon parapharmacie.
Entre les deux, la vraie variable reste votre alimentation, puisque deux portions de poisson gras par semaine couvrent l'apport recommandé sans aucune capsule.
Reste à poser la seule question qui tranche vraiment, celle du dosage exact inscrit sur votre boîte, que votre médecin saura comparer à celui des essais.
Un second essai, mené sur environ 26 000 adultes suivis près de cinq ans, nuance le tableau : les oméga-3 n'ont pas réduit l'ensemble des accidents cardiovasculaires majeurs, mais ils ont été associés à une baisse des infarctus chez un profil précis, celui des personnes qui mangeaient moins d'une portion et demie de poisson par semaine. Le bénéfice se concentre donc là où l'assiette est pauvre en poisson gras, et s'efface là où elle ne l'est pas. Ce que la boîte ne dit évidemment pas, puisqu'elle s'adresse à tout le monde de la même façon.
Alors faut-il jeter la vôtre ? Si vous prenez une gélule dosée autour d'un gramme, sans traitement cardiologique en cours, rien dans cet essai ne justifie une décision brutale.
Si vous êtes suivi pour une maladie cardiovasculaire, un excès de triglycérides ou un trouble du rythme déjà connu, la question se pose autrement et relève de votre cardiologue, pas du rayon parapharmacie.
Entre les deux, la vraie variable reste votre alimentation, puisque deux portions de poisson gras par semaine couvrent l'apport recommandé sans aucune capsule.
Reste à poser la seule question qui tranche vraiment, celle du dosage exact inscrit sur votre boîte, que votre médecin saura comparer à celui des essais.


