Retraite

Agirc-Arrco : 10 000 retraités déclarés morts à tort par l'algorithme, leur pension coupée

Par | Publié le 06/05/2026 à 08:23

Un relevé bancaire en début de mois. La ligne « pension complémentaire Agirc-Arrco » a disparu. Pas de courrier, pas de mail, pas d'explication. Quelque part dans un serveur du régime de retraite des salariés du privé, un algorithme a subitement décidé que vous aviez 110 ans, donc que vous étiez probablement mort. Pas de bras, pas de chocolat qu'il disait...


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Un senior consulte son relevé Agirc-Arrco sur ordinateur © SeniorActu.com
Un senior consulte son relevé Agirc-Arrco sur ordinateur © SeniorActu.com

Officiellement décédé à 110 ans, sans avoir bougé de votre canapé

Imaginez ouvrir votre courrier et apprendre que vous êtes officiellement décédé. Pas par une lettre du fisc ou de la mairie, mais via la suspension brutale de votre pension complémentaire de retraite.

C'est exactement ce qui est arrivé, depuis janvier, à environ 10 000 retraités du privé. L'algorithme de l'Agirc-Arrco les a enregistrés comme des « personnes de plus de 110 ans », un âge si avancé qu'il les place dans la catégorie des décédés probables.

La machine a tranché.

Votre carrière de plombier, d'institutrice ou de cadre commercial vient de s'évaporer dans une ligne de code.

Le bug informatique derrière les « centenaires fictifs »

Le mécanisme de la bourde est presque cocasse. Pour repérer les bénéficiaires décédés et stopper le versement des pensions, l'algorithme du régime se fie aux dates de naissance enregistrées dans ses fichiers historiques.

Quand cette date manque ou apparaît visiblement aberrante, le calcul attribue par défaut un âge supérieur à 110 ans. La logique est cynique mais simple : passé 110 ans, statistiquement, vous n'êtes plus de ce monde, donc plus la peine d'envoyer la pension.

Le problème, c'est que la majorité de ces « centenaires fictifs » sont en réalité des retraités tout à fait vivants, dont la fiche administrative n'a simplement jamais été correctement renseignée.

Le couperet est tombé en janvier dernier. En décembre 2025, l'Agirc-Arrco a procédé pour la première fois à un croisement complet de ses bases avec celles de la Direction générale des finances publiques.

Cette opération de vérification, couplée à la bascule sur un nouveau système de traitement des pensions, a fait remonter à la surface tous les vieux dossiers incomplets. L'algorithme a coupé sans demander son avis.

Une cascade de chiffres qui a doublé en quatre mois

Les 10 000 « centenaires fictifs » ne représentent que la pointe la plus visible d'un iceberg administratif beaucoup plus large. Le croisement effectué en décembre dernier avec la Direction générale des finances publiques a permis d'identifier au total environ 100 000 dossiers incohérents sur les 14 millions de retraités affiliés à l'Agirc-Arrco.

Une étude interne présentée au conseil d'administration en décembre estimait à 12 000 les retraités franchement lésés, pour un préjudice de 69 millions d'euros. Les 86 000 autres dossiers présentaient une probabilité forte d'erreur, pour un montant total estimé à 778 millions d'euros.

Quatre mois plus tard, ce document est qualifié d'« obsolète » par une source interne au conseil d'administration, citée par l'AFP. Les nouvelles estimations, communiquées mardi 5 mai, parlent désormais de 98 000 retraités lésés au total pour 850 millions d'euros de rappels à verser.

La fourchette retenue désormais englobe la quasi-totalité des dossiers signalés en décembre, et les premiers chèques sont déjà partis.

Cascade Agirc-Arrco : 14 millions de retraités affiliés, 100 000 dossiers incohérents, 10 000 retraités étiquetés morts à 110 ans par l'algorithme. L'ALGORITHME ET LES MORTS À TORTCascade des dossiers Agirc-Arrco — Source : AFP, 5 mai 2026Étiquetés morts à 110 ans10 000retraités enregistrés en centenaires fictifsRetraités affiliés Agirc-Arrco14 millions– 13,9 millions hors zone risqueDossiers à risque détectés100 000– 90 000 lésés autrementÉtiquetés morts à 110 ans10 000L'algorithme par défautDate de naissance manquante ou aberrante→ âge attribué > 110 ans → décédé probable© SeniorActu.com

Veufs, carrières fragmentées : qui sont les retraités touchés

Deux profils dominent largement la liste des retraités touchés. D'un côté, ceux qui perçoivent une pension de réversion après le décès du conjoint, et qui doivent fournir chaque année un certificat de vie ou une attestation d'existence à leur caisse.

De l'autre, ceux qui ont eu une carrière fragmentée entre privé et public, ou qui ont cotisé brièvement à l'Agirc-Arrco avant de basculer sur un autre régime. Dans les deux cas, c'est une pièce manquante au dossier qui a déclenché la suspension automatique.

L'algorithme ne réclame rien, ne prévient pas. Il coupe.

Selon une source interne citée par l'AFP, un tiers à 40 % des dossiers a déjà été réglé, soit environ 33 000 à 40 000 retraités qui ont vu leur pension rétablie et leurs arriérés versés. Pour les autres, le réexamen se fait au cas par cas et peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois selon la complexité du dossier individuel.

C'est précisément la complexité de ces dossiers anciens, parfois empilés depuis trente ou quarante ans, qui ralentit la machine. Beaucoup remontent à une époque où les bulletins de salaire arrivaient encore par courrier postal et où les fiches étaient gérées à la main.

Comment savoir si vous êtes sur la liste des « morts vivants »

Première vérification, vous-même : ouvrez le portail Mon compte retraite, accessible avec FranceConnect, et regardez si votre relevé Agirc-Arrco affiche bien les versements mensuels attendus depuis janvier. Une coupure ou un montant anormalement bas, c'est le signal qu'un dossier est en suspens dans la machine.

Si vous n'avez pas reçu votre virement mensuel ou si une partie de votre pension complémentaire a disparu de votre relevé bancaire, l'Agirc-Arrco recommande de prendre contact directement via votre espace personnel sur agirc-arrco.fr ou par téléphone.

Pour les dossiers complexes ou en l'absence de réponse rapide, le recours au médiateur de l'Agirc-Arrco reste la voie la plus efficace. La saisine est gratuite, et le délai de réponse moyen tourne autour de trois mois.

Surtout, ne renoncez pas. Le régime a clairement fait savoir qu'il rembourserait l'intégralité des sommes dues, intérêts et arriérés inclus, dès que l'erreur est identifiée.
 

 
Sources :
- AFP, dépêche du 5 mai 2026, source au conseil d'administration Agirc-Arrco
- Les Echos, "Retraites complémentaires Agirc-Arrco : des dizaines de milliers de retraités lésés vont toucher des rappels de pension", 3 mai 2026
- MoneyVox, Boursorama, franceinfo, reprises AFP du 5 mai 2026
- Agirc-Arrco, communication officielle, mai 2026


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