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Le sang des centenaires ressemble à celui des trentenaires : ce que révèle une étude inédite

Par | Publié le 11/03/2026 à 08:45 | mis à jour le 24/04/2026 à 08:38

Des chercheurs suisses ont analysé le profil sanguin de plusieures personnes de plus de 100 ans. Leur découverte bouscule les idées reçues sur le vieillissement — et nous concerne tous après 50 ans.

Étude SWISS100 sur les protéines sanguines des centenaires et le ralentissement du vieillissement © SeniorActu
Étude SWISS100 sur les protéines sanguines des centenaires et le ralentissement du vieillissement © SeniorActu

37 protéines qui défient le temps

Leur sang raconte une autre histoire que leur âge. Des chercheurs des universités de Genève et de Lausanne ont comparé le profil sanguin de centenaires à celui de personnes de 30 à 60 ans. Le résultat est inattendu.

Sur 724 protéines analysées, 37 présentent chez les centenaires un profil étonnamment proche de celui des adultes jeunes — et non de celui des octogénaires. Ces données observationnelles, issues de l'étude SWISS100, ont été publiées en février 2026 dans la revue Aging Cell.

Concrètement, ce que montre l'étude (et ce qu'elle ne prouve pas) : certains mécanismes biologiques clés semblent fortement ralentis chez les centenaires. Pas stoppés. Ralentis.

Moins de stress oxydatif, moins de défenses : le paradoxe

L'étude a mesuré 358 marqueurs d'inflammation et 366 marqueurs cardiovasculaires dans le sang de trois groupes : 39 centenaires (100-105 ans), 59 octogénaires et 40 adultes de 30 à 60 ans.

Le résultat le plus surprenant concerne cinq protéines liées au stress oxydatif. Chez les centenaires, leur niveau est nettement inférieur à celui des octogénaires. Plus contre-intuitif encore : les centenaires présentent aussi des niveaux réduits de protéines antioxydantes.

L'explication avancée par les chercheurs : comme leur niveau de stress oxydatif est plus bas, leur organisme a moins besoin de produire des défenses. Le système fonctionne mieux, pas plus fort.

Qui est concerné par ces découvertes

Vous n'avez pas besoin d'être centenaire pour être concerné. L'étude révèle que la part génétique de la longévité ne représente qu'environ 25 %. Le reste dépend du mode de vie pendant la vie adulte.

Autrement dit : ce que vous faites chaque jour après 50 ans pèse plus lourd que ce que vous avez hérité à la naissance. Nutrition, activité physique, liens sociaux : ces leviers ne sont pas des conseils généraux. Ce sont les facteurs qui, selon les chercheurs, vont dans le même sens que les mécanismes protecteurs observés chez les centenaires.

L'étude SWISS100 a été pilotée par Daniela Jopp (Université de Lausanne) et Karl-Heinz Krause (Université de Genève). Ses résultats sont consultables sur le site de l'Université de Genève.

Ce que le sang des centenaires révèle en chiffres

80-90 ans Vieillissement classique
🩺
Stress oxydatif (association)
Élevé — marqueurs en hausse
📊
Inflammation chronique
Marqueurs élevés
📉
Régulation métabolique
Dégradée avec l'âge
100+ ans Vieillissement ralenti
🩺
Stress oxydatif (association)
Bas — proche des 30-60 ans
📊
Inflammation chronique
Plus calme que les octogénaires
📈
Régulation métabolique
Optimisée — bon équilibre glucidique


D'autres protéines identifiées participent à la régulation de la matrice extracellulaire — le « ciment » de l'organisme. Certaines sont associées à une meilleure gestion des graisses et de l'insuline. La protéine DPP-4, conservée chez les centenaires, contribue à maintenir des niveaux d'insuline bas.

Il s'agit d'une corrélation, non d'un lien de cause à effet. D'autres facteurs — génétique, accès aux soins, conditions de vie — peuvent expliquer en partie ces résultats.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Les chercheurs de l'étude SWISS100 le disent clairement : le mode de vie pendant la vie adulte constitue un levier puissant. Trois axes reviennent dans leurs conclusions.

D'abord, la nutrition. L'étude mentionne un exemple simple : consommer un fruit le matin peut diminuer le stress oxydatif sanguin pendant la journée. Ensuite, l'activité physique régulière. Elle contribue au maintien de la matrice extracellulaire dans un état plus jeune. Enfin, les contacts sociaux. L'isolement accélère le déclin. Le lien social le freine.

Ces trois facteurs ne sont pas des découvertes nouvelles. Ce qui est nouveau, c'est qu'ils correspondent précisément aux mécanismes biologiques observés chez les centenaires de l'étude. Éviter le surpoids aide également à préserver l'équilibre métabolique décrit dans ces travaux.

Ce que cette étude ne dit pas encore

L'étude SWISS100 repose sur un seul prélèvement sanguin par personne. Elle ne montre pas comment ces marqueurs évoluent dans le temps. Un suivi longitudinal sera nécessaire pour confirmer ces résultats.

Autre limite : les 39 centenaires sont tous suisses. Leurs conditions de vie (accès aux soins, alimentation, environnement) ne sont pas représentatives de toutes les populations.

Peut-on un jour transformer ces observations en outils de dépistage ? La question reste ouverte. Pour l'instant, personne ne peut vous dire si votre profil sanguin ressemble à celui d'un centenaire. Mais une chose est certaine : les habitudes que vous adoptez aujourd'hui pèsent sur la balance.

Ce qu'il faut retenir

  1. L'étude SWISS100 a identifié 37 protéines dont le profil, chez les centenaires, ressemble à celui d'adultes de 30 à 60 ans.
  2. Le stress oxydatif et l'inflammation chronique sont nettement plus bas chez les centenaires que chez les octogénaires.
  3. La génétique ne représente qu'environ 25 % de la longévité. Le mode de vie pèse davantage.
  4. Nutrition, activité physique et liens sociaux correspondent aux mécanismes protecteurs observés dans l'étude.
  5. Ces résultats sont des associations statistiques, pas des preuves de causalité directe.

 
Sources :
- Université de Genève, communiqué « Le sang des centenaires éclaire les mécanismes de la longévité », 24 février 2026
- Delhaes F. et al., « Plasma Proteome Profiling of Centenarian Across Switzerland Reveals Key Youth-Associated Proteins », Aging Cell, 8 février 2026
- Santé publique France, programme « Bien vieillir », 2024



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