Retraite

Insee : la population française déclinera dès 2037, et votre pension en paiera le prix

Par | Publié le 09/06/2026 à 10:33

En 2021, l'Insee projetait une France à 68 millions d'habitants en 2070, en légère croissance. Cinq ans plus tard, le même institut publie des chiffres radicalement différents : 65,9 millions, soit 3,2 millions de moins qu'aujourd'hui, et un déclin qui commence dès 2037 au lieu de 2044. Sept ans d'avance sur le calendrier précédent. Et cette fois, on ne parle pas de réchauffement climatique mais bien de démographie...

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Un retraité face à la courbe de déclin démographique et son relevé de pension
Un retraité face à la courbe de déclin démographique et son relevé de pension

Sept ans d'avance sur le scénario précédent

Le retournement est daté. En 2021, le scénario central de l'Insee reposait sur une fécondité à 1,8 enfant par femme et un solde migratoire de 70 000 personnes par an.

La France aurait gagné 700 000 habitants d'ici 2070, avec un pic de population atteint en 2044. Cinq ans plus tard, chaque hypothèse a bougé dans le mauvais sens.

Les nouvelles projections publiées lundi 8 juin par l'Insee inversent la trajectoire. Le pic est désormais fixé à 2037, à 69,8 millions d'habitants.

Au-delà, la courbe plonge : -118 000 habitants par an en moyenne. « Dans une période sans guerre, on n'a pas de précédent de baisse de la population de cette ampleur », reconnaît Loup Wolff, responsable des études démographiques de l'Insee.

Deux variables ont basculé simultanément. La fécondité n'est plus projetée à 1,8 mais à 1,45 enfant par femme, et le solde migratoire a été doublé, de 70 000 à 150 000 personnes par an.

Malgré ce doublement de l'apport migratoire, le résultat net est passé d'une croissance modeste à une perte de 3,2 millions d'habitants. C'est la mesure du décrochage.

1,45 enfant par femme : le moteur qui cale

Tout part de là. L'indicateur conjoncturel de fécondité, fixé à 1,56 enfant par femme en 2025, devrait se stabiliser à 1,45 dès 2028 selon le scénario central de l'Insee.

En 2010, il était encore à 2,02. La France était alors l'exception européenne en matière de natalité, et nous nous en vantions.

Ce n'est plus le cas. « Il y a une tendance générale, en tout cas européenne, à une baisse de la fécondité », constate Loup Wolff.

Je vous donne l'ordre de grandeur du décrochage : passer de 1,8 à 1,45 enfant par femme dans les hypothèses de projection, c'est retirer environ 100 000 naissances par an du scénario précédent. Sur quarante-cinq ans, cela représente plusieurs millions de cotisants en moins.

Le déficit naturel, c'est-à-dire l'écart entre décès et naissances, est devenu négatif en 2025. Il va se creuser jusqu'en 2070, d'abord à cause d'une hausse des décès liée au vieillissement des baby-boomers, puis d'une baisse durable des naissances.

Le solde migratoire de 150 000 personnes par an compense une partie du déficit jusqu'en 2037. Au-delà, il ne suffit plus : la France perdrait en moyenne 118 000 habitants par an.

Le ratio qui finance vos pensions passe de 40 à 62

C'est LE chiffre de ces projections pour quiconque touche ou touchera une pension. En 2026, la France compte 40 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans.

En 2040, ce rapport de dépendance démographique atteindra 49 pour 100. À l'horizon 2070, le scénario central le porte à 62 pour 100.

Traduisons.

Là où 100 actifs financent aujourd'hui 40 retraités, ils en financeront 62 dans moins de 45 ans. Soit un actif et demi par retraité, contre deux et demi aujourd'hui.

La masse salariale qui alimente les caisses de retraite par répartition devra porter une charge de plus en plus lourde, ou les pensions devront baisser en valeur réelle. Il n'y a pas de troisième option dans un système par répartition.
 

Nous avons couvert hier le rapport du COR qui projette un déficit de 2,4 % du PIB à l'horizon 2070. Ce chiffre n'est pas tombé du ciel : il est directement adossé à ces projections démographiques révisées.

L'effondrement de la fécondité et le vieillissement accéléré sont les deux variables qui ont fait bondir le déficit projeté de 1,4 % à 2,4 % du PIB entre les deux exercices du COR. Votre pension de base et votre complémentaire Agirc-Arrco reposent sur les cotisations de ces actifs dont le nombre se réduit.

Or les nouvelles règles de revalorisation Agirc-Arrco, entrées en vigueur en 2024, indexent les pensions complémentaires sur l'inflation et non sur la masse salariale. Quand les actifs seront moins nombreux, c'est l'équilibre du régime qui absorbera le choc, pas le montant nominal de votre pension.

4,6 millions de plus de 80 ans en plus

L'autre versant de ces projections nous concerne tout autant. D'ici 2070, le nombre de personnes de 65 ans et plus augmenterait de 5,8 millions, passant de 15,3 à 21,1 millions.

En 2026, les plus de 65 ans représentent 22 % de la population. En 2070, ils en constitueraient 32 %, soit un habitant sur trois.

La hausse serait portée essentiellement par les 80 ans et plus, avec 4,6 millions de personnes supplémentaires. Le nombre de centenaires serait multiplié par quatre, passant de 37 000 à 160 000.

Précision notable : la part des hommes parmi les centenaires doublerait, passant de 15 % à 30 % en 2070. La longévité n'est plus seulement une affaire de femmes.
 

Ces chiffres ne sont pas abstraits. Chaque personne de 80 ans et plus a une probabilité croissante de nécessiter une aide à domicile, un accompagnement en Ehpad ou un passage en soins longue durée.

Or les personnels qui fournissent ces services sont eux aussi issus de la tranche d'âge active, celle qui rétrécit. Le financement de l'APA, les places en établissement, le maintien à domicile vont se heurter au même mur que les pensions : moins de bras et moins de cotisants pour plus de bénéficiaires.

Ce qui reste entre les mains du politique

L'Insee le rappelle avec insistance : ces projections ne sont pas des prédictions, elles prolongent les tendances observées. Si la fécondité remonte ou si le solde migratoire augmente, la trajectoire change.

Plusieurs scénarios alternatifs cadrent la population de 2070 entre 61 et 71 millions d'habitants. L'écart entre le meilleur et le pire cas représente 10 millions de personnes, soit la population de la région Île-de-France.

Sauf que la marge de manœuvre politique se concentre sur deux leviers : la natalité (allocations familiales, fiscalité, congés parentaux) et l'immigration (politique d'accueil, régularisation, visas de travail). Aucun des deux ne produit d'effet démographique avant une génération.

D'ici là, le vieillissement est qualifié de « certain » par l'Insee elle-même, quelle que soit l'hypothèse retenue. Jusqu'en 2040, la structure par âge de la population dépend du passé, pas de l'avenir.

Pour nous qui lisons ces lignes aujourd'hui, la question n'est pas ce que la France comptera en 2070. C'est ce que ces projections signifient pour les quinze prochaines années : le rapport de dépendance atteindra 49 pour 100 dès 2040, dans quatorze ans seulement.

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