Argent et patrimoine

Guerre en Iran : le missile que vous ne voyez pas et qui vise déjà votre portefeuille

Les images terribles tournent en boucle depuis samedi. Frappes sur Téhéran, riposte iranienne dans le Golfe, détroit d'Ormuz paralysé. À 5 000 kilomètres de là, dans les salons français, on regarde. On commente. Passivement. Mais on ne regarde pas au bon endroit. Parce que le vrai impact de cette guerre pour nous, il ne passe pas à la télé. Il passe sur notre relevé bancaire.


Ce qu'il faut retenir

  1. Le conflit au Moyen-Orient a déjà fait bouger cinq lignes de votre budget en 48 heures — et la plupart des retraités ne l'ont pas encore vu
  2. Certains placements perdent, d'autres gagnent : le détail poste par poste est plus bas dans l'article
  3. Deux scénarios se dessinent selon la durée du conflit — avec des conséquences très différentes sur votre pouvoir d'achat d'ici l'été
Conflit au Moyen-Orient : conséquences concrètes de la crise dans le Golfe Persique sur le budget des retraités français © SeniorActu
Conflit au Moyen-Orient : conséquences concrètes de la crise dans le Golfe Persique sur le budget des retraités français © SeniorActu

Lundi noir : ce qui a déjà bougé

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive militaire conjointe contre l'Iran. En quelques heures, le guide suprême Ali Khamenei a été tué, le quartier général des Gardiens de la Révolution détruit, et l'Iran a riposté par des salves de missiles et de drones contre Israël et les pays du Golfe. Le président Macron a convoqué un conseil de défense et de sécurité nationale dès le 1er mars, mentionnant explicitement les « conséquences économiques de ce conflit ».

Conséquence immédiate : le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial et 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL, le gaz transporté par bateau), est de facto paralysé. Les principaux armateurs mondiaux ont suspendu leurs traversées. Le trafic de pétroliers a chuté de 40 à 50 % en 48 heures.

Résultat sur les marchés, à la clôture du lundi 2 mars :
 
Pétrole (Brent) Flambée
📈
Variation à la clôture
+7,26 % (77,74 $)
⚠️
Pic en séance
82 $ — plus haut depuis un an
Gaz européen (TTF) Envolée
📈
Variation à la clôture
+39 % (pic au-delà de +50 %)
⚠️
Contexte
Plus forte hausse depuis août 2023
CAC 40 Chute
📉
Variation à la clôture
-2,17 % (~8 400 pts)
ℹ️
Février avait été le meilleur mois
+5,59 % — effacé en une séance
Or Valeur refuge
📈
Variation à la clôture
+3 % (~5 400 $/once)
Signal
Les investisseurs fuient vers la sécurité

Votre assurance-vie et votre PEA : qui perd, qui gagne

Si vous détenez une assurance-vie en fonds euros, l'impact immédiat est limité. Le fonds euros est adossé principalement à des obligations d'État et d'entreprises : le capital est garanti et la volatilité des marchés actions ne le touche pas directement. En revanche, si le conflit s'installe et relance l'inflation, les rendements futurs pourraient être revus à la baisse.

C'est sur les unités de compte (UC, les supports investis en Bourse) et les PEA (Plan d'Épargne en Actions) que le choc est immédiat. Et il n'est pas uniforme. À la clôture du lundi 2 mars, au sein du CAC 40 :
 
Perdants Tourisme / Luxe / Aérien
📉
Air France-KLM
-9,4 %
📉
Accor (hôtellerie)
-8,9 %
📉
LVMH / Kering (luxe)
-4 % (ventes Moyen-Orient menacées)
Gagnants Énergie / Défense
📈
TotalEnergies
+3,1 %
📈
Exosens (défense)
+4,8 %
📈
Thales (défense)
+0,4 %


Concrètement, un retraité dont le PEA ou les UC sont orientés vers le tourisme, le luxe ou l'aérien subit une perte immédiate. Celui qui détient des valeurs énergétiques ou de défense voit au contraire son portefeuille progresser. Le problème : la plupart des épargnants ne savent pas précisément ce que contiennent leurs UC. C'est le moment de vérifier la composition de vos supports sur le relevé annuel envoyé par votre assureur.

Essence, gaz, courses : la facture du quotidien

L'impact le plus concret pour les 17 millions de retraités français ne passe pas par la Bourse. Il passe par la station-service et la facture de gaz.

Le baril de Brent a gagné 15 dollars depuis le début de l'année. Si cette hausse se maintient, elle se répercute mécaniquement sur le prix à la pompe avec un décalage de deux à trois semaines. Lors du choc pétrolier lié à la guerre en Ukraine en 2022, le litre de gazole avait dépassé 2 €. On n'en est pas là — mais la direction est la même.

Côté gaz, la situation est plus préoccupante. Les réserves européennes sont exceptionnellement basses en cette fin d'hiver. L'Europe comptait reconstituer ses stocks cet été en important du GNL — or c'est précisément ce GNL qui transite par Ormuz. Si le blocage dure un mois, les prix du gaz européen pourraient doubler selon Goldman Sachs. Si le blocage dépasse deux mois, les prix pourraient dépasser 100 € par mégawattheure — un niveau qui se répercuterait directement sur les factures des ménages.

Et l'effet ne s'arrête pas au compteur. L'énergie chère se propage dans toute l'économie : transport de marchandises, production alimentaire, chauffage des commerces. C'est ce qu'on appelle l'inflation importée — celle contre laquelle les pensions revalorisées de 0,9 % en janvier 2026 ne pèsent pas lourd.

Deux scénarios, deux conséquences pour votre pouvoir d'achat

Personne ne peut prédire la durée de ce conflit. Mais les analystes dessinent deux trajectoires possibles, avec des conséquences très différentes pour les retraités.
 
Scénario 1 Conflit court (2-4 semaines)
💶
Pétrole
Brent entre 75 et 85 $ — hausse modérée à la pompe
🏠
Gaz / énergie
Tension temporaire, stocks reconstitués cet été
📊
Épargne (Bourse)
Rebond probable après la chute initiale
📈
Inflation
Impact limité — pas de changement pour les pensions
Scénario 2 Conflit prolongé (2+ mois)
💶
Pétrole
Brent à 100 $ ou plus — forte hausse carburants
🏠
Gaz / énergie
Doublement des prix, factures en forte hausse
📊
Épargne (Bourse)
Baisse durable des marchés, UC et PEA sous pression
📈
Inflation
Relance inflationniste — pensions insuffisamment revalorisées


Dans le scénario 2, le piège se referme en tenaille : d'un côté l'énergie coûte plus cher, de l'autre les pensions ne suivent pas. C'est exactement ce qui s'est passé en 2022-2023 avec la guerre en Ukraine — sauf que cette fois, le gel Agirc-Arrco est déjà acté et la revalorisation des pensions de base n'a été que de 0,9 %.


👉  Ce que vous pouvez faire maintenant :

Vérifier la composition de vos unités de compte et de votre PEA en consultant votre dernier relevé annuel. Ne pas prendre de décision de vente sous le coup de la panique — les baisses de marché liées aux conflits géopolitiques sont historiquement temporaires si le portefeuille est diversifié. Et surveiller, dans les semaines qui viennent, l'évolution des prix à la pompe et de votre facture de gaz pour ajuster votre budget si nécessaire.

Le communiqué du conseil de défense et de sécurité nationale est disponible sur le site de l'Élysée.

 
Sources :
- Boursorama / AFP, « Infrastructures du Golfe attaquées, détroit d'Ormuz bloqué : choc mondial sur l'énergie », 2 mars 2026
- Zonebourse, « Les Bourses européennes dans le rouge avec le conflit au Moyen-Orient », 2 mars 2026
- Opéra Énergie, « Crise au détroit d'Ormuz : vers une flambée du prix du gaz européen ? », 1er mars 2026
- Élysée, Conseil de défense et de sécurité nationale, 1er mars 2026


Par | Publié le 03/03/2026 à 09:14

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