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On pensait les climatiseurs au R32 interdits d'un coup en 2029 : Bruxelles a fixé deux dates, et votre appareil n'en subit aucune

Par | Publié le 08/08/2026 à 09:24

Les climatiseurs au R32 quittent progressivement les rayons européens, et deux dates décident de tout. Vous entendez parler d'interdiction depuis le début de la canicule, sans jamais savoir si l'appareil posé chez vous est concerné. Bonne nouvelle : il ne l'est pas, et ce que vous risquez vraiment se joue ailleurs.

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Un homme accroupi lit la plaque signalétique d'un climatiseur extérieur - Illustration générée par IA
Un homme accroupi lit la plaque signalétique d'un climatiseur extérieur - Illustration générée par IA

Deux dates, et aucune ne vise votre salon

L'Europe n'a pas interdit les climatiseurs au R32 d'un seul coup. Le règlement européen sur les gaz à effet de serre fluorés, applicable depuis le 11 mars 2024, procède en effet par catégories d'appareils, avec une date propre à chacune :
 
  • Les climatiseurs monoblocs et les autres appareils autonomes de 12 kW ou moins sortent du marché au 1er janvier 2027 dès lors qu'ils contiennent un fluide dont le potentiel de réchauffement atteint 150.
  • Les systèmes bi-blocs air-air de même puissance, c'est-à-dire les splits muraux que posent les installateurs depuis quinze ans, basculent deux ans plus tard, au 1er janvier 2029.
Or l'interdiction porte sur la mise sur le marché, pas sur l'usage. Une nuance de taille. 

Cette expression désigne la première mise à disposition d'un appareil dans l'Union européenne, donc l'importation et la première vente. Les exemplaires déjà entrés dans les entrepôts avant l'échéance continuent donc d'être écoulés après. Et rien dans le texte n'oblige un particulier à débrancher un climatiseur qui tourne déjà chez lui.

Reste un cas qui a lancé toute la discussion cet été : Le Midea PortaSplit. Ce climatiseur en deux parties monté sur roulettes que les magasins n'arrivent plus à fournir, illustre d'abord la confusion ambiante : d'un revendeur à l'autre, la même gamme est annoncée au R32 ou au propane, et Midea a confirmé une nouvelle génération d'appareils pour 2027. Cette contradiction entre fiches produit n'a rien d'anecdotique, puisque le fluide, et lui seul, détermine la date d'interdiction qui s'applique à un modèle. Elle ne vous laisse qu'une parade, celle de lire la plaque de l'appareil plutôt que l'argumentaire du vendeur.

Le R32 avait remplacé le pire, il sort quand même

Le R32 n'est pas un accident industriel. Ce fluide a remplacé le R410A dans la quasi-totalité des climatiseurs résidentiels parce qu'il réchauffe l'atmosphère trois fois moins : 675 fois l'effet du CO2 à masse égale, contre 2 088 pour son prédécesseur. Or le seuil retenu pour les appareils neufs est désormais fixé à 150. À 675, le R32 reste donc très au-dessus de nouveau plafond et sa qualité relative ne le sauve pas.

Recharger votre appareil reste légal, le gaz se raréfie

Depuis le 1er janvier 2026, le règlement interdit d'employer un gaz fluoré au potentiel de réchauffement égal ou supérieur à 2 500 pour la maintenance d'un équipement de climatisation ou d'une pompe à chaleur. Le R32 plafonne à 675, et le R410A à 2 088 passe lui aussi sous cette barre. Votre installation reste donc rechargeable, sans date de fin inscrite dans le texte européen.

Mais la disponibilité ne se décrète pas comme la légalité. L'annexe VII du même règlement fixe la quantité maximale d'hydrofluorocarbures autorisée sur le marché européen, exprimée en tonnes équivalent CO2. Ce plafond s'établit à 42 874 410 tonnes pour la période 2025-2026, puis à 21 665 691 tonnes pour 2027-2029. Divisé l'un par l'autre, l'écart revient à une chute de 49,5 % d'une période à l'autre. Rapporté au plafond de référence de 2015, soit 176 700 479 tonnes, le volume autorisé à partir de 2027 pèse 12,3 % du point de départ.

Conclusion : le R32 ne disparaît pas des bouteilles de frigoriste, il devient juste plus rare. Or un fluide rare se paie, et une recharge sur une machine de douze ans finit par coûter davantage que ce que vaut la machine. Reste que cette arithmétique ne concerne que les circuits qui fuient. Un bi-bloc correctement posé et contrôlé ne réclame pas de complément tous les trois ans, et c'est la qualité de la pose qui décide de votre facture d'entretien bien plus que le nom du gaz. Autrement dit, le poste à surveiller n'est pas la date de 2029, c'est l'étanchéité de votre circuit.
 

Le propane prend la relève, avec une limite de charge

Le remplaçant est déjà en rayon. Le R290, nom industriel du propane, affiche un potentiel de réchauffement d'environ 3, soit 225 fois moins que le R32. Ce gaz n'est pas un fluide fluoré, il échappe donc aux quotas comme aux interdictions de mise sur le marché organisées par le règlement européen. Plusieurs constructeurs, dont Daikin et Midea, vendent déjà des climatiseurs au propane en Europe.

En revanche, le propane brûle. Classé A3, hautement inflammable, quand le R32 n'est que faiblement inflammable, il impose une charge limitée à quelques centaines de grammes, calculée selon la surface de la pièce à traiter. Cette contrainte explique pourquoi les modèles au R290 arrivent d'abord sur les petites puissances, avec des compresseurs redessinés et des détecteurs de fuite intégrés. Elle explique aussi qu'un split au propane ne s'installe ni n'importe où, ni par n'importe qui. En clair, le fluide vertueux vous coûtera un peu plus cher à l'achat et vous imposera un professionnel formé.

L'étiquette technique répond avant que vous payiez

Le geste utile tient en trente secondes, devant l'appareil, avant de payer. L'étiquette signalétique collée sur l'unité extérieure porte le nom du fluide et sa charge, en kilogrammes et en tonnes équivalent CO2. Un modèle marqué R290 n'a devant lui aucune échéance. Un modèle marqué R32 reste parfaitement légal à l'achat aujourd'hui et à l'usage ensuite, avec une valeur de revente simplement plus basse dans dix ans.

Deux réflexes complètent cette lecture. Le premier consiste à viser la bonne puissance plutôt que la plus forte, un appareil surdimensionné multipliant les démarrages et fatiguant son compresseur. Le second consiste à confier la pose d'un bi-bloc à un professionnel titulaire de l'attestation de capacité fluides frigorigènes, seul habilité à manipuler le circuit.
 
Reste le mouvement de fond, que le calendrier européen ne fait qu'accompagner.

D'après l'observatoire BâtiZoom de l'ADEME, la part des ménages français équipés d'une climatisation est passée de 18 % en 2023 à 24 % en 2025. Rapportée aux 30,9 millions de résidences principales recensées, cette proportion représente environ 7,4 millions de foyers, soit près de 1,8 million de plus en deux ans à parc de logements constant. Le nombre de jours de vague de chaleur, lui, a doublé entre les périodes 2006-2015 et 2016-2025. Vous n'achetez donc pas un appareil pour un été, mais pour une décennie où la question ne sera plus de savoir si vous en aurez besoin...

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