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Emploi des seniors : la France rattrape l'Europe avant 60 ans, après c'est une autre histoire

Par | Publié le 31/07/2026 à 08:03

Jamais autant de Français de plus de 55 ans n'ont occupé un emploi. Le chiffre publié le 29 Juillet 2026 constitue un record, et il est solide. Mais il ne se répartit pas du tout à égalité entre les âges : le rattrapage français s'arrête net au moment précis où votre dernier salaire s'éloigne et où votre première pension n'est pas encore là.

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Une courbe d'emploi des seniors qui chute après 60 ans sur un écran - Illustration générée par IA
Une courbe d'emploi des seniors qui chute après 60 ans sur un écran - Illustration générée par IA

Le plus haut niveau depuis 1975

En 2025, 61,7 % des personnes de 55 à 64 ans occupent un emploi en France. Le chiffre a été publié mercredi 29 juillet 2026 par la Dares, le service statistique du ministère du Travail, et il n'a jamais été aussi élevé depuis que cet indicateur existe, en 1975. Sur la même année, 83 % des 25-54 ans travaillent. L'écart entre les deux groupes reste donc large, mais il se resserre chaque année.

Reste qu'une moyenne nationale masque toujours quelque chose. Celle-ci masque cinq années précises de votre vie active.

Le rattrapage s'arrête le jour de vos 60 ans

Avant 60 ans, le retard français a disparu. Le taux d'emploi des 55-59 ans atteint 78,8 % en 2025, soit 1,5 point au-dessus de la moyenne de l'Union européenne, indique la Dares dans son étude. Un salarié de 57 ans travaille donc aujourd'hui à peu près aussi souvent en France que chez ses voisins. Sur ce segment, la partie est jouée.

Passé la barre des 60 ans, la courbe se casse. Le taux d'emploi des 60-64 ans tombe à 44,4 %, quand la moyenne européenne se situe à 55 %. La chute d'une tranche d'âge à l'autre atteint 34,4 points en France, et c'est là, uniquement là, que se logent les 10,6 points de retard sur l'Europe.

Cet écart de 10,6 points se lit mieux converti en personnes. La France compte 4 346 000 habitants de 60 à 64 ans au 1er janvier 2026, d'après les estimations de population de l'Insee. Aligner cette tranche sur la moyenne européenne supposerait donc que près de 460 000 d'entre eux occupent un poste qu'ils n'occupent pas. Un ordre de grandeur qui aide à mesurer ce que représente vraiment le mot « retard » quand il s'applique à votre génération.

La mécanique de rattrapage existe pourtant, et elle est rapide. En trois ans, le taux d'emploi des 60-64 ans a gagné 8,2 points, contre 2,5 points pour les 55-59 ans. Donc à ce rythme d'environ 2,7 points par an, il faudrait encore près de quatre ans pour rejoindre les 55 % européens. Sauf que la moyenne européenne avance aussi, et que ce rattrapage-là ne doit presque rien à un changement d'attitude des employeurs.

Ni en emploi, ni à la retraite : un sur quatre

Le marché du travail ne connaît pas deux états, mais trois.

À côté de l'emploi et de la retraite, la Dares suit une catégorie plus discrète : les personnes qui ne sont ni en emploi, ni à la retraite. Leur part reste stable autour de 16 % entre 50 et 54 ans, puis elle monte régulièrement pour culminer à 25 % à 60 ans. Un sur quatre, donc, à l'âge exact où un employeur commence à évoquer une fin de carrière.

Ce quart-là ne relève pas d'un choix de confort. Ces personnes ont quitté un emploi sans avoir atteint l'âge ni le nombre de trimestres qui ouvrent une pension, et beaucoup vivent cette période sur un arrêt maladie, une invalidité, une allocation chômage qui s'épuise ou les revenus d'un conjoint. Pour les générations 1962 à 1964, les premières à subir intégralement la réforme de 2023, la Dares relève un chiffre en légère baisse à 60 et 61 ans, mais en hausse à 62 ans. Le trou n'a pas été comblé : il a été déplacé de deux ans.

La deuxième conséquence se lit dans les chiffres de l'Insee sur 2025. Après 50 ans, le risque de perdre son emploi est plus faible qu'à 30 ans, mais celui de ne pas en retrouver est bien plus élevé : 39,1 % des chômeurs de 50 ans et plus sont sans emploi depuis au moins un an, contre 24,1 % chez les 25-49 ans. Un rapport de 1,6, qui explique pourquoi un licenciement à 58 ans ne se rattrape presque jamais avant la retraite.
 

Ce que le 1er septembre change pour vous

Ce record de 2025 doit presque tout à un calendrier : celui de la réforme de 2023, qui a retenu en activité des personnes qui seraient parties à 62 ans. Or ce calendrier est gelé. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 suspend le relèvement de l'âge légal et de la durée d'assurance pour cinq générations, celles nées entre 1964 et 1968.

Les repères sont publiés par Service Public, et ils changent votre date de départ de quelques mois. Si vous êtes né en 1964, vous partez à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres, au lieu de 63 ans et 171 trimestres. Pour une naissance en 1968, l'âge passe de 64 ans à 63 ans et 9 mois. Ces nouvelles règles ne valent que pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, et les 64 ans ne concernent plus que les générations nées à partir de 1969.

Trois mois de moins, cela paraît modeste. Sur une fin de carrière déjà tendue, c'est un trimestre de salaire perdu ou un trimestre de pension gagné, selon le côté où vous vous trouvez. Et c'est aussi la raison pour laquelle la progression du taux d'emploi des 60-64 ans devrait ralentir dès l'an prochain.

Le temps partiel que votre employeur doit motiver

Face à ces cinq années à découvert, un dispositif a changé de nature sans faire de bruit. Depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive est ouverte dès 60 ans, contre 62 ans auparavant, à condition de justifier de 150 trimestres tous régimes confondus. Elle permet de travailler entre 40 % et 80 % d'un temps plein tout en touchant la fraction correspondante de vos pensions de base et complémentaire, et vous continuez à cotiser pendant ce temps partiel. Le vrai changement porte sur le refus. Depuis le décret du 15 juillet 2025, votre employeur ne peut s'opposer à votre passage à temps partiel qu'en cas d'incompatibilité avec l'activité de l'entreprise, par un refus motivé et notifié par lettre recommandée, son silence de deux mois valant acceptation. La loi du 24 octobre 2025 sur l'emploi des salariés expérimentés a renforcé cette obligation en imposant une motivation détaillée. Votre demande n'est donc plus suspendue à son humeur, ce qui constitue une avancée concrète pour les 60-64 ans.

Le record de 2025 raconte finalement deux histoires. La première, celle des 55-59 ans, est une réussite française qui ne fera pas la Une de la presse bien longtemps. La seconde tient dans cette tranche des 60-64 ans où le pays laisse un quart de ses actifs entre deux statuts, sans emploi et sans pension, en attendant une date de départ qui bouge une fois par an.

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