Droits et aides sociales

Les franchises médicales avaient doublé sur vos boîtes de médicaments en 2024 : le gouvernement renonce à doubler aussi votre plafond de 50 euros

Vos boîtes de médicaments amputent vos remboursements d'un euro chacune, vos consultations de deux euros, jusqu'à un plafond annuel atteint dès la cinquantième boîte. Les franchises médicales devaient doubler cet automne. Le gouvernement vient d'y renoncer, mais il ne les laisse pas où elles sont.

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Article rédigé par | Publié le 24 Août 2026 à 11:03 | mis à jour le 24 Août 2026 à 11:03
Une retraitée sort les plaquettes de comprimés de sa boîte de médicaments - Illustration générée par IA
Une retraitée sort les plaquettes de comprimés de sa boîte de médicaments - Illustration générée par IA

Le doublement retiré, une indexation à la place

Le recul a tenu en une phrase, dans un entretien au Figaro publié jeudi 20 août. Le doublement du plafond des franchises médicales, annoncé un mois plus tôt par la ministre de la Santé Stéphanie Rist, n'aura pas lieu cet automne : il « n'a pas été compris et a pu apparaître brutal », reconnaît-elle.

Sauf que le plafond ne reste pas où il est. Le gouvernement dit travailler à une correction fondée sur l'inflation depuis 2005, et prévient que la hausse restera « nettement inférieure ».
 
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Ce que l'inflation depuis 2005 ajoute à votre plafond

Reste à savoir ce que cette correction donne en euros, et personne ne l'a dit. Interrogé par l'AFP, le ministère de la Santé n'a pas chiffré l'ampleur de la hausse, et aucun texte n'est paru. Mais l'indice des prix à la consommation de l'Insee, lui, est public : j'ai refait le calcul à partir de ses moyennes annuelles.

En moyenne annuelle, cet indice hors tabac est passé de 88,27 en 2005 à 119,82 en 2025 : les prix ont progressé de 35,7 % en vingt ans. Appliquée telle quelle, la règle annoncée porterait le plafond de 50 euros de la participation forfaitaire — celle qui court sur vos consultations, vos radios et vos analyses — à un peu moins de 68 euros par an.

Or vos deux compteurs n'ont pas le même âge. La participation forfaitaire sur les consultations date de 2005, où elle valait 1 euro avant de passer à 2 euros en 2024, rappelle la Drees dans son dossier de février consacré aux déremboursements ; la franchise sur vos boîtes de médicaments, elle, n'existe que depuis 2008, à 50 centimes la boîte, portée à 1 euro le 31 mars 2024 sans que le plafond annuel bouge. Indexé depuis sa propre année de naissance, le second plafond monterait plutôt vers 64 euros : quatre euros de moins que si l'on remontait jusqu'à 2005.

Additionnés, ces deux compteurs porteraient le maximum annuel autour de 132 euros, contre 100 en l'état et 200 dans la version abandonnée. Une trentaine d'euros de plus sur l'année, moins de 3 euros par mois : voilà l'ordre de grandeur que dessine l'indice des prix, et lui seul. Le décret, quand il sortira, tranchera le chiffre exact et la date de départ retenue.
 

Cinquante boîtes, vingt-cinq consultations : le seuil qui vous fait payer

Encore faut-il atteindre ce plafond, et tout le monde n'y arrive pas. La franchise se déclenche à 1 euro par boîte de médicaments, 1 euro par acte d'infirmier ou de kinésithérapeute, 4 euros par transport sanitaire ; la participation forfaitaire, à 2 euros par consultation, par radio et par analyse de biologie. Il faut donc cinquante boîtes dans l'année pour saturer le premier compteur, et vingt-cinq rendez-vous pour saturer le second. Matignon l'avait dit sans détour en juillet : l'effort commence à la cinquante-et-unième boîte et au vingt-sixième rendez-vous.

Autrement dit, si vous voyez votre médecin trois fois par an et rapportez dix boîtes de la pharmacie, vous ne paierez pas un centime de plus, quel que soit le plafond retenu. Si vous suivez un traitement quotidien, vous avez déjà tout payé avant l'été. Un greffé cardiaque interrogé par l'AFP en juillet résumait la mécanique en une phrase : ses cinquante boîtes, il les dépasse en cinq mois.

Et l'affection de longue durée ne protège pas. L'exonération de ticket modérateur accordée au titre d'une ALD couvre les soins liés à la maladie, pas les franchises ni les participations forfaitaires : l'Assurance Maladie le précise noir sur blanc sur sa page consacrée à la franchise médicale, qui ajoute que les complémentaires n'en prennent pratiquement jamais la charge. Votre mutuelle ne rattrapera donc rien. Selon la ministre de la Santé, un malade chronique acquitte en moyenne 78 euros par an au titre de ces deux compteurs.
  Cette concentration du coût, la Drees l'avait chiffrée cinq mois avant l'annonce de juillet. Dans son dossier de février, le service statistique des ministères sociaux compare plusieurs façons de récupérer un milliard d'euros et conclut que relever le plafond annuel pèse plus lourd sur les ménages âgés ou en mauvaise santé qu'augmenter le montant unitaire des franchises. Dans son scénario de hausse des franchises, le surcoût moyen atteint 57 euros par an pour les ménages dont la personne la plus âgée a 75 ans ou plus. Le paramètre que le gouvernement a choisi de bouger est donc précisément celui qui nous vise.
 

Aucun décret publié, vos compteurs restent à 50 euros

D'ailleurs, rien n'a encore bougé sur votre compte. Aucun décret n'est publié au Journal officiel, et le texte préparé en juillet prévoyait une entrée en vigueur deux mois après sa parution. Tant que rien ne paraît, le maximum reste de 50 euros par compteur, soit 100 euros par personne et par an.

Ce total, vous pouvez le suivre en temps réel. Dans votre compte ameli, la rubrique « Participations forfaitaires et franchises » affiche ce qui a déjà été retenu sur vos remboursements depuis le 1er janvier, ligne par ligne. Deux vérifications valent le détour : si votre pension nette reste sous le plafond de la Complémentaire santé solidaire, ce dispositif vous exonère entièrement des deux compteurs ; et si vous ne recevez plus aucun remboursement parce que tout passe en tiers payant, l'Assurance Maladie peut vous réclamer directement les sommes dues, avec un rappel possible sur cinq ans.

Ce dossier n'est pas refermé pour autant. Le gouvernement maintient les autres mesures annoncées en juillet, à commencer par la hausse du ticket modérateur sur les médicaments, les dispositifs médicaux, les transports sanitaires et les soins dentaires, celle-là même qui remontera par la case cotisation de votre mutuelle. Les budgets de l'État et de la Sécurité sociale arrivent au Parlement cet automne, et le plafond des franchises y reviendra sous une forme ou sous une autre.
  Nous saurons alors si la correction annoncée tient dans les trente euros que dessine l'indice des prix, ou si le décret retient une base de départ plus généreuse pour les comptes publics. En attendant, la seule chose que le calendrier vous laisse, c'est le temps de regarder où en est votre compteur.

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