Retraite

On pensait la retraite des fonctionnaires plus généreuse que celle du privé : la Cour des comptes l'a recalculée sur vos 25 meilleures années, sans écart notable

Au repas de famille comme au comptoir, la phrase revient à chaque débat : les retraites des fonctionnaires seraient bien plus confortables que votre retraite du privé. Mardi soir, au journal de 20 heures, la nouvelle patronne des magistrats financiers l'a rangée parmi les fausses informations. Et le calcul qui l'étaye a été fait sur des carrières réelles, avec les règles qui ont servi à calculer votre propre pension.

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Par | Publié le 30 Septembre 2026 à 09:45 | mis à jour le 30 Septembre 2026 à 10:03
Amélie de Montchalin © Obatala-photography / Shutterstock.com
Amélie de Montchalin © Obatala-photography / Shutterstock.com

Ce qu'Amélie de Montchalin a dit mardi soir sur France 2

Au départ, il n'était pas question de retraites. Pour sa première interview comme première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin était l'invitée du « 20 Heures » de France 2, le mardi 29 septembre, pour parler de la dette et de la mobilisation des fonctionnaires. C'est elle qui a amené le sujet, en citant une phrase que vous avez sans doute déjà entendue : les fonctionnaires retraités auraient des pensions très généreuses, bien plus que dans le privé, donc un poste tout trouvé pour faire des économies.

Sa réponse tient en une ligne. D'après la transcription publiée par franceinfo, elle affirme que la Cour montre « très factuellement que ce n'est pas le cas » et range l'idée parmi les fausses informations qui encombrent le débat. Dans la bouche d'une ancienne ministre chargée des Comptes publics, la sortie n'est pas passée inaperçue.

Je vous avoue que la formule m'a d'abord fait sursauter, comme elle a dû faire sursauter bien des retraités du privé. Nous avons donc voulu savoir sur quoi elle reposait.
 
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Six derniers mois contre vos 25 meilleures années

Les deux régimes ne comptent pas de la même façon. Pour un salarié du privé, la retraite de base se calcule sur la moyenne de vos 25 meilleures années, à 50 % au taux plein, puis s'y ajoute la complémentaire Agirc-Arrco, alimentée par des points gagnés tout au long de la carrière. Côté fonctionnaire, la pension vaut 75 % du dernier traitement indiciaire, à condition de l'avoir détenu au moins six mois, comme le détaille la fiche consacrée au montant de la retraite de l'agent public sur Service-Public.fr.

Sur le papier, la comparaison paraît écrasante : 75 % d'un salaire de fin de carrière d'un côté, 50 % d'une moyenne sur 25 ans de l'autre. Seulement, ces 75 % s'appliquent au seul traitement indiciaire, c'est-à-dire la partie de la paie fixée par la grille. Les primes n'entrent pas dans ce calcul, alors qu'elles pèsent une part croissante de la rémunération des agents.

Prenons un agent qui touchait 3 000 euros de traitement et 800 euros de primes par mois : sa pension principale se calcule sur 3 000 euros, pas sur 3 800. Dans le privé, c'est l'ensemble de votre salaire qui a ouvert des droits, entre le régime de base et les points Agirc-Arrco.

Le calcul que la Cour a fait tourner sur des carrières réelles

C'est précisément cette question que la Cour des comptes a tranchée dans son rapport « Les retraites des fonctionnaires de l'État », rendu public le 22 septembre à la demande de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Les magistrats ont pris les fonctionnaires sédentaires récemment partis, ceux qui n'exercent pas un métier à départ anticipé, et leur ont appliqué les règles du privé.

Le verdict figure dans la synthèse du rapport, que cite Acteurs publics : malgré des règles différentes, leur pension « ne serait en moyenne guère différente en appliquant les règles du secteur privé ». La Cour s'appuie aussi sur une étude de la Drees, qui avait fait le même exercice sur les fonctionnaires nés en 1958, à carrière, salaire et âge de départ inchangés. Résultat, les règles du privé leur auraient donné une pension supérieure de 1,5 % en moyenne, en comptant leur retraite additionnelle.

Vous avez bien lu : appliquées à un fonctionnaire, vos règles du privé lui auraient rapporté un peu plus, et non un peu moins. L'explication tient au point d'indice. Entre 2015 et 2023, les gouvernements ont préféré augmenter les agents par des primes plutôt que par la grille, ce qui a rendu la règle des six derniers mois peu favorable. Un traitement indiciaire presque figé donne une pension presque figée.

Le rapport en tire une conséquence pour les comptes du régime eux-mêmes : si la part des primes était restée à son niveau de 2015, les cotisations encaissées en 2023 auraient été supérieures de 225 millions d'euros. L'âge de départ, lui, a convergé. Les fonctionnaires sédentaires partent désormais vers 63,5 ans en moyenne, un âge proche de celui des salariés du privé.

Pourquoi l'État paie 78 % quand votre employeur payait près de 17 %

C'est l'autre chiffre qui circule, et il est exact. En 2025, l'État a versé une contribution égale à 78,28 % du traitement de ses fonctionnaires civils, relevée à 82,28 % au 1er janvier 2026, quand la cotisation vieillesse patronale du privé tourne autour de 16,7 %. Sauf que ces 78 % ne financent pas seulement des retraites. Le régime des fonctionnaires paie aussi des pensions d'invalidité et les majorations des parents de trois enfants, que la Sécurité sociale prend en charge par d'autres branches pour les salariés.

Surtout, il compense une démographie très dégradée : 1,9 million de cotisants pour 2 millions de pensionnés fin 2025, effet du changement de statut de La Poste et de France Télécom et du recours croissant aux contractuels. Ce seul déséquilibre est évalué à 22 milliards d'euros en 2025 par la Cour. Une fois ces postes isolés, le taux employeur retombe à 44 % pour les civils, un niveau encore supérieur au privé, largement parce que les primes échappent à la cotisation.
 

Là où l'écart existe vraiment

Le rapport ne blanchit pas tout. Les policiers, les surveillants pénitentiaires et les autres métiers classés en catégorie active partent plus tôt, là où le privé passe par un compte de prévention de la pénibilité. Ces départs anticipés représentent un surcoût d'environ 850 millions d'euros en 2025, et la Cour demande de réexaminer régulièrement la liste des métiers qui y ouvrent droit. Les militaires, eux, partent en moyenne à 49 ans.

Nous tenons là le vrai sujet. Il porte sur des règles précises, pas sur la pension de l'agent administratif ou de l'enseignante partis à 63 ans. Amélie de Montchalin l'a dit à sa façon sur France 2, en appelant à montrer où se trouvent réellement les choses à changer.

Ce que ce rapport change pour votre pension

En revanche, rien ne bouge sur vos virements. La Cour propose une nouvelle présentation des comptes, pas une baisse des pensions : distinguer les différentes dépenses dès le rapport annexé au budget 2027, puis adapter leur financement à partir de 2029. Le gouvernement doit encore décider des suites. La prochaine fois qu'on vous opposera le privilège des fonctionnaires pour justifier un effort demandé aux retraités, vous saurez que le calcul a déjà été fait, et qu'il ne dit pas la même chose.

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