Ce qu'Édouard Philippe a dit des seniors mis au placard
Dans la vingtaine de minutes de sa vidéo mise en ligne mardi 29 septembre, l'ancien Premier ministre consacre un long passage à ceux qu'il appelle les salariés dont on ne veut plus. Il décrit des femmes et des hommes qui veulent travailler à 50 ans, qu'on met au placard, puis qu'on licencie à 56 ans en misant sur quelques années de chômage avant la retraite. Il en tire une formule qui a peu circulé : ces personnes sont, selon lui, « trop jeunes pour partir, mais trop vieux pour rester ».
Le candidat en appelle aux entreprises, qui devraient former, recruter et faire évoluer leurs salariés après 50 ans, préparer les reconversions et adapter les postes. Il veut aussi développer la retraite progressive et faciliter le cumul emploi-retraite. Mais aucune de ces pistes n'est chiffrée, et aucune ne dit comment un senior licencié retrouverait un poste. La mesure centrale du projet reste le relèvement de l'âge légal à 65 ans, avec 45 annuités de cotisation.
Le candidat en appelle aux entreprises, qui devraient former, recruter et faire évoluer leurs salariés après 50 ans, préparer les reconversions et adapter les postes. Il veut aussi développer la retraite progressive et faciliter le cumul emploi-retraite. Mais aucune de ces pistes n'est chiffrée, et aucune ne dit comment un senior licencié retrouverait un poste. La mesure centrale du projet reste le relèvement de l'âge légal à 65 ans, avec 45 annuités de cotisation.
La Newsletter SeniorActu
Chaque vendredi
Retraite, santé, pouvoir d'achat : la synthèse de l'actualité des seniors directement dans votre boîte mail.
À 60 ans, un Français sur quatre n'a ni emploi ni retraite
Pour savoir ce que ces 65 ans signifieraient, il faut regarder qui travaille encore à 60 ans. Les chiffres de la Dares, le service statistique du ministère du Travail, publiés le 29 juillet, sont nets. En 2025, 78,8 % des 55-59 ans ont un emploi. Chez les 60-64 ans, la proportion tombe à 44,4 %.
Autrement dit, plus de la moitié des 60-64 ans, 55,6 %, n'occupe aucun emploi ; le calcul est le nôtre. Une partie est déjà à la retraite, grâce aux carrières longues ou à l'âge légal atteint. Une autre ne l'est pas, et c'est elle qui vous concerne si vous êtes dans cette situation. La Dares les appelle les seniors « ni en emploi ni à la retraite ». Leur part tourne autour de 16 % entre 50 et 54 ans, puis grimpe jusqu'à un pic de 25 % à 60 ans, avant de redescendre vers 21 % à 62 ans, au moment où les départs commencent.
Un Français de 60 ans sur quatre vit donc déjà dans cet entre-deux : plus de salaire, pas encore de pension. Chaque année ajoutée à l'âge légal allonge mécaniquement cette attente pour ceux qui n'ont pas de poste, sauf à trouver un emploi que le marché leur refuse déjà.
La comparaison européenne aggrave le constat. Le rapport d'évaluation de la Sécurité sociale sur les retraites établit que le taux d'emploi des 60-64 ans atteint 55,0 % en moyenne dans l'Union européenne, soit plus de dix points au-dessus du nôtre. Chez les hommes, l'écart est encore plus large : 45,4 % en France contre 61,6 % en Europe. Entre 65 et 69 ans, seuls 10,8 % des Français travaillent encore, contre 17,3 % de nos voisins.
Autrement dit, plus de la moitié des 60-64 ans, 55,6 %, n'occupe aucun emploi ; le calcul est le nôtre. Une partie est déjà à la retraite, grâce aux carrières longues ou à l'âge légal atteint. Une autre ne l'est pas, et c'est elle qui vous concerne si vous êtes dans cette situation. La Dares les appelle les seniors « ni en emploi ni à la retraite ». Leur part tourne autour de 16 % entre 50 et 54 ans, puis grimpe jusqu'à un pic de 25 % à 60 ans, avant de redescendre vers 21 % à 62 ans, au moment où les départs commencent.
Un Français de 60 ans sur quatre vit donc déjà dans cet entre-deux : plus de salaire, pas encore de pension. Chaque année ajoutée à l'âge légal allonge mécaniquement cette attente pour ceux qui n'ont pas de poste, sauf à trouver un emploi que le marché leur refuse déjà.
La comparaison européenne aggrave le constat. Le rapport d'évaluation de la Sécurité sociale sur les retraites établit que le taux d'emploi des 60-64 ans atteint 55,0 % en moyenne dans l'Union européenne, soit plus de dix points au-dessus du nôtre. Chez les hommes, l'écart est encore plus large : 45,4 % en France contre 61,6 % en Europe. Entre 65 et 69 ans, seuls 10,8 % des Français travaillent encore, contre 17,3 % de nos voisins.
La réforme de 2023 a fait travailler les 60-64 ans
Ces chiffres donnent aussi un argument au candidat Horizons : quand l'âge légal recule, le taux d'emploi des seniors monte. D'après la Dares, celui des 60-64 ans a gagné 8,2 points en trois ans, dans le sillage de la réforme de 2023, quand celui des 55-59 ans n'en prenait que 2,5.
Or ce taux moyen mesure combien de 60-64 ans travaillent, pas combien de chômeurs de 58 ans retrouvent un poste.
Or ce taux moyen mesure combien de 60-64 ans travaillent, pas combien de chômeurs de 58 ans retrouvent un poste.
Si vous cherchez un emploi après 60 ans, ce que la loi prévoit déjà
Des outils existent pourtant déjà. La loi du 24 octobre 2025 sur l'emploi des salariés expérimentés a créé le contrat de valorisation de l'expérience, un CDI réservé aux demandeurs d'emploi d'au moins 60 ans, ou 57 ans si un accord de branche le prévoit. L'employeur qui vous embauche ainsi pourra vous mettre à la retraite dès que vous aurez droit au taux plein, et il est exonéré, pour les mises à la retraite intervenant jusqu'au 31 décembre 2028, de la contribution de 40 % sur l'indemnité versée à ce moment-là. Le dispositif est expérimental jusqu'au 24 octobre 2030.
Si vous êtes encore en poste, deux leviers vous concernent. Dès 60 ans, avec au moins 150 trimestres, vous pouvez demander à passer en retraite progressive, et votre employeur doit désormais motiver davantage un refus. Les branches et les entreprises d'au moins 300 salariés ont aussi l'obligation de négocier régulièrement sur l'emploi des salariés expérimentés : recrutement, maintien dans l'emploi, aménagement des fins de carrière, transmission des compétences.
Je vous conseille de poser la question à votre service RH ou à vos représentants du personnel : un accord signé dans votre entreprise peut changer votre fin de carrière bien plus sûrement qu'un programme présidentiel.
Si vous êtes encore en poste, deux leviers vous concernent. Dès 60 ans, avec au moins 150 trimestres, vous pouvez demander à passer en retraite progressive, et votre employeur doit désormais motiver davantage un refus. Les branches et les entreprises d'au moins 300 salariés ont aussi l'obligation de négocier régulièrement sur l'emploi des salariés expérimentés : recrutement, maintien dans l'emploi, aménagement des fins de carrière, transmission des compétences.
Je vous conseille de poser la question à votre service RH ou à vos représentants du personnel : un accord signé dans votre entreprise peut changer votre fin de carrière bien plus sûrement qu'un programme présidentiel.
Jusqu'à 65 ans, mais où travaillerez-vous ?
Les syndicats ont réagi dès mardi. Sophie Binet, pour la CGT, a répliqué par un « pourquoi pas 70 ans » ironique, et Marylise Léon, pour la CFDT, a jugé sur BFMTV le candidat « à côté du sujet ». De son côté, Édouard Philippe renvoie à la négociation entre partenaires sociaux la reconnaissance de la pénibilité et l'aménagement des fins de carrière, qui ne relèvent pas selon lui du gouvernement.
Nous touchons là au cœur du débat qui s'ouvre pour 2027. Relever l'âge légal fait travailler plus longtemps ceux qui ont un poste ; il ne crée pas de poste pour ceux qui l'ont perdu. Tant que plus de la moitié des 60-64 ans n'a pas d'emploi, la question n'est pas seulement de savoir à quel âge vous partirez, mais de quoi vous vivrez entre votre dernier salaire et votre première pension.
Nous touchons là au cœur du débat qui s'ouvre pour 2027. Relever l'âge légal fait travailler plus longtemps ceux qui ont un poste ; il ne crée pas de poste pour ceux qui l'ont perdu. Tant que plus de la moitié des 60-64 ans n'a pas d'emploi, la question n'est pas seulement de savoir à quel âge vous partirez, mais de quoi vous vivrez entre votre dernier salaire et votre première pension.



