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Gaz : la baisse d'avril est un mirage — votre facture peut bondir de 240 € dès le 1er mai

Par | Publié le 24/03/2026 à 08:49

La facture de gaz d'avril affiche une baisse de 0,9 %. Cinq semaines plus tard, le prix du kilowattheure pourrait exploser de près de 20 %. Le décalage n'est pas un hasard : c'est un piège mécanique inscrit dans le calcul de la CRE. Et 6 millions de foyers sont en première ligne.


  1. Le prix du kWh de gaz pourrait passer de 0,104 € à 0,125 € entre avril et mai — du jamais vu en un seul mois
  2. Seuls les contrats indexés sur le prix repère sont touchés : 60 % des abonnés au gaz, soit environ 6 millions de foyers
  3. Un geste gratuit et sans coupure permet encore de bloquer son tarif — mais la fenêtre se referme
Comprendre la hausse historique du prix du gaz prévue en mai 2026  © SeniorActu
Comprendre la hausse historique du prix du gaz prévue en mai 2026 © SeniorActu

Une accalmie en trompe-l'œil

Le prix repère du gaz publié par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) baisse de 0,93 % au 1er avril 2026. Le kilowattheure recule à 0,10415 € pour les foyers chauffés au gaz. En apparence, la tempête énergétique serait passée.

C'est exactement l'inverse. Ce tarif d'avril est calculé sur les cotations de marché de janvier et février — avant le blocage du détroit d'Ormuz. La méthode de la CRE intègre un décalage technique de deux mois entre les marchés de gros et votre facture. Le prix que vous payez en avril est une photographie du monde d'avant la crise. Celui de mai sera le reflet des marchés affolés de mars.

Concrètement, les cours du gaz sur le marché européen (indice TTF) ont bondi de 45 % en deux semaines après les frappes américano-israéliennes sur l'Iran, fin février. L'Iran a répliqué en fermant le détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié. Le Qatar, premier fournisseur européen de GNL, est directement coupé de ses routes d'exportation.

Ce que les dernières projections annoncent pour mai

Les prévisions du comparateur Selectra, mises à jour le 23 mars 2026, s'aggravent de semaine en semaine. Le prix du kilowattheure de gaz (part consommation, hors abonnement) passerait de 0,10415 € en avril à 0,12491 € en mai. C'est une hausse de 19,93 % sur le seul prix de l'énergie — en un mois.
 
Avril 2026 Baisse de 0,9 %
💶
Prix du kWh (chauffage)
0,10415 €/kWh TTC
📊
Facture annuelle estimée
1 543 €/an
Mai 2026 Hausse de ~20 %
💶
Prix du kWh (chauffage)
0,12491 €/kWh TTC (prévision)
📊
Facture annuelle estimée
1 782 €/an (+239 €)


Sur la facture globale (abonnement inclus), le surcoût annuel atteint 239 € pour un foyer type chauffé au gaz, soit une progression de 15,5 %. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a confirmé une hausse de 5 à 10 % pour environ 7 millions de foyers dès le 1er mai. Selectra estime que l'impact réel sera bien plus lourd.

Qui sera touché — et qui est à l'abri

La France compte 10,4 millions de foyers abonnés au gaz. Parmi eux, environ 60 % détiennent un contrat indexé sur le prix repère de la CRE. Ce sont ces 6 millions de ménages qui subiront la hausse de plein fouet dès le 1er mai : leur tarif au kilowattheure suit automatiquement les variations mensuelles du prix repère.
 
Contrat indexé ⚠️ Exposé
👤
Principe
Le prix du kWh suit le prix repère CRE chaque mois
📈
Impact mai 2026
Hausse automatique de ~20 % sur le kWh
Contrat à prix fixe ✅ Protégé
👤
Principe
Le prix du kWh est bloqué 1, 2 ou 3 ans
🔒
Impact mai 2026
Aucune hausse jusqu'à échéance du contrat


Les 40 % restants, titulaires d'une offre à prix fixe, ne verront aucun changement tant que leur contrat court. Mais attention : à l'échéance, le renouvellement se fera aux nouvelles conditions de marché. Si la crise perdure, le rattrapage sera brutal.
 

Pourquoi la hausse ne retombera pas cet été

Le piège ne se referme pas en mai. Les projections de Selectra, calculées mois par mois jusqu'en novembre 2026, écartent tout retour à la normale estival. En juin, la facture annuelle de référence s'établirait encore à 1 770 €, à peine 12 € de moins qu'en mai. En juillet, un nouveau rebond de près de 2 % ferait franchir la barre des 1 800 € annuels.

Le schéma est clair : la hausse de mai n'est pas un pic passager. Tant que le détroit d'Ormuz reste bloqué et que les infrastructures qataries de GNL sont menacées, les marchés de gros resteront sous tension. Les contrats à terme pour 2027 affichent déjà une hausse de 48,6 % par rapport aux niveaux d'avant-crise. Le signal est structurel, pas conjoncturel.

Pour un retraité chauffé au gaz avec une pension moyenne, 240 € de surcoût annuel représentent l'équivalent de deux mois de courses alimentaires. L'équation est d'autant plus brutale que la hausse tombera en mai, quand le chauffage est éteint — l'impact mensuel sera modéré au printemps, mais la facture annuelle, elle, restera durablement gonflée à l'approche de l'hiver.

Ce que vous pouvez faire avant le 1er mai

Changer de contrat de gaz est gratuit, sans coupure et sans engagement. Il suffit de souscrire une nouvelle offre : le nouveau fournisseur se charge de la résiliation de l'ancien contrat. Le réseau reste géré par GRDF, rien ne change dans votre installation.

Trois gestes concrets à engager dès maintenant :
 
  • Vérifier votre type de contrat : relisez votre dernière facture. Si votre offre est « indexée sur le prix repère » ou « à prix variable », vous êtes directement exposé à la hausse de mai.
  • Comparer les offres sur le comparateur officiel du médiateur national de l'énergie (energie-info.fr). C'est le seul outil public, gratuit et indépendant — il n'a aucun partenariat commercial avec les fournisseurs.
  • Privilégier une offre à prix fixe sur 1, 2 ou 3 ans pour bloquer votre tarif au kilowattheure avant la révision de mai. Les fournisseurs ont déjà commencé à intégrer des primes de risque dans leurs nouvelles offres fixes : plus vous attendez, plus le prix bloqué sera élevé.
La présidente de la CRE, Emmanuelle Wargon, a reconnu sur RMC que la hausse de mai serait significative, tout en rappelant que l'impact immédiat serait atténué par la fin de la saison de chauffe. Son avertissement est clair : si les prix restent élevés à l'automne, le choc sur les factures d'hiver sera autrement plus violent.

Ce qu'il faut retenir

  1. Le prix du kWh de gaz pourrait bondir de près de 20 % au 1er mai 2026, soit un surcoût annuel estimé à 239 € pour un foyer chauffé au gaz
  2. La baisse de 0,9 % affichée en avril est un effet de décalage : elle reflète les marchés d'avant la crise iranienne
  3. Seuls les 60 % de foyers en contrat indexé seront touchés — les contrats à prix fixe sont protégés jusqu'à leur échéance
  4. Les projections ne prévoient pas de retour à la normale avant l'hiver : la hausse est structurelle, pas saisonnière
  5. Comparer les offres sur le comparateur officiel du médiateur national de l'énergie (energie-info.fr) et basculer vers un prix fixe avant mai reste le geste le plus efficace

 
Sources :
- Commission de régulation de l'énergie (CRE), Prix Repère Gaz avril 2026, publié le 18 mars 2026
- Selectra, prévisions exclusives du Prix Repère Gaz mai 2026, mises à jour le 23 mars 2026
- Ministère de l'Économie, déclarations du ministre Roland Lescure, mars 2026
- Médiateur national de l'énergie, comparateur officiel (energie-info.fr)




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