Arnaques

Arnaque au pneu crevé : sur 2 500 euros dérobés, la règle qui oblige votre banque à vous en rendre 2 450

Par | Publié le 03/08/2026 à 08:25

Elle vient de faire ses courses, elle retrouve sa voiture avec un pneu avant à plat, et un inconnu se propose aussitôt de l'aider. Dans l'Ain, une septuagénaire a découvert à ses dépens que l'arnaque au pneu crevé se joue en quelques minutes, sur un parking de supermarché comme il en existe partout. Reste la question que les faits divers laissent de côté : au bout du compte, qui paie ?

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Une femme vvictime de l'arnaque à la roue crevée - Illustration générée par IA
Une femme vvictime de l'arnaque à la roue crevée - Illustration générée par IA

Dans l'Ain, la roue à plat qui coûte cher

La scène se déroule sur un parking de l'Ain, fin juillet. Une femme de 77 ans termine ses courses, rejoint sa voiture et découvre une roue avant à plat. Un homme s'approche, propose son aide et se penche sur le pneu. Quelques minutes plus tard, l'inconnu s'est volatilisé et 2 500 euros ont quitté son compte.

Or ce pneu n'a pas crevé tout seul. La presse régionale de l'Ain, qui a révélé l'affaire, décrit un scénario que les services de police connaissent sous un nom précis.

Dans l'Ain, la roue à plat qui coûte cher

Le piège se monte en trois temps, et le premier se joue avant même que vous ne sortiez du magasin. Un guetteur repère une personne seule, souvent âgée, puis se place derrière elle à la caisse ou au distributeur pour lire son code à quatre chiffres. Rien ne se passe à cet instant. La victime range ses courses et regagne le parking sans avoir rien remarqué.

Pendant ce temps, un complice s'occupe du véhicule. Une lame, une pointe ou un simple dégonflage suffisent, et le pneu perd sa pression assez lentement pour que la voiture démarre normalement. La panne survient donc à la sortie du parking, ou quelques centaines de mètres plus loin, au moment où le conducteur se retrouve seul et déstabilisé.

Reste le troisième temps, celui qui rapporte. Un homme se présente, propose son aide, s'accroupit près de la roue et occupe le regard. Le sac est resté sur le siège passager, la portière est ouverte, le coffre aussi. La police nationale, qui a diffusé plusieurs alertes sur ce mode opératoire au cours de l'été, insiste sur ce point précis : le vol ne se produit pas pendant la crevaison, il se produit pendant l'aide.

Ce que la loi oblige votre banque à rendre

Voilà ce que les récits de faits divers laissent de côté. Une carte dérobée puis utilisée par un tiers relève des opérations non autorisées, encadrées par le Code monétaire et financier. Dans ce cadre, la règle de départ n'est pas le silence de la banque, c'est le remboursement.

Le montant qui reste à votre charge dépend d'un seul élément : le code confidentiel a-t-il servi ou non. Si les escrocs se sont contentés de paiements sans code, le remboursement est intégral, quelles que soient les sommes dépensées. Si le code a été composé avant votre opposition, la loi laisse 50 euros à votre charge et le reste doit vous être rendu. Rapportée à un préjudice de 2 500 euros, cette règle laisse 2 450 euros à rembourser.

Reste la porte de sortie que les banques empruntent : la négligence grave. Un code noté au dos de la carte, une opposition traînante, et le refus devient possible. Mais la charge de la preuve ne pèse pas sur vous, et c'est là que tout se joue. Comme le précise Service Public dans sa fiche sur le vol de carte bancaire, c'est à la banque de démontrer cette faute, pas à vous de démontrer votre prudence.
  Une fois la contestation reçue, l'établissement doit recréditer les sommes immédiatement, et au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant, agios compris. Vous disposez ensuite de treize mois pour contester une opération frauduleuse sur votre relevé. Sauf que ce délai court à partir du débit, pas à partir du jour où vous ouvrez l'enveloppe.

270 retraits frauduleux par jour aux distributeurs

Ce type de vol pèse plus lourd qu'il n'y paraît. Au premier semestre 2025, les distributeurs automatiques français ont enregistré 48 774 retraits frauduleux pour 19,76 millions d'euros, d'après les données de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France. Ramené au calendrier, cet ensemble représente près de 270 retraits frauduleux par jour aux distributeurs.

Le montant moyen de chacun de ces retraits atteint 405 euros, contre 363 euros un an plus tôt. Donc chaque opération frauduleuse rapporte 42 euros de plus qu'à la même période de 2024, soit une progression de près de 12 %. Les 2 500 euros perdus dans l'Ain équivalent ainsi à un peu plus de six retraits de ce type, enchaînés en quelques minutes.

Or la fraude à la carte n'a jamais été aussi basse en France, avec un taux passé sous 0,05 % pour la première fois. Le paradoxe est moins étrange qu'il n'en a l'air. Les protections déployées ces dernières années visent les paiements à distance et l'authentification en ligne, pas le trottoir. Une carte physique dérobée avec son code échappe à ces filets, parce qu'aux yeux du système la transaction reste parfaitement régulière.

Le parking, puis l'heure qui suit

Sur un parking, la parade tient à peu de chose. Verrouiller la voiture pendant le changement de roue paraît absurde quand on tourne autour du véhicule, et c'est pourtant le seul geste qui protège le sac resté à l'intérieur. Le deuxième consiste à décliner l'aide spontanée d'un inconnu, quitte à patienter le temps qu'arrive l'assistance de votre assurance ou un proche.

Reste le passage en caisse et au distributeur, là où le code se donne sans y penser. Masquer le clavier avec l'autre main coûte une seconde et supprime le premier maillon de la chaîne. Un pneu à plat découvert juste après des courses mérite d'ailleurs un regard sur le flanc, parce qu'une entaille nette ne ressemble en rien à une crevaison de route.
  Si le vol a eu lieu, l'heure qui suit compte plus que tout le reste. L'opposition se fait auprès de votre banque ou du serveur interbancaire au 0 892 705 705, joignable en permanence, et le numéro d'enregistrement remis à cette occasion date la démarche. Vient ensuite la plainte en gendarmerie ou en commissariat, dont le récépissé accompagne la demande de remboursement. Un courrier recommandé qui liste chaque opération contestée referme le dossier.

Le voleur mise sur le temps qu'il vous faudra pour comprendre. Chaque minute gagnée entre le parking et l'opposition réduit la somme qu'il aura le loisir de retirer, et déplace la discussion avec votre banque du terrain de la négligence vers celui du simple constat.

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