Emploi et Cumul Emploi-Retraite

Cumul emploi-retraite : le budget 2027 n'y touche pas, et pour travailler à la retraite sous l'ancienne règle, votre pension doit démarrer d'ici le 1er décembre

Un mot manquait jeudi dans le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 : cumul emploi-retraite. Ce silence vaut confirmation, et la règle votée l'an dernier s'appliquera bien aux pensions qui démarreront à partir du 1er janvier. Si vous comptez travailler à la retraite, quelques semaines séparent encore deux régimes très différents, et le calendrier se révèle bien plus serré qu'il n'y paraît.

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Par | Publié le 3 Octobre 2026 à 08:11 | mis à jour le 3 Octobre 2026 à 08:16
Un ouvrier remet sa lettre de départ à sa responsable - Illustration générée par IA
Un ouvrier remet sa lettre de départ à sa responsable - Illustration générée par IA

Le budget 2027 laisse passer la réforme de janvier

Le budget 2027, présenté jeudi 1er octobre en Conseil des ministres, vise les retraités par une moindre revalorisation des pensions au-dessus de 1 260 euros et, côté impôt, par le rabot de leur abattement fiscal. Du cumul emploi-retraite, il ne dit rien. Or ce silence a une conséquence très concrète : la réforme inscrite à l'article 102 de la loi du 30 décembre 2025 entrera en vigueur comme prévu, sans report ni assouplissement.

Le gouvernement en attend 400 millions d'euros d'économies dès 2027, rappelle BFM TV, qui relaie aussi la crainte de représentants patronaux de voir des retraités travailler moins pour garder leur pension intacte.

Le critère qui décide de tout, l'Assurance retraite le rappelle sur sa page consacrée aux nouvelles règles, mise à jour le 24 septembre : la date à laquelle votre première retraite commence. Si vous êtes retraité avant le 1er janvier 2027, vous garderez les anciennes conditions, même si vous reprenez un emploi dans plusieurs années. Après cette date, vous basculerez dans le nouveau système, pour toute la durée de votre cumul.
 
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Trois âges, trois sorts pour votre pension

À partir de 2027, la question ne sera plus de savoir si vous avez le taux plein, mais quel âge vous avez quand vous travaillez. Avant l'âge légal, par exemple après un départ pour carrière longue, chaque euro gagné sera retiré de votre retraite : l'Assurance retraite donne l'exemple d'un salaire de 1 000 euros qui ampute la pension de 1 000 euros, jusqu'à la suspendre entièrement si le salaire la dépasse.

Entre l'âge légal et 67 ans, un petit revenu restera sans effet. Au-delà d'un seuil que le décret devrait fixer à 7 000 euros bruts par an, votre pension sera réduite de la moitié du dépassement. Pour 10 000 euros de revenus annuels, la caisse calcule ainsi 1 500 euros de retraite en moins. Ce décret n'est toujours pas paru, et sa publication est attendue avant la fin de l'année, selon la même page de l'Assurance retraite.

Prenons un emploi à temps partiel payé 1 200 euros bruts par mois, soit 14 400 euros sur l'année. Le dépassement atteint 7 400 euros, et la pension baisse de 3 700 euros par an, environ 308 euros par mois. Sur trois ans de cumul avant 67 ans, cela représente 11 100 euros, le calcul est le nôtre et suppose un seuil confirmé à 7 000 euros. Autre perte, moins visible : avant 67 ans, ces années travaillées n'ouvriront plus aucun droit à une seconde retraite.
  À 67 ans, enfin, le cumul redeviendra libre, sans plafond, et vos cotisations prépareront de nouveau une seconde pension.

Le 1er décembre, la dernière porte encore ouverte

Une retraite ne commence jamais un 15 ou un 31. Le code de la sécurité sociale fixe la date de départ au premier jour d'un mois, et jamais avant le dépôt de votre demande. Pour rester sous l'ancienne règle, votre première pension de base devra donc démarrer au plus tard le 1er décembre 2026, un mois plus tôt que ne le laisse croire la date du 1er janvier.

Encore faut-il avoir atteint, à cette date, l'âge auquel vous pouvez partir. Depuis la suspension de la réforme de 2023, il s'établit à 62 ans et 9 mois pour les personnes nées en 1963 et en 1964, d'après le tableau publié par l'Assurance retraite. Un départ pour carrière longue suit ses propres âges, plus précoces.

Sur le papier, une demande déposée en novembre suffit à viser le 1er décembre. Dans la pratique, un dossier si tardif sera traité après coup, et le premier virement arrivera sans doute avec retard, assorti d'un rappel. Le vrai piège, pour un salarié, se cache ailleurs : dans son contrat de travail.

Votre préavis peut vous faire manquer la date

Pour toucher sa retraite, un salarié doit avoir quitté son employeur, et la pension démarre au premier jour du mois qui suit la fin du contrat. Le départ volontaire impose un préavis de deux mois au-delà de deux ans d'ancienneté, rappelle le Code du travail numérique. Une lettre remise début octobre mène au début de décembre, et la retraite glisse au 1er janvier 2027. Seules issues : une convention collective plus clémente, ou un employeur qui accepte d'écourter le préavis.

Partir plus tôt n'est pas toujours le bon calcul

Je vous dois une mise en garde avant de bousculer votre calendrier : l'ancienne règle n'ouvre pas la même porte à tout le monde. Le cumul n'y est intégral que si vous avez atteint l'âge légal, obtenu le taux plein et demandé toutes vos retraites, de base comme complémentaires. Sinon, le total de votre pension et de votre salaire reste plafonné à 160 % du Smic ou à la moyenne de vos trois derniers salaires.

D'ailleurs, partir quelques mois trop tôt sans tous vos trimestres vous ferait subir une décote, appliquée à vie, pour échapper à une réduction qui, elle, s'arrêtera à 67 ans. Pour un emploi rapportant moins de 7 000 euros par an, soit environ 583 euros par mois, la nouvelle règle ne coûterait même rien entre l'âge légal et 67 ans.
  Nous aurions aimé vous renvoyer vers un outil officiel. Sauf que l'Assurance retraite annonce son simulateur pour le premier trimestre 2027, après la dernière date de départ sous l'ancienne règle : ce calcul, vous le ferez vous-même, sans le seuil définitif.

Ce que vous pouvez vérifier avant la fin octobre

Votre espace sur info-retraite.fr indique votre date de départ possible et le nombre de trimestres qui vous manquent pour le taux plein. Si cette date tombe après le 1er décembre, la question est réglée.

Si elle tombe avant, votre contrat et votre convention collective vous donneront la durée exacte de votre préavis. Pour mesurer l'enjeu, il suffit de multiplier votre futur salaire mensuel brut par douze, d'en retirer 7 000 euros et de diviser le reste par deux. Le résultat donne l'ordre de grandeur de ce que vous perdriez chaque année en partant en janvier plutôt qu'en décembre.

Et si l'écart vous paraît faible, rien ne vous oblige à vous presser. Le budget 2027 n'a pas rouvert ce dossier, mais un seul mois de calendrier peut ici peser sur votre pension jusqu'à vos 67 ans.

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