- Le calendrier carrières longues diffusé depuis janvier repose sur un projet de décret qui n'a pas encore été publié au Journal officiel
- Les 2,2 millions d'assurés nés entre 1964 et 1968 concernés par la suspension sont invités à prendre des décisions sur la base de chiffres provisoires
- Dès le 1er avril 2026, les premiers concernés pourront déposer leur demande de retraite — avec ou sans décret définitif
|
Retraite
Carrières longues : le décret qui fixe votre nouvel âge de départ n'est toujours pas publiéPar Fabrice Crozier | Publié le 22/03/2026 à 09:01
Depuis trois mois, les caisses de retraite communiquent un nouveau calendrier de départ pour les carrières longues. Les simulateurs ont été mis à jour, l'Agirc-Arrco propose 25 000 rendez-vous cette semaine. Un détail gêne : le décret qui rend tout cela opposable n'existe pas encore.Un calendrier sans décret
L'Agirc-Arrco organise cette semaine 25 000 entretiens gratuits dans toute la France pour aider les futurs retraités à comprendre l'impact de la suspension de la réforme. Les conseillers affichent des âges de départ, des trimestres requis, des estimations chiffrées. Le problème est d'ordre juridique : le décret d'application qui fixe les nouveaux âges de départ anticipé pour les carrières longues n'a pas été publié au Journal officiel.
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025, prévoit une suspension de la réforme des retraites pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Cette suspension gèle l'âge légal à 62 ans et 9 mois et réduit d'un trimestre la durée d'assurance requise pour les générations 1964 à 1968. Tout cela est acté. En revanche, le volet carrières longues — qui concerne les salariés ayant commencé à travailler avant 20 ans — nécessite un décret spécifique pour adapter les bornes d'âge génération par génération. Ce décret reste à l'état de projet. Ce que le projet de décret prévoit — et ce qui peut encore bouger
Le calendrier communiqué depuis janvier par l'Assurance retraite et l'Agirc-Arrco s'appuie sur un projet de décret dont les grandes lignes ont été rendues publiques. Les premiers bénéficiaires sont les assurés nés à partir du 1er décembre 1965 : à cette date, ceux nés avant auront déjà atteint l'âge prévu par la réforme de 2023 et ne gagnent rien sur l'âge.
Le gain est modeste au début : un mois pour les nés en décembre 1965, qui passeraient de 60 ans et 9 mois à 60 ans et 8 mois. Il s'accentue à partir de la génération 1966 avec trois mois gagnés, et ce décalage se maintient ensuite pour chaque génération jusqu'en 1970. En revanche, le nombre de trimestres requis baisse d'un cran dès la génération 1964, passant de 171 à 170 trimestres — un allègement réel même quand l'âge ne bouge pas. Nés en 1964 Âge inchangé / –1 trim. Âge départ carrière longue 60 ans et 3 mois (inchangé) Trimestres requis 170 (au lieu de 171) Nés janv.–nov. 1965 Âge inchangé / –1 à –2 trim. Âge départ carrière longue 60 ans et 9 mois (inchangé) Trimestres requis 170 (janv.–mars) / 171 (avr.–nov.) au lieu de 172 Nés déc. 1965 –1 mois Âge départ carrière longue 60 ans et 8 mois (au lieu de 60 ans et 9 mois) Trimestres requis 171 Nés en 1966 –3 mois Âge départ carrière longue 60 ans et 9 mois (au lieu de 61 ans) Trimestres requis 172 Nés 1967-1970 –3 mois Âge départ carrière longue De 61 ans à 61 ans et 9 mois (+3 mois/gén.) Trimestres requis 172 Ce tableau est celui que les caisses utilisent. Mais tant que le décret n'est pas publié au Journal officiel, ces chiffres peuvent encore évoluer à la marge. Le site CFDT-Retraités, qui suit le dossier depuis octobre 2025, a signalé une mise à jour le 19 mars 2026 précisant que le calendrier repose sur un projet de décret et les informations publiées par info-retraite.fr. Le paradoxe du 1er avril
Le calendrier administratif ajoute une couche d'urgence. Une demande de retraite doit être déposée cinq mois avant la date de départ effective. Pour un départ au 1er septembre 2026 — la première date d'application de la suspension —, la demande peut être soumise dès le 1er avril 2026. C'est dans dix jours.
Des milliers de salariés en carrière longue vont donc déposer un dossier de liquidation fondé sur un calendrier provisoire. Si le décret définitif modifie les bornes d'âge — même d'un mois —, certaines demandes devront être revues, reportées ou recalculées. Le risque n'est pas théorique : la suspension elle-même est temporaire, prévue jusqu'au 1er janvier 2028. Après l'élection présidentielle de 2027, trois scénarios sont sur la table : maintien du gel, reprise du calendrier de 2023 ou nouvelle réforme. Un simulateur à jour mais pas infaillible
Le simulateur officiel Mon estimation retraite, accessible depuis info-retraite.fr et les espaces personnels Agirc-Arrco, a été mis à jour début février pour intégrer la suspension. L'outil affiche désormais les nouveaux âges de départ et les trimestres requis pour les générations 1964 à 1968.
Mais la mise à jour n'est pas exempte de problèmes. Des usagers ont signalé sur la plateforme gouvernementale Services Publics+ des anomalies dans le calcul du nombre de trimestres nécessaires au taux plein : au lieu de réduire le nombre de trimestres, le simulateur l'a augmenté pour certains profils. L'Agirc-Arrco reconnaît que d'autres mises à jour sont prévues avant l'été pour intégrer des mesures qui ne sont pas encore dans le simulateur : les deux trimestres « enfant » pour les carrières longues et la surcote parentale, deux dispositions de la LFSS 2026 qui entreront en vigueur en septembre. Pour un salarié en fin de carrière, la différence entre 170 et 172 trimestres peut représenter six mois de travail supplémentaires. Une erreur dans le simulateur ou une modification du décret peut donc décaler un départ d'un semestre. Trois gestes avant de prendre une décision
L'opération Rencontres retraite de l'Agirc-Arrco, du 21 au 27 mars, reste utile. Les 25 000 entretiens de vingt minutes permettent d'obtenir une estimation personnalisée et de repérer des trous dans un relevé de carrière. Un webinaire national gratuit est programmé le 26 mars. Mais un entretien n'est pas un engagement : l'estimation reçue cette semaine vaut tant que le décret ne change pas.
Trois précautions s'imposent avant toute demande de liquidation :
Ce qu'il faut retenir
Sources :
- Service-public.gouv.fr, « Suspension de la réforme des retraites : qui est concerné ? », 27 février 2026 - Agirc-Arrco, « Rencontres retraite, une édition dédiée à la suspension de la réforme des retraites », 25 février 2026 - Agirc-Arrco, « Mon estimation retraite : un simulateur fiable et à jour », 2 février 2026 - CFDT-Retraités, « Suspension de la réforme des retraites et nouvelles mesures réformant les retraites », mis à jour le 19 mars 2026 - Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 La rédaction vous conseille
|
Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors dans votre boite mail !





