Mobilité

On croyait les transports gratuits à Nice réservés aux non-imposables : les 65 ans et plus y ont désormais droit et leur carte d'abonnement ne coûte que 17 euros

Sur le quai du tram, à Nice, un retraité de 66 ans ne prend plus de ticket depuis le 1er septembre. Les transports en commun de la métropole sont devenus gratuits à partir de 65 ans, quel que soit le montant de la pension. Sauf que la carte de bus qui ouvre ce droit ne tombe pas toute seule dans la boîte aux lettres, et qu'elle n'est pas entièrement gratuite non plus.

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Par | Publié le 7 Septembre 2026 à 09:08 | mis à jour le 7 Septembre 2026 à 09:08
Une carte de transport posée sur un plan de bus, face à la baie de Nice - Illustration générée par IA
Une carte de transport posée sur un plan de bus, face à la baie de Nice - Illustration générée par IA

Ce que le 1er septembre a changé sur le réseau niçois

Jusqu'au 31 août, la gratuité des transports niçois existait déjà, mais elle s'arrêtait à la première ligne de l'avis d'imposition : seuls les habitants de plus de 65 ans non imposables y avaient droit. Depuis le 1er septembre, ce filtre a sauté. Toute personne de 65 ans et plus résidant dans l'une des communes de la Métropole Nice Côte d'Azur voyage gratuitement sur le réseau Lignes d'Azur, bus et tramway compris, sans que ses revenus entrent en ligne de compte.

La décision remonte au conseil métropolitain du 8 juin 2026, qui a voté la mesure avec l'accord de tous les groupes politiques. Elle concerne aussi, à des dates différentes, les agents de l'administration pénitentiaire du territoire et le personnel du CHU de Nice, soit environ 150 et 1 200 personnes. Pour les seuls seniors, la Métropole évalue à près de 100 000 le nombre d'habitants concernés, et détaille les trois publics visés dans son communiqué officiel de la collectivité.

Or ce basculement d'un seuil de revenu vers un seuil d'âge change la nature même du dispositif : d'aide sociale, la gratuité devient un droit lié à la date de naissance.
 
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Votre carte de bus gratuite coûte 17 euros

Le mot « gratuit » vaut pour les trajets, pas pour l'entrée dans le dispositif. Aucune carte n'arrive automatiquement dans votre boite aux lettres à partir de 65 ans : il faut la demander, en ligne sur le site dédié aux seniors du réseau ou dans un point de vente, avec une pièce d'identité et un justificatif de domicile.

La démarche coûte 15 euros de frais de dossier, une seule fois, plus 2 euros si vous n'avez pas déjà de carte nominative, soit 17 euros au total, et 2,80 euros d'envoi postal si la demande est faite depuis chez vous.

La somme reste très modeste au regard des 180 euros que vaut l'abonnement annuel, chiffre avancé par la Métropole lors de la présentation de la mesure. Elle a pourtant deux effets que le mot d'ordre de la gratuité efface. Un senior aux revenus très faibles, jusqu'ici dispensé de tout parce que non imposable, sort désormais la même somme que son voisin. Et la carte doit être validée à chaque montée, correspondances comprises, sous peine d'amende malgré un abonnement à zéro euro.
 
D'ailleurs, les abonnés qui paient déjà un titre annuel ne basculent pas du jour au lendemain. Aucun remboursement n'est prévu sur un abonnement en cours, la démarche s'engage au plus tôt deux mois avant son échéance, et les formules avec engagement de douze mois vont à leur terme : un abonnement souscrit en janvier 2026 court jusqu'en janvier 2027 avant de laisser la place à la formule gratuite.

5,7 millions d'euros, soit 57 euros par senior concerné

Le chiffre qui circule depuis l'entrée en vigueur est celui du manque à gagner : la Métropole l'évalue à 5,7 millions d'euros de recettes tarifaires perdues. C'est la somme que la collectivité ne facturera plus, et qu'il faudra financer autrement, par le budget métropolitain ou par le versement mobilité acquitté par les entreprises du territoire.

Rapportée aux 100 000 seniors que la Métropole dit concernés, cette perte représente 57 euros par personne et par an. Le calcul est le nôtre, il ne figure dans aucun document officiel, et il éclaire le débat mieux que le chiffre brut. Car 57 euros, c'est moins du tiers des 180 euros que coûtait l'abonnement annuel. Autrement dit, la collectivité ne perd pas un abonnement plein par bénéficiaire : elle perd la moyenne d'une population dont une partie voyageait déjà gratuitement au titre de la non-imposition, et dont une autre ne monte tout simplement jamais dans un bus.

Ce décalage explique les deux lectures qui s'affrontent. Pour la Métropole, cet écart est précisément ce qui rend la mesure soutenable, et la dépense achète un report de la voiture vers les transports sur un littoral saturé. Pour ses détracteurs, distribuer un droit sans plafond de revenus revient à faire payer par tous un avantage dont profitent aussi des retraités aisés, au moment où la collectivité cherche des économies. La députée européenne Sarah Knafo a parlé de démagogie, en reprochant à la Métropole de payer les trajets des retraités plutôt que les fournitures scolaires des enfants.

Le point de friction n'est donc pas le montant, il est le critère. Tant que la gratuité s'arrêtait à l'avis d'imposition, elle relevait de l'aide sociale. Adossée au seul âge, elle devient une politique de pouvoir d'achat, avec les questions qui vont avec : pourquoi 65 ans et pas 70, et que se passe-t-il le jour où le budget se resserre.

Là où votre abonnement gratuit s'arrête

Le périmètre s'arrête aux frontières de la métropole, soit ses communes de la côte et des vallées, et non au département des Alpes-Maritimes. Un trajet vers Antibes, Menton ou Monaco reste payant, et les services à tarification spécifique, dont le transport à la demande Mobil'Azur, ne sont pas couverts par l'abonnement gratuit.

En revanche, une fois la carte obtenue, aucune démarche annuelle n'est à refaire : l'abonnement se reconduit tout seul.

À Marseille, la gratuité par l'âge est déjà rediscutée

Mais l'exemple qu'il faut regarder se trouve à deux cents kilomètres de là. La métropole Aix-Marseille-Provence a voté le 26 juin 2025 la gratuité des transports pour les moins de 11 ans et les 65 ans et plus, entrée en vigueur le 1er septembre suivant, avec près de 750 000 habitants concernés, soit quatre habitants sur dix.

Un an plus tard, cette gratuité fondée sur l'âge est ouvertement remise en question. La régie des transports métropolitains s'est vu demander 25 millions d'euros d'économies, et sa présidente, Samia Ghali, a chiffré à 10 millions d'euros par an le coût de la mesure. La piste évoquée en juin 2026 pour la remplacer est une tarification sous conditions de revenus, c'est-à-dire exactement le système auquel Nice vient de renoncer.
 
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Le calendrier des deux métropoles se croise donc à contretemps, et la leçon vaut pour tous les réseaux qui pratiquent ou envisagent la gratuité par l'âge. Un droit fondé sur votre date de naissance s'obtient vite et se retire tout aussi vite, parce qu'il tient à une délibération et non à la loi. Si vous avez 65 ans et que votre réseau annonce la gratuité, la seule chose qui ne dépende pas des arbitrages budgétaires à venir, c'est le fait d'avoir demandé la carte avant que la question ne se repose.

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