AMI, la super-application que l'État vous prépare pour octobre
Votre smartphone pourrait bientôt remplacer tous vos guichets. C'est la promesse d'AMI, l'Application mobile interministérielle, développée par la Dinum et la Dila.
Le principe : une connexion via FranceConnect, un tableau de bord unique, et l'accès à vos impôts, votre carte grise ou vos procurations depuis un seul écran. Le déploiement grand public est prévu en octobre 2026. L'idée séduit. Mais elle repose sur un prérequis que la presse technologique ne questionne pas.
Le principe : une connexion via FranceConnect, un tableau de bord unique, et l'accès à vos impôts, votre carte grise ou vos procurations depuis un seul écran. Le déploiement grand public est prévu en octobre 2026. L'idée séduit. Mais elle repose sur un prérequis que la presse technologique ne questionne pas.
Ce que l'application promet à ses utilisateurs
AMI ne réinvente rien. Elle se branche sur les démarches déjà accessibles via Service-public.gouv.fr et les regroupe dans une interface mobile unique.
Première promesse : vous vous connectez une seule fois avec FranceConnect, et vous retrouvez toutes vos démarches en cours. Plus besoin de jongler entre impots.gouv.fr, l'ANTS et Ameli.
Deuxième promesse : un suivi en temps réel avec des alertes push dès qu'un dossier avance. Troisième promesse : des formulaires préremplis grâce au principe « Dites-le-nous une fois », qui évite de retaper votre adresse ou votre numéro fiscal à chaque démarche.
Selon Acteurs Publics, qui a révélé le projet le 10 juillet, plusieurs administrations testent déjà leurs services dans AMI : Cybermalveillance.gouv, le dispositif Ma Sécurité de la police et de la gendarmerie, et les guichets France Services. Un assistant conversationnel est à l'étude pour répondre aux questions courantes sans passer par une hotline téléphonique.
À plus long terme, l'application pourrait s'ouvrir aux professionnels et aux associations via ProConnect en 2027. Sur le papier, le progrès est net : l'Estonie, les Pays-Bas et l'Ukraine ont déjà déployé ce type d'application avec une adoption massive. Reste que ces pays ont accompagné le déploiement d'un effort de formation numérique que la France n'a pas annoncé pour AMI.
Première promesse : vous vous connectez une seule fois avec FranceConnect, et vous retrouvez toutes vos démarches en cours. Plus besoin de jongler entre impots.gouv.fr, l'ANTS et Ameli.
Deuxième promesse : un suivi en temps réel avec des alertes push dès qu'un dossier avance. Troisième promesse : des formulaires préremplis grâce au principe « Dites-le-nous une fois », qui évite de retaper votre adresse ou votre numéro fiscal à chaque démarche.
Selon Acteurs Publics, qui a révélé le projet le 10 juillet, plusieurs administrations testent déjà leurs services dans AMI : Cybermalveillance.gouv, le dispositif Ma Sécurité de la police et de la gendarmerie, et les guichets France Services. Un assistant conversationnel est à l'étude pour répondre aux questions courantes sans passer par une hotline téléphonique.
À plus long terme, l'application pourrait s'ouvrir aux professionnels et aux associations via ProConnect en 2027. Sur le papier, le progrès est net : l'Estonie, les Pays-Bas et l'Ukraine ont déjà déployé ce type d'application avec une adoption massive. Reste que ces pays ont accompagné le déploiement d'un effort de formation numérique que la France n'a pas annoncé pour AMI.
Les 6,8 millions de seniors que la simplification laisse au bord de la route
L'enquête TIC ménages 2025 de l'Insee, publiée en février 2026, mesure l'ampleur du problème. Parmi les Français de 60 à 74 ans, 17 % sont en situation d'illectronisme : ils n'utilisent pas internet ou ne maîtrisent aucune compétence numérique de base.
Et 38 % supplémentaires disposent de compétences faibles, c'est-à-dire qu'ils ne maîtrisent pas les notions de base dans au moins un des cinq domaines jugés essentiels par l'indicateur européen. Cumulés, ces deux chiffres représentent 55 % des 60-74 ans en difficulté numérique.
Rapporté aux 12,3 millions de Français dans cette tranche d'âge, le calcul donne environ 6,8 millions de personnes pour qui se connecter à FranceConnect, installer une application et naviguer dans un tableau de bord n'a rien d'évident.
Le Baromètre du numérique 2025 du Crédoc précise le diagnostic. Parmi les 60-69 ans, 27 % se déclarent en difficulté face aux outils numériques, et ce taux grimpe à 37 % au-delà de 70 ans.
Surtout, le diplôme pèse davantage que l'âge : chez les 60-74 ans titulaires au plus d'un CAP-BEP, 15 % sont en illectronisme et 47 % ont des compétences faibles. Le rapport 2024-2025 du Défenseur des droits confirme la tendance de fond : 61 % des usagers interrogés déclarent éprouver des difficultés dans leurs démarches administratives, contre 39 % en 2016. La dématérialisation n'a pas résorbé le fossé, elle l'a déplacé.
Or AMI exige précisément ce que ces millions de personnes ne maîtrisent pas : un smartphone récent, un compte FranceConnect actif parmi les 45 millions d'utilisateurs du service, et la capacité de naviguer seul dans une interface administrative. Pour les 7 millions d'adultes français qui n'ont toujours pas de compte FranceConnect, la porte d'entrée d'AMI n'existe pas.
Et 38 % supplémentaires disposent de compétences faibles, c'est-à-dire qu'ils ne maîtrisent pas les notions de base dans au moins un des cinq domaines jugés essentiels par l'indicateur européen. Cumulés, ces deux chiffres représentent 55 % des 60-74 ans en difficulté numérique.
Rapporté aux 12,3 millions de Français dans cette tranche d'âge, le calcul donne environ 6,8 millions de personnes pour qui se connecter à FranceConnect, installer une application et naviguer dans un tableau de bord n'a rien d'évident.
Le Baromètre du numérique 2025 du Crédoc précise le diagnostic. Parmi les 60-69 ans, 27 % se déclarent en difficulté face aux outils numériques, et ce taux grimpe à 37 % au-delà de 70 ans.
Surtout, le diplôme pèse davantage que l'âge : chez les 60-74 ans titulaires au plus d'un CAP-BEP, 15 % sont en illectronisme et 47 % ont des compétences faibles. Le rapport 2024-2025 du Défenseur des droits confirme la tendance de fond : 61 % des usagers interrogés déclarent éprouver des difficultés dans leurs démarches administratives, contre 39 % en 2016. La dématérialisation n'a pas résorbé le fossé, elle l'a déplacé.
Or AMI exige précisément ce que ces millions de personnes ne maîtrisent pas : un smartphone récent, un compte FranceConnect actif parmi les 45 millions d'utilisateurs du service, et la capacité de naviguer seul dans une interface administrative. Pour les 7 millions d'adultes français qui n'ont toujours pas de compte FranceConnect, la porte d'entrée d'AMI n'existe pas.
Vos données stockées dans le téléphone : protection ou fragilité
AMI fait le choix de stocker les données sensibles directement sur votre téléphone plutôt que sur des serveurs centralisés. En matière de cybersécurité, l'argument se défend : en cas de piratage d'un serveur de l'État, vos informations fiscales ou votre numéro d'immatriculation ne figurent pas dans la base attaquée.
Mais ce choix a une contrepartie. Si vous perdez votre téléphone, si l'écran casse, si vous changez d'appareil sans savoir transférer vos données, votre dossier administratif disparaît avec lui.
Pour un public qui peine déjà à sauvegarder ses contacts ou à configurer une nouvelle messagerie, le stockage local est une fragilité, pas une garantie. La question reste ouverte : AMI prévoira-t-elle un mécanisme de récupération accessible aux utilisateurs les moins aguerris ?
Mais ce choix a une contrepartie. Si vous perdez votre téléphone, si l'écran casse, si vous changez d'appareil sans savoir transférer vos données, votre dossier administratif disparaît avec lui.
Pour un public qui peine déjà à sauvegarder ses contacts ou à configurer une nouvelle messagerie, le stockage local est une fragilité, pas une garantie. La question reste ouverte : AMI prévoira-t-elle un mécanisme de récupération accessible aux utilisateurs les moins aguerris ?
France Identité : le précédent que l'État préfère oublier
L'État a déjà tenté de centraliser votre identité dans une application. France Identité, lancée en 2024, devait vous permettre de prouver qui vous êtes depuis votre smartphone grâce à la carte d'identité électronique.
Deux ans plus tard, l'adoption reste modeste. Chaque nouvelle application d'État demande un acte de confiance supplémentaire à des utilisateurs qui peinent déjà à gérer un mot de passe Ameli ou un code fiscal.
AMI devra convaincre là où France Identité n'a pas percé, avec un périmètre autrement plus large...
Deux ans plus tard, l'adoption reste modeste. Chaque nouvelle application d'État demande un acte de confiance supplémentaire à des utilisateurs qui peinent déjà à gérer un mot de passe Ameli ou un code fiscal.
AMI devra convaincre là où France Identité n'a pas percé, avec un périmètre autrement plus large...


