Ce qu'il faut retenir
- Une étude menée auprès de 1 000 personnes révèle un décalage majeur entre les outils disponibles et la volonté réelle de recruter des profils expérimentés
- Trois freins dominent côté entreprises — mais un dispositif légal entré en vigueur fin 2025 est censé les lever
- Les salariés concernés, eux, pointent un obstacle que personne n'avait anticipé à ce niveau
- Un contrat méconnu pourrait changer la donne pour les demandeurs d'emploi de 57 ans et plus — à condition de savoir le demander
Emploi des seniors : le décalage entre les dispositifs légaux et la réalité du recrutement en entreprise © Senioractu
Un sondage qui met les entreprises face à leurs contradictions
Les chiffres tombent comme un verdict. Selon une enquête OpinionWay réalisée pour Indeed entre le 22 janvier et le 3 février 2026, auprès de 500 recruteurs et 500 salariés de plus de 45 ans, 54 % des recruteurs estiment que les salariés de 45 ans et plus représentent davantage de contraintes que d'opportunités pour leur entreprise.
Et dans le même sondage, 96 % de ces mêmes recruteurs déclarent identifier au moins un levier efficace pour mieux intégrer ces profils. Autrement dit : la quasi-totalité sait quoi faire, mais plus de la moitié refuse de le faire.
Ce n'est pas un problème de connaissance. C'est un problème de volonté.
Les managers redoutent l'impact budgétaire des rémunérations de carrières longues. Les équipes RH craignent un décalage entre les compétences existantes et les outils numériques. Les directions s'interrogent sur la capacité des plus de 45 ans à évoluer en interne. Des craintes connues, documentées, répétées — et pourtant rarement confrontées aux faits.
Et dans le même sondage, 96 % de ces mêmes recruteurs déclarent identifier au moins un levier efficace pour mieux intégrer ces profils. Autrement dit : la quasi-totalité sait quoi faire, mais plus de la moitié refuse de le faire.
Ce n'est pas un problème de connaissance. C'est un problème de volonté.
Les managers redoutent l'impact budgétaire des rémunérations de carrières longues. Les équipes RH craignent un décalage entre les compétences existantes et les outils numériques. Les directions s'interrogent sur la capacité des plus de 45 ans à évoluer en interne. Des craintes connues, documentées, répétées — et pourtant rarement confrontées aux faits.
Les trois freins que les recruteurs mettent en avant
L'étude OpinionWay/Indeed détaille les raisons invoquées par les recruteurs pour justifier leurs réticences. Trois arguments reviennent systématiquement.
Mais ce que le sondage révèle aussi, c'est le regard des salariés eux-mêmes. Pour 39 % d'entre eux, c'est la rémunération qui bloque : on leur dit qu'ils coûtent trop cher, avant même d'examiner leur candidature. 24 % pointent directement l'âge comme obstacle. Et 30 % dénoncent un manque de soutien de leur hiérarchie pour accéder à de nouvelles opportunités.
Le constat d'Éric Gras, responsable chez Indeed, résume la situation : passé 45 ans, le retour fait aux candidats est souvent le même. « Vous êtes trop cher. »
38 % Frein n°1
Risque de hausse des coûts
Les recruteurs anticipent un surcoût lié aux salaires plus élevés des profils expérimentés
32 % Frein n°2
Difficultés d'évolution ou de repositionnement
Les entreprises doutent de la capacité des seniors à changer de poste en interne
25 % Frein n°3
Manque de flexibilité supposé
Un quart des recruteurs estime que les salariés expérimentés s'adaptent moins vite
Mais ce que le sondage révèle aussi, c'est le regard des salariés eux-mêmes. Pour 39 % d'entre eux, c'est la rémunération qui bloque : on leur dit qu'ils coûtent trop cher, avant même d'examiner leur candidature. 24 % pointent directement l'âge comme obstacle. Et 30 % dénoncent un manque de soutien de leur hiérarchie pour accéder à de nouvelles opportunités.
Le constat d'Éric Gras, responsable chez Indeed, résume la situation : passé 45 ans, le retour fait aux candidats est souvent le même. « Vous êtes trop cher. »
42,4 % : le décrochage français après 60 ans
Les données de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (la DARES) confirment un tableau en trompe-l'œil.
En 2024, 60,4 % des 55-64 ans occupent un emploi en France. C'est un record depuis 1975, et la progression est réelle : +2 points en un an, +30 points depuis l'an 2000. Les réformes des retraites produisent mécaniquement leurs effets.
Mais ce chiffre global masque une fracture nette. Jusqu'à 59 ans, le taux d'emploi dépasse 77 %. À partir de 60 ans, il s'effondre. Seuls 42,4 % des 60-64 ans travaillent encore, contre 53,1 % en moyenne dans l'Union européenne. À 64 ans, trois personnes sur quatre sont déjà à la retraite.
Le taux de chômage des seniors reste modéré — 5,2 % en 2024 — mais ce chiffre est trompeur. Il ne comptabilise pas les centaines de milliers de personnes qui ont simplement cessé de chercher un emploi, découragées par les refus successifs. Et quand un senior est au chômage, il y reste plus longtemps que les autres : 60 % des demandeurs d'emploi de plus de 55 ans le sont depuis plus d'un an.
En 2024, 60,4 % des 55-64 ans occupent un emploi en France. C'est un record depuis 1975, et la progression est réelle : +2 points en un an, +30 points depuis l'an 2000. Les réformes des retraites produisent mécaniquement leurs effets.
Mais ce chiffre global masque une fracture nette. Jusqu'à 59 ans, le taux d'emploi dépasse 77 %. À partir de 60 ans, il s'effondre. Seuls 42,4 % des 60-64 ans travaillent encore, contre 53,1 % en moyenne dans l'Union européenne. À 64 ans, trois personnes sur quatre sont déjà à la retraite.
77,8 % 55-59 ans
Taux d'emploi
Supérieur à la moyenne européenne (76,8 %)
42,4 % 60-64 ans
Taux d'emploi
Nettement inférieur à la moyenne UE (53,1 %)
Le taux de chômage des seniors reste modéré — 5,2 % en 2024 — mais ce chiffre est trompeur. Il ne comptabilise pas les centaines de milliers de personnes qui ont simplement cessé de chercher un emploi, découragées par les refus successifs. Et quand un senior est au chômage, il y reste plus longtemps que les autres : 60 % des demandeurs d'emploi de plus de 55 ans le sont depuis plus d'un an.
Le contrat de valorisation de l'expérience : l'outil que personne n'utilise
La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 a créé un dispositif taillé pour répondre exactement aux freins identifiés par les recruteurs : le contrat de valorisation de l'expérience, ou CVE (aussi appelé « CDI senior »).
Ce contrat à durée indéterminée est ouvert aux demandeurs d'emploi inscrits à France Travail, âgés d'au moins 60 ans — ou dès 57 ans si un accord de branche le prévoit. Il offre aux employeurs une visibilité inédite : le salarié fournit dès la signature un document de la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse, l'organisme qui gère la retraite de base) indiquant la date prévisionnelle de sa retraite à taux plein. L'entreprise sait donc exactement combien de temps elle s'engage.
L'avantage financier est concret. Depuis le 1er janvier 2026, la contribution patronale sur les indemnités de mise à la retraite est passée à 40 %. Or, dans le cadre du CVE, l'employeur en est totalement exonéré. Pour une indemnité exonérée de 20 000 €, cela représente une économie de 8 000 €.
Le dispositif est en vigueur depuis le 26 octobre 2025. Mais quatre mois plus tard, le sondage OpinionWay/Indeed montre que les réticences restent intactes. Le problème n'est plus juridique. Il est culturel.
Pour en savoir plus sur les conditions et démarches, la page officielle du ministère du Travail détaille l'ensemble du dispositif.
Ce contrat à durée indéterminée est ouvert aux demandeurs d'emploi inscrits à France Travail, âgés d'au moins 60 ans — ou dès 57 ans si un accord de branche le prévoit. Il offre aux employeurs une visibilité inédite : le salarié fournit dès la signature un document de la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse, l'organisme qui gère la retraite de base) indiquant la date prévisionnelle de sa retraite à taux plein. L'entreprise sait donc exactement combien de temps elle s'engage.
L'avantage financier est concret. Depuis le 1er janvier 2026, la contribution patronale sur les indemnités de mise à la retraite est passée à 40 %. Or, dans le cadre du CVE, l'employeur en est totalement exonéré. Pour une indemnité exonérée de 20 000 €, cela représente une économie de 8 000 €.
CVE CDI senior
Mise à la retraite
Dès l'obtention du taux plein, sans accord du salarié
Contribution patronale 40 %
Exonération totale (jusqu'au 31/12/2028)
Visibilité
Date de fin prévisible dès la signature
CDI Classique
Mise à la retraite
Pas avant 67 ans (accord salarié) ou 70 ans (d'office)
Contribution patronale 40 %
Due intégralement
Visibilité
Aucune visibilité sur la date de départ
Le dispositif est en vigueur depuis le 26 octobre 2025. Mais quatre mois plus tard, le sondage OpinionWay/Indeed montre que les réticences restent intactes. Le problème n'est plus juridique. Il est culturel.
Pour en savoir plus sur les conditions et démarches, la page officielle du ministère du Travail détaille l'ensemble du dispositif.
Ce que les salariés expérimentés peuvent faire dès maintenant
Le paradoxe a un mérite : il dessine une stratégie pour ceux qui veulent agir. Si 96 % des recruteurs reconnaissent que des leviers existent, c'est que la porte n'est pas fermée. Elle est juste mal signalée.
Parmi les leviers plébiscités par les recruteurs eux-mêmes dans l'étude : 42 % citent des aides financières ciblées pour compenser le coût salarial jugé élevé. 33 % évoquent des aménagements de fin de carrière. Et 25 % demandent des campagnes contre les stéréotypes liés à l'âge.
Côté salariés, 84 % de ceux interrogés identifient des solutions utiles pour prolonger leur activité. 37 % mettent en avant les passerelles internes pour changer de poste sans quitter l'entreprise.
Concrètement, si vous avez 57 ans ou plus et que vous êtes en recherche d'emploi, trois démarches méritent d'être engagées sans attendre :
1. Demander votre attestation CNAV. Ce document, qui indique votre date prévisionnelle de retraite à taux plein, est la clé d'entrée du CVE. Il rassure l'employeur sur la durée d'engagement. Vous pouvez le demander sur lassuranceretraite.fr ou en contactant votre caisse régionale.
2. Mentionner le CVE dans vos candidatures. Beaucoup de recruteurs ignorent encore l'existence de ce contrat. En le signalant — avec l'exonération de 40 % à la clé — vous transformez votre candidature en argument économique.
3. Solliciter France Travail pour un accompagnement ciblé. Le programme Boost 50+, déployé depuis 2025, associe coaching, ateliers et mises en relation avec des employeurs sensibilisés au recrutement de profils expérimentés.
Parmi les leviers plébiscités par les recruteurs eux-mêmes dans l'étude : 42 % citent des aides financières ciblées pour compenser le coût salarial jugé élevé. 33 % évoquent des aménagements de fin de carrière. Et 25 % demandent des campagnes contre les stéréotypes liés à l'âge.
Côté salariés, 84 % de ceux interrogés identifient des solutions utiles pour prolonger leur activité. 37 % mettent en avant les passerelles internes pour changer de poste sans quitter l'entreprise.
Concrètement, si vous avez 57 ans ou plus et que vous êtes en recherche d'emploi, trois démarches méritent d'être engagées sans attendre :
1. Demander votre attestation CNAV. Ce document, qui indique votre date prévisionnelle de retraite à taux plein, est la clé d'entrée du CVE. Il rassure l'employeur sur la durée d'engagement. Vous pouvez le demander sur lassuranceretraite.fr ou en contactant votre caisse régionale.
2. Mentionner le CVE dans vos candidatures. Beaucoup de recruteurs ignorent encore l'existence de ce contrat. En le signalant — avec l'exonération de 40 % à la clé — vous transformez votre candidature en argument économique.
3. Solliciter France Travail pour un accompagnement ciblé. Le programme Boost 50+, déployé depuis 2025, associe coaching, ateliers et mises en relation avec des employeurs sensibilisés au recrutement de profils expérimentés.
Sources :
- Étude OpinionWay pour Indeed, « Les salariés seniors vus par les salariés et les dirigeants d'entreprise », publiée le 24 février 2026
- DARES, « Les seniors sur le marché du travail en 2024 », Dares Résultats n° 40, juillet 2025
- Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, Légifrance
- Ministère du Travail, fiche CVE, mise à jour le 6 janvier 2026
- Urssaf, « Ce qu'il faut savoir au 1er janvier 2026 », contribution patronale mise à la retraite
- Étude OpinionWay pour Indeed, « Les salariés seniors vus par les salariés et les dirigeants d'entreprise », publiée le 24 février 2026
- DARES, « Les seniors sur le marché du travail en 2024 », Dares Résultats n° 40, juillet 2025
- Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, Légifrance
- Ministère du Travail, fiche CVE, mise à jour le 6 janvier 2026
- Urssaf, « Ce qu'il faut savoir au 1er janvier 2026 », contribution patronale mise à la retraite
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