Ce que le candidat de gauche Guedj vient d'écrire sur les pensions
Le mur tenait depuis deux ans. Chaque fois qu'un gouvernement a posé sur la table l'idée de bloquer les pensions, la gauche a voté contre et la mesure est tombée. Jeudi, dans une tribune publiée par L'Opinion, le député socialiste de l'Essonne Jérôme Guedj a entrouvert cette porte que son camp maintenait fermée.
Candidat déclaré à la présidentielle, il refuse désormais de traiter les retraités en sujet intouchable dès qu'il s'agit des comptes de la Sécurité sociale. Le mot qu'il emploie est celui du débat en cours : sous-indexation, une revalorisation volontairement inférieure à l'inflation et ciblée sur les pensions les plus confortables.
Candidat déclaré à la présidentielle, il refuse désormais de traiter les retraités en sujet intouchable dès qu'il s'agit des comptes de la Sécurité sociale. Le mot qu'il emploie est celui du débat en cours : sous-indexation, une revalorisation volontairement inférieure à l'inflation et ciblée sur les pensions les plus confortables.
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Les trois gages qu'il réclame en échange
Or il ne cède rien gratuitement, et c'est là que sa position se sépare de celle de Bercy. Sa tribune conditionne l'effort demandé aux retraités à un effort équivalent ailleurs. Il cite les héritages, ce qu'il nomme les niches sociales des entreprises, et les géants de l'intelligence artificielle. Trois portes qu'aucun budget récent n'a ouvertes.
Cette exigence n'est pas née cette semaine. Dès juin, l'agence spécialisée AEF info rapportait qu'il proposait de mobiliser davantage le patrimoine transmis au moment des successions. Sa cible est donc le stock accumulé par les ménages retraités, pas seulement le flux mensuel des pensions.
Reste que les deux jambes de sa proposition n'ont pas la même vitesse. Une sous-indexation s'écrit en trois lignes dans un budget et s'applique au 1er janvier suivant ; taxer les successions suppose une majorité, des décrets, des délais. Nous avons tous vu passer assez de budgets pour deviner laquelle des deux arrive en premier.
Cette exigence n'est pas née cette semaine. Dès juin, l'agence spécialisée AEF info rapportait qu'il proposait de mobiliser davantage le patrimoine transmis au moment des successions. Sa cible est donc le stock accumulé par les ménages retraités, pas seulement le flux mensuel des pensions.
Reste que les deux jambes de sa proposition n'ont pas la même vitesse. Une sous-indexation s'écrit en trois lignes dans un budget et s'applique au 1er janvier suivant ; taxer les successions suppose une majorité, des décrets, des délais. Nous avons tous vu passer assez de budgets pour deviner laquelle des deux arrive en premier.
Ce que la sous-indexation retire vraiment à votre pension
Voilà pourquoi ce mécanisme mérite qu'on s'y arrête : il ne fonctionne pas comme une taxe, qui se paie une fois. Une sous-indexation déplace la base de calcul de votre pension pour toutes les années qui suivent.
Le principe légal est simple. L'article L161-23-1 du code de la sécurité sociale impose de revaloriser les pensions de base sur l'inflation. La formule figure à l'article L161-25 : la moyenne des prix à la consommation hors tabac des douze derniers mois. C'est cette règle qui a donné +0,9 % au 1er janvier 2026, comme le rappelle service-public.gouv.fr dans sa fiche sur la revalorisation des pensions de base. Sous-indexer consiste à inscrire un taux inférieur à celui que la formule produit.
Prenons une pension de 2 000 euros par mois, une inflation de 2 % et une revalorisation limitée à 1 %. La première année, l'addition paraît modeste : 20 euros par mois, 240 euros sur l'année. Mais l'écart ne s'efface pas ensuite, il s'y ajoute, puisque le pourcentage de l'année suivante s'applique à une base déjà rabotée. La cinquième année, ces 20 euros sont devenus 106 euros par mois et le total non perçu atteint 3 747 euros.
Ce calcul est le mien, pas celui d'une institution, et l'hypothèse d'inflation peut varier. Il donne l'ordre de grandeur que le débat escamote : non pas une contribution ponctuelle, mais un décrochage qui se creuse tout seul. D'ailleurs vous en avez déjà fait l'expérience cette année : vos pensions ont monté de 0,9 %, quand l'Insee mesurait sur le seul mois de juillet 2,1 % de hausse des prix sur un an. Les deux indices ne se recouvrent pas, mais l'écart donne la mesure du décalage : environ 246 euros sur douze mois pour une pension moyenne de 1 705 euros.
Le principe légal est simple. L'article L161-23-1 du code de la sécurité sociale impose de revaloriser les pensions de base sur l'inflation. La formule figure à l'article L161-25 : la moyenne des prix à la consommation hors tabac des douze derniers mois. C'est cette règle qui a donné +0,9 % au 1er janvier 2026, comme le rappelle service-public.gouv.fr dans sa fiche sur la revalorisation des pensions de base. Sous-indexer consiste à inscrire un taux inférieur à celui que la formule produit.
Prenons une pension de 2 000 euros par mois, une inflation de 2 % et une revalorisation limitée à 1 %. La première année, l'addition paraît modeste : 20 euros par mois, 240 euros sur l'année. Mais l'écart ne s'efface pas ensuite, il s'y ajoute, puisque le pourcentage de l'année suivante s'applique à une base déjà rabotée. La cinquième année, ces 20 euros sont devenus 106 euros par mois et le total non perçu atteint 3 747 euros.
Ce calcul est le mien, pas celui d'une institution, et l'hypothèse d'inflation peut varier. Il donne l'ordre de grandeur que le débat escamote : non pas une contribution ponctuelle, mais un décrochage qui se creuse tout seul. D'ailleurs vous en avez déjà fait l'expérience cette année : vos pensions ont monté de 0,9 %, quand l'Insee mesurait sur le seul mois de juillet 2,1 % de hausse des prix sur un an. Les deux indices ne se recouvrent pas, mais l'écart donne la mesure du décalage : environ 246 euros sur douze mois pour une pension moyenne de 1 705 euros.
À partir de quel montant êtes-vous un retraité aisé ?
Et si vous vous demandez à ce stade si vous êtes concerné, c'est justement la question que personne ne tranche. Chaque acteur qui propose de cibler les retraités aisés place le curseur où ça l'arrange. Le patronat a posé 2 000 euros bruts par mois, un ministre a évoqué 3 000 euros, un amendement au budget 2026 proposait une indexation pleine sous 2 500 euros et un gel au-delà.
La statistique publique, elle, raisonne en niveau de vie du ménage et non en montant de pension. Une étude de la DREES parue en mars 2026 a suivi les personnes parties à la retraite en 2020. Un ménage y est dit aisé quand son niveau de vie dépasse 180 % de la médiane, et cette catégorie regroupe 12 % des nouveaux retraités. En ajoutant les ménages plutôt aisés, on monte à 39 %. Six retraités sur dix restent donc en dehors, quel que soit le vocabulaire des tribunes.
Sauf que le montant inscrit sur votre relevé ne dit pas votre niveau de vie. La même étude le démontre : 4 % de ceux dont la pension tourne autour de la médiane vivent dans un ménage pauvre, quand 6 % de ceux dont la pension est très basse vivent dans un ménage aisé. Un conjoint, un loyer, un enfant encore à charge suffisent à faire basculer d'une case à l'autre. Le seuil qui sera un jour écrit dans un texte sera pourtant exprimé en euros de pension, parce que c'est la seule donnée qu'une caisse sait lire toute seule.
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Medef : à 2 000 € de pension par mois, le patronat vous classe parmi les retraités « aisés » à taxer
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Sauf que le montant inscrit sur votre relevé ne dit pas votre niveau de vie. La même étude le démontre : 4 % de ceux dont la pension tourne autour de la médiane vivent dans un ménage pauvre, quand 6 % de ceux dont la pension est très basse vivent dans un ménage aisé. Un conjoint, un loyer, un enfant encore à charge suffisent à faire basculer d'une case à l'autre. Le seuil qui sera un jour écrit dans un texte sera pourtant exprimé en euros de pension, parce que c'est la seule donnée qu'une caisse sait lire toute seule.
Le gel de 2026 avait déjà été retoqué par les députés
Cette porte, le Parlement l'a déjà refermée une fois, et nous l'avons tous vu à l'automne dernier. Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2026 prévoyait de geler toutes les pensions de base, sans distinction de montant, pour 3,6 milliards d'euros d'économies. Les députés ont supprimé la disposition et le texte a été adopté le 16 décembre 2025 sans le gel.
Ces 3,6 milliards, rapportés aux 17,3 millions de personnes qui percevaient une pension de droit direct fin 2024 selon la DREES, représentent environ 208 euros par an et par retraité. Le calcul est le mien et il lisse une réalité très inégale, mais il montre ce qu'une mesure générale rapporte par tête. Concentrer la même somme sur la seule part de ménages aisés mesurée parmi les nouveaux retraités reviendrait à leur demander huit fois plus.
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Ce qui se joue pour vous à la rentrée
Donc rien n'est décidé, et je préfère l'écrire nettement plutôt que de vous vendre une échéance qui n'existe pas. Le budget de la Sécurité sociale pour 2027 sera présenté à l'automne, et c'est seulement là qu'un taux de revalorisation figurera dans un article de loi.
Ce qui a changé cette semaine tient en une phrase : le camp qui bloquait la mesure ne la bloque plus par principe. Reste à savoir laquelle des deux moitiés du marché arrivera jusqu'au Journal officiel...
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