Ce qu'il faut retenir
- Depuis le 1er février, des traitements que vous receviez gratuitement en pharmacie sont devenus payants — sans courrier, sans prévenir
- 14 millions de Français atteints de maladies chroniques sont concernés, mais la plupart ne le découvrent qu'au comptoir
- Certains profils perdent bien plus que la moyenne chaque mois (vérification dans le Bloc 3)
- Votre mutuelle ne couvre probablement pas la différence — sauf si vous disposez d'une option précise détaillée en fin d'article
- Une méthode existe pour vérifier immédiatement si vos médicaments sont dans la zone rouge (Bloc 4)
"Le pharmacien m'a dit : 'Madame, ça a changé'" : quand le comptoir devient un mur
Yolande a 76 ans. Ancienne institutrice à Guéret, dans la Creuse, elle vit seule depuis la mort de son mari il y a quatre ans. Sa pension s'élève à 1 420 € par mois. De quoi payer le loyer, les charges, l'alimentation — et les médicaments.
Parce que Yolande est ce que l'administration appelle une « patiente en ALD » — une Affection de Longue Durée. Depuis douze ans, son insuffisance cardiaque et son hypertension artérielle lui valent une prise en charge à 100 % de tous les traitements liés à sa maladie. Chaque mois, elle pousse la porte de la pharmacie de la rue du Commerce, tend son ordonnance, récupère ses boîtes et rentre chez elle. Sans rien payer.
Le mercredi 4 février 2026, la scène a changé.
« Le pharmacien a scanné mes boîtes comme d'habitude. Et puis il m'a regardée par-dessus ses lunettes. Il m'a dit : "Madame Yolande, ça a changé. Certains de vos médicaments ne sont plus pris en charge." J'ai cru qu'il se trompait. »
Sur l'écran de caisse : 17,40 €. Pour des médicaments qu'elle recevait gratuitement depuis plus d'une décennie. Yolande a sorti son porte-monnaie, compté ses pièces, puis reposé deux boîtes sur le comptoir. Le Gaviscon, qui soulage les reflux provoqués par son traitement cardiaque. Et une crème hydratante pour ses mains abîmées par l'hiver creusois.
« Pas par choix. Parce que je ne pouvais pas tout payer ce jour-là. »
Parce que Yolande est ce que l'administration appelle une « patiente en ALD » — une Affection de Longue Durée. Depuis douze ans, son insuffisance cardiaque et son hypertension artérielle lui valent une prise en charge à 100 % de tous les traitements liés à sa maladie. Chaque mois, elle pousse la porte de la pharmacie de la rue du Commerce, tend son ordonnance, récupère ses boîtes et rentre chez elle. Sans rien payer.
Le mercredi 4 février 2026, la scène a changé.
« Le pharmacien a scanné mes boîtes comme d'habitude. Et puis il m'a regardée par-dessus ses lunettes. Il m'a dit : "Madame Yolande, ça a changé. Certains de vos médicaments ne sont plus pris en charge." J'ai cru qu'il se trompait. »
Sur l'écran de caisse : 17,40 €. Pour des médicaments qu'elle recevait gratuitement depuis plus d'une décennie. Yolande a sorti son porte-monnaie, compté ses pièces, puis reposé deux boîtes sur le comptoir. Le Gaviscon, qui soulage les reflux provoqués par son traitement cardiaque. Et une crème hydratante pour ses mains abîmées par l'hiver creusois.
« Pas par choix. Parce que je ne pouvais pas tout payer ce jour-là. »
Pourquoi Yolande paye ce qu'elle ne payait plus depuis 12 ans
Ce que Yolande a découvert au comptoir, 14 millions de Français en affection de longue durée sont en train de le vivre, pharmacie après pharmacie, ordonnance après ordonnance.
Depuis le 1er février 2026, un décret a supprimé l'exonération dont bénéficiaient les patients en ALD pour une catégorie précise de médicaments : ceux que la Haute Autorité de Santé (l'organisme qui évalue l'efficacité des traitements) classe dans la catégorie « service médical rendu faible ». En clair : des traitements jugés utiles mais pas indispensables au sens strict du terme.
Résultat : 171 médicaments qui étaient pris en charge à 100 % pour les malades chroniques ne le sont plus qu'à 15 %. Le reste — soit 85 % du prix — est désormais à la charge du patient.
Pour l'État, l'objectif est clair : 90 millions d'euros d'économies par an, dans le cadre d'un plan de réduction du déficit de l'Assurance maladie. Selon un rapport conjoint de l'Inspection Générale des Affaires Sociales et de l'Inspection Générale des Finances, la prise en charge intégrale de ces traitements pour les patients en ALD coûtait exactement cette somme chaque année.
Parmi les médicaments concernés, des noms que l'on retrouve dans presque toutes les armoires à pharmacie de France :
Pour Yolande, avec ses quatre médicaments concernés renouvelés chaque mois, la facture représente entre 35 et 45 € par mois. Sur un an : plus de 400 € sortis d'une pension qui n'a pas bougé.
« On me dit que ces médicaments ne sont pas essentiels. Mais mon Gaviscon, c'est ce qui m'empêche de vomir mes vrais médicaments. Celui-là, il ne figure peut-être pas sur la bonne liste, mais sans lui, les autres ne servent à rien. »
Depuis le 1er février 2026, un décret a supprimé l'exonération dont bénéficiaient les patients en ALD pour une catégorie précise de médicaments : ceux que la Haute Autorité de Santé (l'organisme qui évalue l'efficacité des traitements) classe dans la catégorie « service médical rendu faible ». En clair : des traitements jugés utiles mais pas indispensables au sens strict du terme.
Résultat : 171 médicaments qui étaient pris en charge à 100 % pour les malades chroniques ne le sont plus qu'à 15 %. Le reste — soit 85 % du prix — est désormais à la charge du patient.
Pour l'État, l'objectif est clair : 90 millions d'euros d'économies par an, dans le cadre d'un plan de réduction du déficit de l'Assurance maladie. Selon un rapport conjoint de l'Inspection Générale des Affaires Sociales et de l'Inspection Générale des Finances, la prise en charge intégrale de ces traitements pour les patients en ALD coûtait exactement cette somme chaque année.
Parmi les médicaments concernés, des noms que l'on retrouve dans presque toutes les armoires à pharmacie de France :
Avant Jusqu'au 31/01/2026
Gaviscon (~6 €) — Patient ALD
0 € (pris en charge à 100 %)
Spasfon (~3 €) — Patient ALD
0 € (pris en charge à 100 %)
Dexeryl crème (~5 €) — Patient ALD
0 € (pris en charge à 100 %)
Après Depuis le 01/02/2026
Gaviscon (~6 €) — Patient ALD
~5,10 € à votre charge
Spasfon (~3 €) — Patient ALD
~2,55 € à votre charge
Dexeryl crème (~5 €) — Patient ALD
~4,25 € à votre charge
Pour Yolande, avec ses quatre médicaments concernés renouvelés chaque mois, la facture représente entre 35 et 45 € par mois. Sur un an : plus de 400 € sortis d'une pension qui n'a pas bougé.
« On me dit que ces médicaments ne sont pas essentiels. Mais mon Gaviscon, c'est ce qui m'empêche de vomir mes vrais médicaments. Celui-là, il ne figure peut-être pas sur la bonne liste, mais sans lui, les autres ne servent à rien. »
Un budget médicaments qui explose — et des mutuelles qui ne suivent pas
Le cas de Yolande n'est pas isolé. Il est même représentatif de ce qui attend une large part des 14 millions de patients en ALD en France — dont une majorité de retraités.
Car la mauvaise surprise ne s'arrête pas au comptoir de la pharmacie. Elle continue quand on appelle sa mutuelle.
La plupart des complémentaires santé ne remboursent pas les médicaments classés à service médical rendu faible. Leur raisonnement est simple : si l'État considère que ces traitements sont secondaires, les mutuelles ne voient pas pourquoi elles prendraient le relais. Seuls certains contrats incluant un « forfait pharmacie » — une option payante, souvent facturée entre 3 et 8 € par mois — couvrent une partie de ces dépenses. Encore faut-il l'avoir souscrit avant le changement.
Yolande a appelé sa mutuelle le soir même.
« La dame m'a dit qu'il fallait que je regarde mon contrat. Que ce n'était peut-être pas inclus. Je lui ai répondu : "Madame, je suis institutrice à la retraite, pas juriste." »
Le résultat : sa mutuelle ne couvre pas le reste à charge sur ces médicaments. Et le forfait pharmacie, elle ne l'avait pas souscrit.
Au-delà du cas de Yolande, c'est un mécanisme structurel qui se met en place. Les patients en ALD qui prennent deux à trois médicaments de la liste des 171 voient leur reste à charge augmenter de 15 à 50 € par mois, selon les traitements prescrits. Pour ceux qui en prennent davantage — notamment les patients polymédiqués, souvent les plus âgés —, l'addition peut dépasser 80 € mensuels.
Les pharmaciens eux-mêmes s'inquiètent. Comme le rapportait Le Moniteur des pharmacies en septembre 2025, ils redoutent « une multiplication des demandes d'explication de la part des patients, des tensions sur la délivrance, voire des renoncements aux soins pour les plus fragiles ».
C'est exactement ce que Yolande a fait ce mercredi de février. Elle a renoncé. Deux boîtes reposées sur un comptoir de verre, dans une pharmacie de Guéret, un après-midi d'hiver.
Car la mauvaise surprise ne s'arrête pas au comptoir de la pharmacie. Elle continue quand on appelle sa mutuelle.
La plupart des complémentaires santé ne remboursent pas les médicaments classés à service médical rendu faible. Leur raisonnement est simple : si l'État considère que ces traitements sont secondaires, les mutuelles ne voient pas pourquoi elles prendraient le relais. Seuls certains contrats incluant un « forfait pharmacie » — une option payante, souvent facturée entre 3 et 8 € par mois — couvrent une partie de ces dépenses. Encore faut-il l'avoir souscrit avant le changement.
Yolande a appelé sa mutuelle le soir même.
« La dame m'a dit qu'il fallait que je regarde mon contrat. Que ce n'était peut-être pas inclus. Je lui ai répondu : "Madame, je suis institutrice à la retraite, pas juriste." »
Le résultat : sa mutuelle ne couvre pas le reste à charge sur ces médicaments. Et le forfait pharmacie, elle ne l'avait pas souscrit.
Au-delà du cas de Yolande, c'est un mécanisme structurel qui se met en place. Les patients en ALD qui prennent deux à trois médicaments de la liste des 171 voient leur reste à charge augmenter de 15 à 50 € par mois, selon les traitements prescrits. Pour ceux qui en prennent davantage — notamment les patients polymédiqués, souvent les plus âgés —, l'addition peut dépasser 80 € mensuels.
Les pharmaciens eux-mêmes s'inquiètent. Comme le rapportait Le Moniteur des pharmacies en septembre 2025, ils redoutent « une multiplication des demandes d'explication de la part des patients, des tensions sur la délivrance, voire des renoncements aux soins pour les plus fragiles ».
C'est exactement ce que Yolande a fait ce mercredi de février. Elle a renoncé. Deux boîtes reposées sur un comptoir de verre, dans une pharmacie de Guéret, un après-midi d'hiver.
Comment vérifier si vos médicaments sont concernés — et quoi faire maintenant
Yolande, elle, a fini par trouver une solution. Pas seule. Son pharmacien, après l'épisode du comptoir, a pris le temps de l'appeler. Il a passé en revue son ordonnance, identifié les médicaments désormais à 15 %, et contacté son médecin traitant pour voir s'il existait des alternatives remboursées à un taux supérieur. Pour le Gaviscon, il a proposé un équivalent mieux classé. Pour la crème, il a suggéré une prescription magistrale.
« C'est mon pharmacien qui m'a sauvée. Pas l'administration. »
Si vous êtes dans la même situation que Yolande, voici les démarches à effectuer dès maintenant :
Pour en savoir plus sur le dispositif des affections de longue durée et les conditions de prise en charge, consultez la fiche officielle sur service-public.gouv.fr.
Ce qui ne change pas : tous les médicaments à service médical rendu important ou modéré — les traitements de fond contre le cancer, le diabète, l'insuffisance cardiaque, les maladies neurologiques — restent pris en charge à 100 % pour les patients en ALD. La mesure ne concerne que les 171 spécialités classées au niveau le plus bas d'efficacité par la Haute Autorité de Santé.
« C'est mon pharmacien qui m'a sauvée. Pas l'administration. »
Si vous êtes dans la même situation que Yolande, voici les démarches à effectuer dès maintenant :
Étape 1 Urgent
Appelez votre pharmacien
Demandez-lui quels médicaments de votre ordonnance figurent sur la liste des 171 traitements à service médical rendu faible. Il peut le vérifier instantanément.
Étape 2 Cette semaine
Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant
Pour certains traitements déremboursés, il existe des alternatives classées à un niveau supérieur, remboursées à 30 % ou 65 %. Votre médecin peut adapter la prescription.
Étape 3 À vérifier
Vérifiez votre contrat de mutuelle
Recherchez la mention « forfait pharmacie » ou « forfait médicaments non remboursés ». Ce forfait verse entre 50 et 150 € par an. S'il n'est pas inclus, demandez un devis pour l'ajouter.
Étape 4 En ligne
Consultez votre espace ALD sur ameli.fr
Connectez-vous à votre compte ameli pour vérifier vos droits ALD en cours et la liste des soins couverts par votre protocole. Demandez à votre médecin une mise à jour du protocole si nécessaire.
Pour en savoir plus sur le dispositif des affections de longue durée et les conditions de prise en charge, consultez la fiche officielle sur service-public.gouv.fr.
Ce qui ne change pas : tous les médicaments à service médical rendu important ou modéré — les traitements de fond contre le cancer, le diabète, l'insuffisance cardiaque, les maladies neurologiques — restent pris en charge à 100 % pour les patients en ALD. La mesure ne concerne que les 171 spécialités classées au niveau le plus bas d'efficacité par la Haute Autorité de Santé.
Sources :
- Service-public.gouv.fr — Prise en charge d'une affection de longue durée (ALD), vérifié le 21 février 2026
- Haute Autorité de Santé (HAS) — Classification SMR des médicaments
- Rapport IGAS / IGF — Économies sur le remboursement des médicaments à SMR faible, 2025
- Le Parisien — Révélation du décret ALD/médicaments, septembre 2025
- Le Moniteur des pharmacies — Impact sur les officines, septembre 2025
- Service-public.gouv.fr — Prise en charge d'une affection de longue durée (ALD), vérifié le 21 février 2026
- Haute Autorité de Santé (HAS) — Classification SMR des médicaments
- Rapport IGAS / IGF — Économies sur le remboursement des médicaments à SMR faible, 2025
- Le Parisien — Révélation du décret ALD/médicaments, septembre 2025
- Le Moniteur des pharmacies — Impact sur les officines, septembre 2025

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