Retraite

Retraite oubliée : ces 230 € par an que 437 000 Français n'ont jamais demandés à leur caisse

Par | Publié le 05/05/2026 à 09:33

Le courrier porte l'en-tête officiel d'Info-Retraite.fr et il annonce qu'une partie de la pension n'a jamais été liquidée. L'Union Retraite vient d'en expédier 227 000 entre l'automne 2025 et la fin du premier trimestre 2026, à des retraités nés entre 1949 et 1955. Mais ce courrier de masse ne couvre pas toutes les situations, et la dernière étude de la Caisse des Dépôts révèle un phénomène autrement plus large que la campagne en cours. Voici qui est concerné, ce que ces oubliés peuvent récupérer, et le contrôle qui lève le doute en un quart d'heure.


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Senior vérifie son relevé de carrière sur Info-Retraite.fr © SeniorActu.com
Senior vérifie son relevé de carrière sur Info-Retraite.fr © SeniorActu.com

Une lettre qui fait le tour des familles depuis l'automne

La lettre est arrivée par courrier postal, en-tête officiel d'Info-Retraite.fr. Elle annonce qu'une pension complémentaire dort encore dans les caisses, jamais réclamée.

Au total, l'Union Retraite a expédié 227 000 courriers de ce type entre l'automne 2025 et la fin du premier trimestre 2026 selon son rapport annuel. Six générations sont concernées : 1949, 1950, 1951, 1952, 1954 et 1955.

Si vous êtes né durant ces années et que rien n'a atterri dans votre boîte aux lettres, vous pourriez croire l'affaire close. Elle ne l'est pas, et c'est précisément ce que ce courrier de masse ne dit pas.

Pourquoi ces pensions restent oubliées dans les caisses

L'Union Retraite, ce groupement d'intérêt public qui chapeaute l'ensemble des caisses de retraite françaises, a fait le tri dans ses bases. Elle a identifié les assurés disposant de droits non réclamés au-delà d'un certain seuil, fixé à 150 € en versement forfaitaire unique ou 12 € par mois de rente.

En dessous, pas de courrier. C'est la première limite, et elle exclut beaucoup de monde.

Cinq régimes sont principalement concernés par cette campagne : la Cipav pour les anciens auto-entrepreneurs, la Cavec pour les experts-comptables radiés, l'Ircantec pour les élus locaux et les agents non titulaires, le Service des retraites de l'État (qui inclut les ex-fonctionnaires liquidés et les bénéficiaires du minimum garanti), et la RAFP pour la retraite additionnelle de la fonction publique.

Tous des régimes secondaires, auxquels on a cotisé brièvement, parfois en début de carrière, et qu'on oublie au moment de demander sa retraite principale.
 

437 000 retraités d'une seule caisse passent à côté de leurs droits

Le phénomène n'est pas anecdotique. La Caisse des Dépôts, qui gère l'Ircantec, a publié en mars 2025 une étude qui éclaire l'ampleur du non-recours.

Sur les 1,59 million d'assurés Ircantec nés entre 1949 et 1954, 437 000 n'ont jamais demandé leur pension complémentaire. Soit un taux de non-recours de 27,5 %.

Pour ces oubliés, le montant moyen de la pension à laquelle ils ont droit s'élève à 230 € bruts par an, soit l'équivalent de 423 points Ircantec acquis durant leur carrière. À titre de comparaison, les nouveaux retraités qui ont liquidé leur pension Ircantec en 2023 touchent en moyenne 810 € bruts par an, parce qu'ils ont cotisé sensiblement plus longtemps.

Et l'Ircantec n'est qu'un régime parmi quatre autres listés par l'Union Retraite. Pour qui a cotisé deux ou trois ans à la Cipav comme auto-entrepreneur, ou siégé un mandat municipal, le montant cumulé peut grimper.

Évolution du taux de non-recours à la pension complémentaire Ircantec selon la génération de naissance, illustrant l'efficacité progressive des campagnes d'information de l'Union Retraite, source Caisse des Dépôts. PENSION IRCANTEC NON RÉCLAMÉE Caisse des Dépôts, Questions Politiques Sociales n°33, 2025 Retraités Ircantec 1949-1954 qui n'ont jamais réclamé 437 000 soit 27,5 % des ayants droit Gén. 1940 Gén. 1949 Gén. 1954 46,8% 26,1% Taux de non-recours par génération Diminution de 20,7 points en 14 ans 227 000 courriers en 2025-2026 Campagne Union Retraite, gén. 1949 à 1955 230 € bruts par an en moyenne Pension non réclamée à l'Ircantec, jusqu'à 810 € © SeniorActu.com

Ce que la précédente campagne de courriers a vraiment rapporté

La précédente vague de courriers, conduite entre mars 2022 et janvier 2024 auprès des générations 1945 à 1948, donne une bonne idée de ce qui se passe ensuite. Sur 70 000 lettres expédiées, 18 000 demandes de pension ont été déposées dans la foulée.

Soit un taux de retour de 25,7 %, considéré comme excellent pour ce type de campagne d'information administrative. Et chez la génération 1947 spécifiquement, 93 % des demandes de pension sont arrivées dans les quatre mois suivant l'envoi du courrier.

Si la mécanique se reproduit à l'identique sur la nouvelle campagne, ce sont environ 58 000 retraités français qui devraient récupérer une pension dans les mois qui viennent. Pour les autres, deux explications : soit ils n'ont pas réagi, soit ils n'ont pas reçu le courrier (adresse périmée, déménagement non signalé, succession en cours).

Le contrôle gratuit qui lève tous les doutes

Voici ce que le courrier ne dit pas : l'Union Retraite n'a contacté que les assurés dont les droits dépassent le seuil des 150 €. En dessous, silence radio.

Pour qui aurait par exemple 8 € par mois oubliés à l'Ircantec après deux ans comme contractuel à la mairie, soit 96 € par an, aucune lettre ne préviendra. Et pourtant, sur quinze ans de retraite, la somme cumulée approche 1 440 €.

La seule manière de lever le doute, c'est de vérifier soi-même son relevé de carrière sur Mon compte retraite, accessible à tous via Info-Retraite.fr.

Le compte se crée gratuitement avec FranceConnect (impôts, Ameli ou identité numérique La Poste). Une fois connecté, le service Ma carrière liste tous les régimes auprès desquels vous avez cotisé, y compris ceux d'une activité secondaire ou de courte durée totalement oubliée.
 

Attention aux faux courriers et aux e-mails frauduleux

Soyez très vigilants car une vague de courriers officiels génère mécaniquement une vague d'arnaques. Les escrocs flairent l'aubaine et lancent des e-mails imitant l'en-tête Info-Retraite.fr, avec un lien malveillant et une demande de coordonnées bancaires pour débloquer la pension oubliée.

La règle est simple : l'Union Retraite n'envoie ses informations que par courrier postal, jamais par e-mail ni par SMS. Et un courrier officiel ne demande jamais de RIB ni de mot de passe.

Si un message électronique vous annonce une pension oubliée, considérez-le par défaut comme une tentative de phishing, ne cliquez sur aucun lien et signalez-le sur la plateforme officielle Pharos.

Un quart d'heure qui peut faire toute la différence

Reste un point qui mérite d'être martelé : aucun régime ne verse une pension sans demande explicite de l'assuré. Même si les droits figurent noir sur blanc sur le relevé de carrière, le versement ne démarrera qu'après une démarche formelle de liquidation.

Un droit non réclamé reste dormant indéfiniment, sans prescription. Vingt ans après la retraite officielle, la pension peut encore être demandée et obtenue rétroactivement.

Pour les générations 1949 à 1955, le moment est plutôt favorable. Les services en ligne sont matures, l'identification via FranceConnect simplifie l'accès, et chaque caisse traite les demandes en quelques mois.

Si vous avez exercé une activité salariée, un mandat public ou indépendant à un moment de votre vie active, ne serait-ce que quelques années, le détour par Info-Retraite.fr vaut le quart d'heure qu'il prend.

Au pire, vous confirmerez que tout est en ordre. Au mieux, vous découvrirez qu'on vous doit de l'argent.

 
Sources :
- Union Retraite, rapport annuel 2026, droits non réclamés campagne 2025-2026
- Caisse des Dépôts, Questions Politiques Sociales n°33, Romane Beaufort, mars 2025
- Service-Public.fr, Mon compte retraite, Direction de l'information légale et administrative, 2025
- Info-Retraite.fr, GIP Union Retraite, accès aux droits non réclamés


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