Retraite

Ménopause au travail : le piège invisible qui ampute la retraite de millions de femmes

Sueurs froides en pleine réunion. Nuit blanche avant une présentation importante. Le corps lâche, mais personne n'en parle. En France, 17 millions de femmes traversent la ménopause, et la grande majorité le fait en silence, au travail. Le coût ne se mesure pas seulement en bouffées de chaleur : il se lit sur le relevé de carrière, puis sur l'avis de pension.


Ce qu'il faut retenir

  1. La quasi-totalité des femmes ménopausées déclarent une gêne au travail, mais le sujet reste absent des politiques RH en France
  2. Les conséquences sur la carrière — arrêts, temps partiel, renoncement à une promotion — se répercutent directement sur le montant de la pension de retraite
  3. Un rapport parlementaire récent propose des mesures concrètes, dont l'une pourrait changer la donne dès la prochaine visite médicale de mi-carrière
  4. Des démarches existent pour limiter les dégâts financiers : elles sont détaillées plus bas dans l'article
Ménopause au travail : comment les symptômes ignorés en entreprise pèsent sur la retraite des femmes © SeniorActu
Ménopause au travail : comment les symptômes ignorés en entreprise pèsent sur la retraite des femmes © SeniorActu

Un tabou qui coûte cher en silence

87 % des femmes ménopausées déclarent avoir ressenti une gêne liée à leurs symptômes sur leur lieu de travail. Le chiffre vient d'une enquête OpinionWay réalisée pour Astellas Pharma France. Bouffées de chaleur, troubles du sommeil, fatigue chronique, brouillard cérébral : la liste est longue, et ses effets sur la productivité sont documentés.

Pourtant, le silence règne. Une salariée sur quatre admet dissimuler tout ou partie de ses symptômes par crainte d'être discriminée. Cette proportion grimpe à 42 % chez celles qui souffrent des formes les plus sévères. Quand elles osent en parler, elles se tournent quasi exclusivement vers des collègues féminines (48 %) ou la médecine du travail (23 %). Seules 7 % s'adressent à leur manager.

Le rapport parlementaire remis en avril 2025 par la députée Stéphanie Rist au gouvernement ne mâche pas ses mots : la ménopause est « une construction sociale qui contribue à véhiculer une image associée à une perte de valeur ». Ce rapport, fruit de six mois de travail et de 139 auditions, documente un angle mort total dans les politiques de ressources humaines en France. Les DRH déclarent généralement ne pas connaître les bonnes pratiques sur le sujet. Les organisations patronales considèrent la question comme secondaire.

Résultat : 40 % des femmes estiment que la ménopause reste un sujet tabou en entreprise. Et 25 % craignent qu'en parler nuise à leur carrière.

Arrêts, temps partiel, départ anticipé : la cascade financière

Les conséquences du tabou ne restent pas au bureau. Elles suivent les femmes jusqu'à la retraite.

Selon une enquête Alan / Harris Interactive réalisée en 2022, 21 % des femmes ménopausées prennent des arrêts de travail de plusieurs jours consécutifs à cause de leurs symptômes. 20 % se disent freinées dans leur ambition professionnelle. Et au Royaume-Uni, où le sujet est mieux documenté, 10 % des femmes déclarent avoir quitté leur emploi ou envisagé de le faire à cause de la ménopause.

Chaque jour d'arrêt, chaque passage à temps partiel, chaque promotion refusée a un impact direct sur le calcul de la future pension. Le mécanisme est implacable : la retraite de base se calcule sur les 25 meilleures années de salaire. Moins de revenus pendant la cinquantaine, c'est un salaire de référence plus bas. Moins de trimestres cotisés, c'est une décote potentielle de 1,25 % par trimestre manquant.
 
Femmes Retraitées 2023
💶
Pension brute moyenne
1 306 € / mois
📉
Écart avec les hommes
-38 %
📅
Âge moyen de départ
63 ans et 1 mois
Hommes Retraités 2023
💶
Pension brute moyenne
2 089 € / mois
📈
Référence
Base 100 %
📅
Âge moyen de départ
62 ans et 5 mois


Ces chiffres proviennent du Panorama « Les retraités et les retraites — édition 2025 » de la DREES. L'écart de 783 € par mois entre la pension moyenne des femmes et celle des hommes n'est pas un hasard. C'est le résultat cumulé de carrières hachées, de temps partiels subis et de salaires plus bas. La ménopause, en frappant entre 45 et 55 ans — au moment où les femmes sont au sommet de leur expertise —, accélère cette spirale.

Seulement 2,5 % des femmes traitées : le sous-diagnostic aggrave la facture

La ménopause n'est pas une maladie. Mais ses symptômes sont traitables. Or en France, le taux de recours au traitement hormonal de la ménopause (THM) est tombé à 2,5 % des femmes concernées en 2024. Ce chiffre, établi par le rapport Rist, illustre un déficit massif d'information et de prise en charge.

La chute est spectaculaire : avant la publication en 2002 d'une étude américaine controversée (la WHI, Women's Health Initiative), environ 35 % des Françaises recevaient un traitement hormonal. Les recommandations scientifiques ont depuis été actualisées — les sociétés savantes (GEMVI, CNGOF) ont publié en 2021 de nouvelles recommandations favorables dans un cadre adapté —, mais le mal est fait. La peur du traitement a créé une génération de femmes qui encaissent les symptômes sans accompagnement.

Le rapport Rist pointe un autre facteur aggravant : le nombre de gynécologues médicaux en activité a été divisé par plus de deux en dix ans. En 2023, il restait 1 517 gynécologues médicaux en exercice, contre 3 615 en 2012. Cette spécialité, distincte de la gynécologie-obstétrique, est celle vers laquelle se tournent les femmes pour le suivi de la ménopause. Plus de la moitié des femmes souhaiteraient consulter un gynécologue pendant cette période, mais beaucoup ne trouvent pas de praticien disponible.

Conséquence directe : des symptômes non traités qui durent 7 à 14 ans. Sept à quatorze ans pendant lesquels le travail, la carrière et les cotisations retraite en prennent un coup.

Ce que le rapport Rist change (ou pourrait changer)

Le rapport « La ménopause en France : 25 propositions pour enfin trouver le chemin de l'action », remis le 9 avril 2025 au gouvernement, est le premier document officiel français à traiter la ménopause comme un enjeu de santé publique ET professionnel. Parmi les mesures qui concernent directement les femmes en activité :

L'intégration de la ménopause dans la visite médicale de mi-carrière (45 ans). Cette mesure a été immédiatement reprise par la ministre du Travail Catherine Vautrin. Concrètement, le médecin du travail devra aborder les symptômes éventuels de la ménopause et leurs conséquences sur le poste occupé. C'est un changement majeur : jusqu'ici, aucun dispositif de santé au travail n'intégrait cette question.

La commande d'une étude économique à France Stratégie pour chiffrer le coût de la ménopause sur l'activité professionnelle. En l'absence de données françaises, le rapport cite des estimations étrangères : au Canada, les symptômes non maîtrisés de la ménopause coûteraient 3,5 milliards de dollars canadiens par an, dont 3,3 milliards en pertes de revenus pour les salariées.

Autres mesures proposées : la création d'un guide « Ménopause sur le lieu de travail » à destination des managers, la nomination d'ambassadeurs « Ménopause et emploi » dans les grandes entreprises, l'adaptation du mobilier de bureau sur recommandation du GEMVI, et la formation des conseillers France Travail à la désinsertion professionnelle liée à la ménopause.

Le rapport ne recommande pas la création d'un « congé ménopause », jugeant le risque de discrimination à l'embauche trop élevé. Il suggère en revanche l'expérimentation de ce dispositif dans certaines collectivités publiques volontaires, avec un cadre juridique sécurisé.

Les démarches concrètes pour protéger sa retraite

En attendant que les mesures du rapport Rist se traduisent dans la loi, plusieurs leviers existent déjà pour limiter l'impact de la ménopause sur la pension :

1. Consulter la médecine du travail. Le médecin du travail peut recommander un aménagement de poste, un accès au télétravail ou une adaptation des horaires. Ces recommandations s'imposent à l'employeur. Elles permettent de maintenir l'activité — et les cotisations — sans passer par un arrêt maladie.

2. Vérifier son relevé de carrière sur lassuranceretraite.fr. Le relevé individuel de situation (RIS) permet de repérer les trimestres manquants. Une femme qui constate des trous dans son relevé peut anticiper : rachat de trimestres, surcote, ou report de départ pour atteindre le taux plein.

3. Ne pas négliger les droits familiaux. Les mères bénéficient de 8 trimestres supplémentaires par enfant (4 au titre de la maternité ou de l'adoption, 4 au titre de l'éducation). Pour les enfants nés à partir de 2010, les trimestres d'éducation peuvent être partagés avec le père, mais dans les faits cette possibilité reste très peu utilisée. Ces trimestres peuvent compenser partiellement les interruptions de carrière. La nouvelle loi de financement de la Sécurité sociale prévoit aussi que le salaire annuel moyen sera calculé sur les 24 meilleures années pour les mères d'un enfant, et les 23 meilleures années pour les mères de deux enfants ou plus, au lieu de 25.

4. Demander un accompagnement médical adapté. Le médecin traitant, le gynécologue ou la sage-femme peuvent prescrire un accompagnement global (traitement hormonal ou non hormonal, hygiène de vie, suivi cardiovasculaire et ostéo-articulaire). Le rapport Rist préconise la création d'une consultation dédiée, prise en charge par l'Assurance Maladie.

5. Solliciter son employeur. Même en l'absence de cadre légal spécifique, la loi impose à l'employeur une obligation générale de prévention en matière de santé au travail. Demander un ventilateur, un accès à l'eau, un ajustement des horaires ou une tenue de travail adaptée relève du dialogue normal avec les ressources humaines. Le futur guide proposé par le rapport Rist devrait fournir un cadre pour ces échanges.

 
Sources :
- DREES, « Les retraités et les retraites — édition 2025 », Panoramas de la DREES, juillet 2025
- Rapport Rist, « La ménopause en France : 25 propositions pour enfin trouver le chemin de l'action », remis le 9 avril 2025 au gouvernement
- Communiqué du ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités, 10 avril 2025
- Enquête OpinionWay pour Astellas Pharma France, 2025
- Enquête Alan / Harris Interactive, « Ménopause et entreprise », 2022
- Rapport du Sénat, « Santé des femmes au travail : des maux invisibles », 2023


Par | Publié le 09/03/2026 à 16:05

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