Le bilan biologique le plus complet jamais réalisé sur un être humain
Maria Branyas Morera est née le 4 mars 1907 à San Francisco et s'est éteinte le 19 août 2024, à 117 ans et 168 jours. Elle était la doyenne de l'humanité depuis janvier 2023.
De son vivant, elle avait accepté que des chercheurs prélèvent des échantillons de sang, de salive, d'urine et de selles pour comprendre les raisons de sa longévité. L'équipe du Dr Manel Esteller, à l'Institut de recherche Josep Carreras contre la leucémie de Barcelone, a publié les résultats dans la revue Cell Reports Medicine.
L'approche est dite multiomique : les chercheurs ont croisé le génome, le protéome, l'épigénome, le métabolome, le transcriptome et le microbiote de Maria Branyas. C'est le portrait biologique le plus détaillé jamais établi sur un supercentenaire.
De son vivant, elle avait accepté que des chercheurs prélèvent des échantillons de sang, de salive, d'urine et de selles pour comprendre les raisons de sa longévité. L'équipe du Dr Manel Esteller, à l'Institut de recherche Josep Carreras contre la leucémie de Barcelone, a publié les résultats dans la revue Cell Reports Medicine.
L'approche est dite multiomique : les chercheurs ont croisé le génome, le protéome, l'épigénome, le métabolome, le transcriptome et le microbiote de Maria Branyas. C'est le portrait biologique le plus détaillé jamais établi sur un supercentenaire.
Des marqueurs de vieillissement extrême, et pourtant aucune maladie
C'est le résultat central de l'étude. Le corps de Maria Branyas portait tous les stigmates d'un vieillissement avancé.
Ses télomères, les capuchons protecteurs situés aux extrémités des chromosomes, comptaient parmi les plus courts jamais relevés. Or les télomères courts sont habituellement associés à un risque accru de mortalité et de maladies chroniques.
Son système immunitaire présentait des signes d'inflammation chronique. Ses lymphocytes B, un type de globules blancs impliqués dans la défense de l'organisme, étaient vieillis.
Elle présentait aussi une hématopoïèse clonale : ses cellules souches sanguines avaient accumulé des mutations au fil du temps. Ce phénomène est considéré comme un facteur de risque de leucémie et de maladie cardiovasculaire.
Sauf que ces pathologies ne sont jamais apparues.
Maria Branyas n'a développé ni cancer, ni démence, ni maladie cardiovasculaire majeure jusqu'à sa mort. Manel Esteller résume le résultat par une formule : « dualité fascinante, présence simultanée de signaux de vieillissement extrême et de longévité en bonne santé ».
Vieillir et tomber malade, deux processus que la médecine confond souvent, se sont dissociés à l'échelle moléculaire dans le corps de cette femme.
Ses télomères, les capuchons protecteurs situés aux extrémités des chromosomes, comptaient parmi les plus courts jamais relevés. Or les télomères courts sont habituellement associés à un risque accru de mortalité et de maladies chroniques.
Son système immunitaire présentait des signes d'inflammation chronique. Ses lymphocytes B, un type de globules blancs impliqués dans la défense de l'organisme, étaient vieillis.
Elle présentait aussi une hématopoïèse clonale : ses cellules souches sanguines avaient accumulé des mutations au fil du temps. Ce phénomène est considéré comme un facteur de risque de leucémie et de maladie cardiovasculaire.
Sauf que ces pathologies ne sont jamais apparues.
Maria Branyas n'a développé ni cancer, ni démence, ni maladie cardiovasculaire majeure jusqu'à sa mort. Manel Esteller résume le résultat par une formule : « dualité fascinante, présence simultanée de signaux de vieillissement extrême et de longévité en bonne santé ».
Vieillir et tomber malade, deux processus que la médecine confond souvent, se sont dissociés à l'échelle moléculaire dans le corps de cette femme.
23 ans de moins sur l'horloge épigénétique
Les chercheurs ont mesuré l'âge biologique de Maria Branyas à l'aide de plusieurs horloges épigénétiques indépendantes. Ces horloges fonctionnent en analysant les modifications chimiques de l'ADN, appelées méthylations, à des centaines de sites du génome.
Toutes convergent : son âge biologique se situait à plus de 23 ans en dessous de son âge réel. À 116 ans, ses cellules se comportaient comme celles d'une personne d'environ 93 ans.
L'écart est considérable. Il suggère que les mécanismes qui accélèrent le vieillissement tissulaire chez la plupart des individus étaient significativement ralentis dans son organisme, alors même que ses télomères racontaient une tout autre histoire.
Ce décalage entre l'horloge épigénétique et l'horloge télomérique constitue l'une des observations les plus inattendues de l'étude.
Toutes convergent : son âge biologique se situait à plus de 23 ans en dessous de son âge réel. À 116 ans, ses cellules se comportaient comme celles d'une personne d'environ 93 ans.
L'écart est considérable. Il suggère que les mécanismes qui accélèrent le vieillissement tissulaire chez la plupart des individus étaient significativement ralentis dans son organisme, alors même que ses télomères racontaient une tout autre histoire.
Ce décalage entre l'horloge épigénétique et l'horloge télomérique constitue l'une des observations les plus inattendues de l'étude.
Un génome vidé de toute prédisposition connue
L'analyse du génome de Maria Branyas a révélé plusieurs variants génétiques rares, associés chez d'autres espèces animales à une durée de vie exceptionnelle. Ces variants ont été identifiés chez le chien, le ver et la mouche.
Son ADN ne portait en revanche aucun des variants connus comme facteurs de risque de la maladie d'Alzheimer, du cancer ou des troubles métaboliques. Son métabolisme des graisses figurait parmi les plus efficaces jamais documentés pour une personne de cet âge.
Son ADN ne portait en revanche aucun des variants connus comme facteurs de risque de la maladie d'Alzheimer, du cancer ou des troubles métaboliques. Son métabolisme des graisses figurait parmi les plus efficaces jamais documentés pour une personne de cet âge.
Trois yaourts par jour pendant vingt ans, et un microbiote de trentenaire
Sur le même sujet :
Mémoire des centenaires : le secret se cache dans leur microbiote, pas dans leur cerveau
Le microbiote intestinal de Maria Branyas présentait une caractéristique remarquable : des niveaux élevés de Bifidobacterium, une bactérie bénéfique qui décline normalement avec l'âge. Le Bifidobacterium est l'une des premières bactéries à coloniser l'intestin du nourrisson, et ses niveaux chutent typiquement après la cinquantaine. Mémoire des centenaires : le secret se cache dans leur microbiote, pas dans leur cerveau
Chez Maria Branyas, sa flore intestinale était aussi diversifiée que celle d'une personne bien plus jeune. Son régime alimentaire offre une piste d'explication.
Maria Branyas suivait un régime méditerranéen classique et consommait trois yaourts nature par jour depuis plus de vingt ans. Cette habitude aurait contribué à entretenir la diversité de sa flore intestinale, selon les auteurs de l'étude.
Elle n'a jamais fumé, jamais bu d'alcool, pratiquait une heure de marche quotidienne et a vécu à la campagne. Ces éléments relèvent du mode de vie, pas de la génétique.
Les chercheurs préviennent toutefois : ce qui est valable pour Maria Branyas n'est pas nécessairement transposable au reste de la population. L'étude porte sur un seul individu, et cette longévité résulte d'une combinaison probablement unique de facteurs génétiques, environnementaux et comportementaux.
Sur le même sujet :
Longévité : l'aliment que 95% des centenaires consomment chaque jour
Longévité : l'aliment que 95% des centenaires consomment chaque jour
Ce que cette étude change pour un lecteur de 65 ans
Le message principal de ces travaux ne porte pas sur les yaourts ni sur la marche. Il porte sur la distinction entre vieillissement et maladie.
Si le corps de Maria Branyas a vieilli de manière extrême sans déclencher de pathologie, c'est peut-être parce que ces deux processus obéissent à des mécanismes biologiques séparables. Les chercheurs espèrent que ces résultats permettront de développer des biomarqueurs du vieillissement en bonne santé, et à terme, des stratégies pour prolonger les années vécues sans maladie.
Reste à savoir si cette dissociation entre âge et pathologie, observée chez un seul individu d'exception, se retrouve à plus grande échelle dans la population.
Si le corps de Maria Branyas a vieilli de manière extrême sans déclencher de pathologie, c'est peut-être parce que ces deux processus obéissent à des mécanismes biologiques séparables. Les chercheurs espèrent que ces résultats permettront de développer des biomarqueurs du vieillissement en bonne santé, et à terme, des stratégies pour prolonger les années vécues sans maladie.
Reste à savoir si cette dissociation entre âge et pathologie, observée chez un seul individu d'exception, se retrouve à plus grande échelle dans la population.


