- Le fisc accorde un crédit de paiement des droits de succession à un taux passé de 2,30 % à 2 % en 2026 — moins cher que la plupart des prêts bancaires.
- Le dispositif concerne tous les héritiers en ligne directe, mais la demande doit être jointe à la déclaration de succession — après, c'est trop tard.
- Une condition bloque de nombreuses familles : l'accord unanime de tous les héritiers, y compris ceux qui ont déjà payé comptant.
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Argent et patrimoine
Droits de succession : ce crédit du fisc à 2 % que la plupart des héritiers ne demandent jamaisPar Fabrice Crozier | Publié le 02/04/2026 à 08:48
Le notaire annonce la facture, et le réflexe est toujours le même : vendre vite. Un appartement, un pavillon, parfois la maison où vos parents ont vécu quarante ans. Pourtant, l'administration fiscale propose un mécanisme de crédit à un taux que la plupart des banques ne peuvent pas aligner. Encore faut-il en faire la demande — et respecter un calendrier précis.
Droits de succession : comprendre le crédit de paiement à 2 % proposé par le fisc en 2026 © SeniorActu
Un taux que les banques ne peuvent pas aligner
Le paradoxe est spectaculaire. La Direction générale des finances publiques, d'ordinaire prompte à réclamer son dû, propose aux héritiers un crédit à 2 % pour régler leurs droits de succession — alors que le taux moyen d'un prêt personnel dépasse 6 % chez la plupart des établissements bancaires en 2026.
Ce taux, fixé chaque année par un avis publié au Journal officiel, est calculé à partir du taux effectif moyen des prêts immobiliers à taux fixe du quatrième trimestre de l'année précédente, réduit d'un tiers. En 2025, il s'élevait à 2,30 %. La baisse des taux immobiliers constatée fin 2025 l'a fait descendre à 2 % pour toutes les demandes formulées depuis le 1er janvier 2026. Pour les transmissions d'entreprises, le taux tombe même à 0,6 % — contre 0,7 % l'an dernier. Sur des droits de 50 000 €, la différence entre un crédit bancaire et ce crédit fiscal représente plus de 2 000 € d'économie par an. Fractionner ou différer : deux mécanismes, deux logiques
Le paiement fractionné s'adresse à tous les héritiers, quelle que soit la nature des biens reçus. Le principe est simple : au lieu de régler la totalité des droits au moment du dépôt de la déclaration de succession, vous étalez le paiement en trois versements égaux espacés de six mois au maximum, soit une période d'un an après le délai légal de dépôt.
Mais c'est la composition du patrimoine qui change la donne. Si votre succession comporte au moins 50 % de biens non liquides — un bien immobilier, un fonds de commerce, des parts de société non cotée —, le délai passe à trois ans et le nombre de versements à sept. C'est précisément le cas de figure le plus fréquent dans les familles françaises, où la maison familiale représente souvent l'essentiel du patrimoine transmis. Le paiement différé obéit à une logique différente et ne concerne que les successions comportant des biens en nue-propriété — typiquement quand le conjoint survivant conserve l'usufruit du logement. Dans ce cas, vous ne payez les droits que dans les six mois suivant la réunion de l'usufruit à la nue-propriété, souvent au décès du conjoint survivant. Paiement fractionné Tous héritiers Durée maximale 1 an (3 ans si ≥ 50 % biens non liquides) Nombre de versements 3 maximum (7 si biens non liquides) Taux d'intérêt 2026 2 % Paiement différé Nue-propriété Échéance 6 mois après réunion usufruit + nue-propriété Cas typique Conjoint survivant usufruitier du logement Taux d'intérêt 2026 2 % (0,6 % transmissions d'entreprise) La condition qui bloque tout : l'unanimité des héritiers
C'est là que le mécanisme se complique, et c'est souvent là que les familles renoncent. Pour bénéficier du paiement fractionné ou différé, tous les héritiers sans exception doivent donner leur accord — y compris ceux qui ont déjà réglé leurs droits comptant. La raison est juridique : la solidarité fiscale entre héritiers ne disparaît pas avec le crédit. Si l'un d'entre vous ne paie plus, les autres restent redevables de la totalité.
La demande doit être formulée par lettre jointe à la déclaration de succession, donc dans les six mois suivant le décès pour un décès en France métropolitaine. Votre notaire la rédige en général, mais rien ne vous empêche de le faire vous-même. L'administration dispose ensuite de deux mois pour répondre — un délai raccourci depuis la réforme de février 2024. En cas d'accord, vous avez alors quatre mois pour constituer les garanties exigées : une hypothèque sur un bien immobilier de la succession, un nantissement de contrat d'assurance-vie, ou un cautionnement bancaire. Sans garantie dans les délais, l'accord tombe. Vendre dans l'urgence ou payer à crédit : l'arbitrage que personne ne vous pose
La situation se répète dans des milliers de successions chaque année. Vos parents laissent un pavillon estimé à 350 000 €, un compte bancaire de 15 000 € et quelques meubles. Après l'abattement de 100 000 € par enfant en ligne directe, les droits de succession atteignent vite plusieurs dizaines de milliers d'euros — et le délai pour régler est de six mois.
Sans liquidités suffisantes, la réaction la plus courante est de mettre le bien en vente. Or vendre dans l'urgence, sur un marché local, avec un délai contraint, c'est accepter une décote de 5 à 10 % par rapport au prix réel. Sur un bien de 350 000 €, cela représente 17 500 à 35 000 € de perte sèche — bien plus que le coût d'un crédit fiscal à 2 %. L'alternative est là, mais elle suppose d'avoir été informé au bon moment. Le notaire n'est pas tenu de proposer spontanément le paiement fractionné, et beaucoup d'héritiers découvrent son existence après avoir déjà signé le compromis de vente. Ce que la Direction générale des finances publiques exige — et ce qu'elle ne dit pas
Le cadre légal repose sur les articles 396 et suivants de l'annexe III du Code général des impôts. Le taux de 2 % s'applique pendant toute la durée du crédit, et non pas à la seule première année — c'est un taux fixe, pas un taux révisable.
Ce que l'administration ne met pas en avant, en revanche, c'est l'impact du choix entre paiement sur la valeur imposable de la nue-propriété et paiement sur la valeur en pleine propriété. Dans le cas d'un paiement différé, vous pouvez être dispensé d'intérêts si vous acceptez que les droits soient calculés sur la pleine propriété du bien au jour du décès — et non sur la seule nue-propriété, qui est toujours inférieure. L'arbitrage dépend de l'âge du conjoint survivant et de la durée prévisible de l'usufruit. Plus l'usufruitier est jeune, plus le paiement différé avec dispense d'intérêts coûte cher en assiette fiscale. Un calcul que peu de familles font, parce qu'il exige de comparer deux scénarios chiffrés avant même le dépôt de la déclaration. Votre notaire peut le réaliser — mais encore faut-il savoir que cette option existe. Ce qu'il faut retenir
Sources :
- Service-public.gouv.fr, "Paiement des droits de succession", fiche F36432, mise à jour 2026 - Impots.gouv.fr, "Comment puis-je payer les droits de succession ?", mise à jour janvier 2026 - Avis ECOT2536351V du 22 décembre 2025 (taux d'intérêt paiement fractionné/différé 2026) - Chambre des notaires de Paris, "Paiement fractionné ou différé des droits de succession", mise à jour février 2024 La rédaction vous conseille
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