Ce qu'il faut retenir
- Le chiffre officiel de 13 335 foyers millionnaires non imposés a été multiplié par presque quatre — la raison est surprenante
- Le gouvernement a déjà identifié un profil type de retraité parmi les foyers concernés
- Une commission d'enquête parlementaire inédite cible désormais les montages d'optimisation fiscale
- Les retraités détenant des comptes ou placements à l'étranger sont dans le viseur — voici les amendes encourues
- La loi de finances 2026, promulguée le 19 février, a déjà introduit de nouveaux mécanismes pour les hauts patrimoines
De 13 000 à 50 000 : l'estimation qui fait trembler Bercy
Le chiffre a été lâché sur RTL le vendredi 27 février 2026. Éric Lombard, ancien ministre de l'Économie de décembre 2024 à octobre 2025, a revu drastiquement à la hausse le nombre de foyers fortunés qui ne paient pas d'impôt sur le revenu (IR). Son estimation : environ 50 000 ménages possédant un patrimoine élevé affichent un Revenu Fiscal de Référence (RFR) modeste par rapport à leur fortune réelle.
Rappel des faits. En janvier 2026, Lombard avait déclaré dans Libération que des milliers de grandes fortunes avaient un RFR de zéro. Mi-février, une note du Sénat, rédigée par les sénateurs Claude Raynal (PS) et Jean-François Husson (LR), avait confirmé que 13 335 foyers redevables de l'IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) — soit des patrimoines immobiliers supérieurs à 1,3 million d'euros — payaient un IR nul ou négatif.
Mais Éric Lombard va plus loin. Il intègre dans son calcul des foyers qui ne sont pas redevables de l'IFI mais qui détiennent d'importants actifs mobiliers, c'est-à-dire des produits financiers : assurances-vie, portefeuilles d'actions, parts de holdings. Des fortunes invisibles à l'IFI, car cet impôt ne taxe que l'immobilier. "Il y a autour de 50 000 ménages probablement, si on fait un calcul statistique rapide, qui ont un revenu fiscal de référence modeste par rapport à leur patrimoine financier", a-t-il déclaré à l'AFP.
Rappel des faits. En janvier 2026, Lombard avait déclaré dans Libération que des milliers de grandes fortunes avaient un RFR de zéro. Mi-février, une note du Sénat, rédigée par les sénateurs Claude Raynal (PS) et Jean-François Husson (LR), avait confirmé que 13 335 foyers redevables de l'IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) — soit des patrimoines immobiliers supérieurs à 1,3 million d'euros — payaient un IR nul ou négatif.
Mais Éric Lombard va plus loin. Il intègre dans son calcul des foyers qui ne sont pas redevables de l'IFI mais qui détiennent d'importants actifs mobiliers, c'est-à-dire des produits financiers : assurances-vie, portefeuilles d'actions, parts de holdings. Des fortunes invisibles à l'IFI, car cet impôt ne taxe que l'immobilier. "Il y a autour de 50 000 ménages probablement, si on fait un calcul statistique rapide, qui ont un revenu fiscal de référence modeste par rapport à leur patrimoine financier", a-t-il déclaré à l'AFP.
La suroptimisation fiscale : légale, mais insupportable
Le mot est lâché. Lombard parle de "suroptimisation fiscale". Une pratique parfaitement légale qui permet à certains contribuables de réduire leur base imposable jusqu'à zéro. En clair : on gagne beaucoup, on possède beaucoup, mais sur le papier, on déclare peu.
Comment est-ce possible ? Les mécanismes sont multiples : Selon Lombard, ce phénomène concerne entre 0,1 % et 0,3 % des Français. Une minorité en apparence. Mais une minorité qui pèse lourd dans le sentiment d'injustice fiscale ressenti par la grande majorité des contribuables — et particulièrement par les retraités qui, eux, paient leur IR rubis sur l'ongle chaque mois via le prélèvement à la source.
Comment est-ce possible ? Les mécanismes sont multiples :
- Se faire rémunérer via des holdings plutôt que par un salaire classique, pour éviter les cotisations sociales et réduire l'assiette de l'IR
- Capitaliser les dividendes dans des PEA (Plan d'Épargne en Actions) ou des assurances-vie dont les plus-values ne sont pas intégrées au RFR tant qu'elles ne sont pas retirées
- Utiliser les déficits fonciers ou les crédits d'impôt pour ramener l'IR à zéro, voire le rendre négatif
- Déplacer certains revenus vers des structures étrangères
Les retraités, déjà dans le viseur de Bercy
Voilà le paradoxe. Le nouveau ministre des Comptes publics, David Amiel (nommé le 22 février 2026 en remplacement d'Amélie de Montchalin), a promis à l'Assemblée nationale une analyse approfondie de ces foyers à IR nul. Mais ses explications ont un effet collatéral inattendu : elles désignent les retraités.
"Il y a des retraités qui possèdent des biens dans des zones qui ont connu une flambée immobilière", a-t-il déclaré devant les députés. Et le sénateur Jean-François Husson d'ajouter que "l'âge moyen du premier déclarant des foyers assujettis à l'IFI étant de 70 ans, il est vraisemblable que beaucoup des foyers à IR nul soient des retraités".
Concrètement, un retraité propriétaire d'un bien immobilier hérité dont la valeur a explosé — pensez à un appartement parisien ou une maison sur l'île de Ré — peut se retrouver assujetti à l'IFI tout en percevant une pension modeste. Ce n'est ni de l'optimisation agressive ni de la fraude. C'est simplement le fruit d'un système fiscal qui confond patrimoine et revenu.
"Il y a des retraités qui possèdent des biens dans des zones qui ont connu une flambée immobilière", a-t-il déclaré devant les députés. Et le sénateur Jean-François Husson d'ajouter que "l'âge moyen du premier déclarant des foyers assujettis à l'IFI étant de 70 ans, il est vraisemblable que beaucoup des foyers à IR nul soient des retraités".
Concrètement, un retraité propriétaire d'un bien immobilier hérité dont la valeur a explosé — pensez à un appartement parisien ou une maison sur l'île de Ré — peut se retrouver assujetti à l'IFI tout en percevant une pension modeste. Ce n'est ni de l'optimisation agressive ni de la fraude. C'est simplement le fruit d'un système fiscal qui confond patrimoine et revenu.
La commission d'enquête parlementaire : six mois pour trancher
Le Parlement a décidé d'y voir clair. Le 11 février 2026, la commission des finances de l'Assemblée nationale a validé la création d'une commission d'enquête "relative à l'imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et à leur contribution au financement des services publics". C'est le groupe LIOT (Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires) qui a utilisé son droit de tirage annuel pour lancer cette initiative, avec le député Charles de Courson comme rapporteur.
Cette commission dispose de six mois pour collecter des données, auditionner les experts et rendre un rapport qui pourrait directement influencer le prochain projet de loi de finances. Son objectif : distinguer l'optimisation légitime de la suroptimisation abusive, et proposer des mesures correctives.
En parallèle, au Sénat, Claude Raynal a annoncé qu'un rapport complémentaire serait publié avant l'été 2026, avec des pistes concrètes d'amélioration.
Cette commission dispose de six mois pour collecter des données, auditionner les experts et rendre un rapport qui pourrait directement influencer le prochain projet de loi de finances. Son objectif : distinguer l'optimisation légitime de la suroptimisation abusive, et proposer des mesures correctives.
13 335 Note du Sénat
Foyers IFI à IR nul
Patrimoine immobilier > 1,3 M€
~50 000 Estimation Lombard
Foyers à RFR modeste
Patrimoine financier + immobilier inclus
186 000 DGFiP 2024
Foyers redevables IFI
Recettes totales : 2,2 milliards €
En parallèle, au Sénat, Claude Raynal a annoncé qu'un rapport complémentaire serait publié avant l'été 2026, avec des pistes concrètes d'amélioration.
Loi de finances 2026 : les premiers verrous posés
Sans attendre les résultats de la commission d'enquête, la loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, a déjà posé de nouveaux garde-fous ciblant les patrimoines élevés.
Premier dispositif : la CDHR (Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus) est reconduite. Créée en 2025, elle impose un taux d'imposition minimum de 20 % pour les foyers dont le RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Environ 24 000 foyers sont concernés. La loi de finances 2026 la prolonge jusqu'à ce que le déficit budgétaire repasse sous les 3 % du PIB — autrement dit, pour longtemps.
Second dispositif : une taxe sur les holdings patrimoniales est instaurée, ciblant les actifs non liés à une activité professionnelle (biens dits "somptuaires"). Le taux est de 20 %, avec un seuil de patrimoine de 5 millions d'euros. Dans sa version finale, cette mesure a une portée plus réduite que le projet initial, mais elle marque un tournant.
Ces informations sont détaillées sur le site la page officielle economie.gouv.fr dédiée aux changements fiscaux 2026.
Premier dispositif : la CDHR (Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus) est reconduite. Créée en 2025, elle impose un taux d'imposition minimum de 20 % pour les foyers dont le RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Environ 24 000 foyers sont concernés. La loi de finances 2026 la prolonge jusqu'à ce que le déficit budgétaire repasse sous les 3 % du PIB — autrement dit, pour longtemps.
Second dispositif : une taxe sur les holdings patrimoniales est instaurée, ciblant les actifs non liés à une activité professionnelle (biens dits "somptuaires"). Le taux est de 20 %, avec un seuil de patrimoine de 5 millions d'euros. Dans sa version finale, cette mesure a une portée plus réduite que le projet initial, mais elle marque un tournant.
Ces informations sont détaillées sur le site la page officielle economie.gouv.fr dédiée aux changements fiscaux 2026.
Comptes à l'étranger : le piège méconnu des retraités
Ce débat sur l'optimisation fiscale des grandes fortunes a une conséquence directe, et souvent ignorée, pour les retraités ordinaires. Quand le fisc intensifie ses contrôles sur les patrimoines non déclarés, ce ne sont pas seulement les ultra-riches qui tombent dans le filet.
Tout résident fiscal français qui détient un compte bancaire à l'étranger — même un vieux compte en Suisse hérité d'un parent, même un compte Revolut à IBAN lituanien — est tenu de le déclarer chaque année via le formulaire Cerfa n°3916-3916 bis, conformément à l'article 1649 A du Code général des impôts. La déclaration porte sur l'existence du compte, quel que soit le montant qui s'y trouve. Même un compte vide. Même un compte inactif.
Les sanctions en cas d'oubli sont sévères :
Tout résident fiscal français qui détient un compte bancaire à l'étranger — même un vieux compte en Suisse hérité d'un parent, même un compte Revolut à IBAN lituanien — est tenu de le déclarer chaque année via le formulaire Cerfa n°3916-3916 bis, conformément à l'article 1649 A du Code général des impôts. La déclaration porte sur l'existence du compte, quel que soit le montant qui s'y trouve. Même un compte vide. Même un compte inactif.
Les sanctions en cas d'oubli sont sévères :
- 1 500 € d'amende par compte non déclaré et par année
- 10 000 € si le compte est situé dans un État non coopératif
- Le délai de reprise de l'administration fiscale peut être étendu à 10 ans
- En cas de contrôle fiscal, une majoration pouvant aller jusqu'à 80 % des droits dus
Ce que les retraités doivent surveiller dans les mois qui viennent
La période qui s'ouvre est déterminante. Entre la commission d'enquête parlementaire, le rapport sénatorial attendu avant l'été et la préparation du prochain budget, le système fiscal français va être passé au crible.
Pour les retraités, trois points de vigilance s'imposent :
1. La déclaration de revenus 2026. Elle portera sur vos revenus de 2025. Si vous détenez le moindre compte à l'étranger, n'oubliez pas de cocher la case 8UU de votre déclaration en ligne sur impots.gouv.fr et de remplir l'annexe 3916.
2. L'abattement de 10 % sur les pensions. Pour l'instant, il est maintenu dans la loi de finances 2026. Mais la piste de sa suppression — ou de son remplacement par un forfait de 2 000 € — revient régulièrement dans les débats parlementaires. Si cette mesure passait lors du prochain budget, les retraités percevant plus de 20 000 € annuels de pension verraient leur impôt augmenter mécaniquement.
3. Les contrôles renforcés. La Cour des comptes cible déjà les retraités résidant à l'étranger et ceux en cumul emploi-retraite. Certificats de vie sous trois mois, suspension immédiate en cas de non-réponse : le message est clair. Dans ce contexte, tout soupçon de non-déclaration de patrimoine sera traité avec une sévérité accrue.
Le consentement à l'impôt repose sur un principe simple, rappelé par le sénateur Raynal : chacun doit avoir la certitude que personne n'y échappe. En France, 53% des 41,5 millions de foyers ayant rempli une déclaration de revenus pour 2024 n'ont pas payé d'impôt sur le revenu. C'est cette confiance, aujourd'hui ébranlée, que le Parlement tente de restaurer. Les retraités, souvent exemplaires dans leurs obligations déclaratives, n'ont aucune raison de paniquer — mais toutes les raisons de rester vigilants.
Pour les retraités, trois points de vigilance s'imposent :
1. La déclaration de revenus 2026. Elle portera sur vos revenus de 2025. Si vous détenez le moindre compte à l'étranger, n'oubliez pas de cocher la case 8UU de votre déclaration en ligne sur impots.gouv.fr et de remplir l'annexe 3916.
2. L'abattement de 10 % sur les pensions. Pour l'instant, il est maintenu dans la loi de finances 2026. Mais la piste de sa suppression — ou de son remplacement par un forfait de 2 000 € — revient régulièrement dans les débats parlementaires. Si cette mesure passait lors du prochain budget, les retraités percevant plus de 20 000 € annuels de pension verraient leur impôt augmenter mécaniquement.
3. Les contrôles renforcés. La Cour des comptes cible déjà les retraités résidant à l'étranger et ceux en cumul emploi-retraite. Certificats de vie sous trois mois, suspension immédiate en cas de non-réponse : le message est clair. Dans ce contexte, tout soupçon de non-déclaration de patrimoine sera traité avec une sévérité accrue.
Le consentement à l'impôt repose sur un principe simple, rappelé par le sénateur Raynal : chacun doit avoir la certitude que personne n'y échappe. En France, 53% des 41,5 millions de foyers ayant rempli une déclaration de revenus pour 2024 n'ont pas payé d'impôt sur le revenu. C'est cette confiance, aujourd'hui ébranlée, que le Parlement tente de restaurer. Les retraités, souvent exemplaires dans leurs obligations déclaratives, n'ont aucune raison de paniquer — mais toutes les raisons de rester vigilants.
Sources :
- AFP, dépêche du 27 février 2026 (déclarations d'Éric Lombard)
- France Info, 27 février 2026
- DGFiP Statistiques n°33, avril 2025 — L'impôt sur la fortune immobilière en 2024 (impots.gouv.fr)
- LCP Assemblée nationale, 11 février 2026 — Création de la commission d'enquête
- Vie-publique.fr, 19 février 2026 — Loi de finances pour 2026
- Service-public.gouv.fr, 20 février 2026 — Contribution différentielle sur les hauts revenus
- Impots.gouv.fr — Formulaire 3916, déclaration de comptes à l'étranger
- BOFiP, article 1649 A du CGI — Obligations déclaratives comptes étrangers
- AFP, dépêche du 27 février 2026 (déclarations d'Éric Lombard)
- France Info, 27 février 2026
- DGFiP Statistiques n°33, avril 2025 — L'impôt sur la fortune immobilière en 2024 (impots.gouv.fr)
- LCP Assemblée nationale, 11 février 2026 — Création de la commission d'enquête
- Vie-publique.fr, 19 février 2026 — Loi de finances pour 2026
- Service-public.gouv.fr, 20 février 2026 — Contribution différentielle sur les hauts revenus
- Impots.gouv.fr — Formulaire 3916, déclaration de comptes à l'étranger
- BOFiP, article 1649 A du CGI — Obligations déclaratives comptes étrangers

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