- Un médicament existant, détourné de son usage initial, a montré des résultats spectaculaires contre l'apnée obstructive du sommeil
- Après 50 ans, près d'une personne sur cinq est touchée par ce syndrome — et la moitié des patients abandonnent le seul traitement disponible
- L'essai n'en est qu'à une étape intermédiaire : un détail dans le protocole limite encore la portée de ces résultats
Un comprimé qui change la donne
Jusqu'ici, les patients souffrant d'apnée obstructive du sommeil n'avaient qu'une seule option réellement efficace : le masque à pression positive continue (PPC), porté chaque nuit. Problème : l'appareil est encombrant, bruyant pour certains, et difficile à supporter sur la durée. Résultat : près d'un patient sur deux finit par abandonner ce traitement dans les premières années.
Un essai clinique européen publié dans la revue The Lancet vient de bousculer ce constat. Un simple comprimé, pris une fois par jour au coucher, a permis de réduire de 47 % les interruptions respiratoires nocturnes chez des patients atteints d'apnée modérée à sévère.
Un essai clinique européen publié dans la revue The Lancet vient de bousculer ce constat. Un simple comprimé, pris une fois par jour au coucher, a permis de réduire de 47 % les interruptions respiratoires nocturnes chez des patients atteints d'apnée modérée à sévère.
Comment un antiépileptique agit sur la respiration nocturne
Le médicament testé s'appelle le sulthiame. Ce n'est pas une molécule nouvelle. Il est utilisé depuis des décennies dans le traitement de certaines formes d'épilepsie infantile.
Son mode d'action est ciblé : il appartient à la classe des inhibiteurs de l'anhydrase carbonique. Concrètement, il stabilise le contrôle de la ventilation pendant le sommeil. Chez les patients apnéiques, le système qui régule les échanges entre oxygène et CO2 est instable. Cette instabilité provoque des cycles d'hyperventilation suivis d'arrêts respiratoires. Le sulthiame réduit cette instabilité et améliore le tonus musculaire des voies aériennes supérieures, ce qui diminue le risque d'effondrement du pharynx pendant la nuit.
Son mode d'action est ciblé : il appartient à la classe des inhibiteurs de l'anhydrase carbonique. Concrètement, il stabilise le contrôle de la ventilation pendant le sommeil. Chez les patients apnéiques, le système qui régule les échanges entre oxygène et CO2 est instable. Cette instabilité provoque des cycles d'hyperventilation suivis d'arrêts respiratoires. Le sulthiame réduit cette instabilité et améliore le tonus musculaire des voies aériennes supérieures, ce qui diminue le risque d'effondrement du pharynx pendant la nuit.
Les seniors en première ligne
L'apnée du sommeil touche entre 4 % et 10 % de la population adulte en France, soit 2,5 à 6,4 millions de personnes. Mais c'est après 50 ans que la prévalence explose. Selon l'Inserm, 19,7 % des 45-64 ans et 30,5 % des plus de 65 ans sont concernés.
Chez les personnes âgées, le relâchement musculaire lié au vieillissement aggrave le phénomène. Et le diagnostic reste insuffisant : beaucoup de seniors attribuent leur fatigue, leurs troubles de mémoire ou leur somnolence diurne au simple effet de l'âge. Or ces symptômes sont souvent le signe d'un syndrome d'apnées non diagnostiqué.
Chez les personnes âgées, le relâchement musculaire lié au vieillissement aggrave le phénomène. Et le diagnostic reste insuffisant : beaucoup de seniors attribuent leur fatigue, leurs troubles de mémoire ou leur somnolence diurne au simple effet de l'âge. Or ces symptômes sont souvent le signe d'un syndrome d'apnées non diagnostiqué.
Ce que montrent concrètement les résultats
L'essai clinique FLOW a été mené dans cinq pays européens, sur 298 patients adultes souffrant d'apnée modérée à sévère, pendant 15 semaines. Trois dosages ont été testés : 100 mg, 200 mg et 300 mg, pris une fois par jour au coucher.
Les résultats sont nets. Aux doses les plus élevées, les patients ont connu une réduction allant jusqu'à 47 % de l'indice d'apnées-hypopnées (le nombre de pauses respiratoires par heure de sommeil). L'oxygénation sanguine nocturne s'est également améliorée de façon significative. Les effets indésirables sont restés majoritairement bénins et transitoires, le plus fréquent étant des paresthésies (sensations de fourmillements).
Les résultats sont nets. Aux doses les plus élevées, les patients ont connu une réduction allant jusqu'à 47 % de l'indice d'apnées-hypopnées (le nombre de pauses respiratoires par heure de sommeil). L'oxygénation sanguine nocturne s'est également améliorée de façon significative. Les effets indésirables sont restés majoritairement bénins et transitoires, le plus fréquent étant des paresthésies (sensations de fourmillements).
PPC Masque de nuit
Taux d'abandon
~50 % dans les premières années
Contrainte
Masque porté chaque nuit
Sulthiame Comprimé oral (essai)
Réduction des apnées
Jusqu'à -47 % (phase 2)
Tolérance
Effets bénins et transitoires
Ce que cela change pour les patients
Faut-il jeter son masque PPC ? Non. Le sulthiame n'est pas encore approuvé pour le traitement de l'apnée du sommeil. L'essai FLOW est une étude de phase 2, conçue pour tester les doses et la tolérance. Des essais plus vastes et plus longs sont nécessaires avant une éventuelle mise sur le marché.
Mais cette avancée s'inscrit dans un mouvement plus large. Plusieurs autres molécules sont en cours de développement. L'une d'elles, l'AD109 (association d'aroxybutynine et d'atomoxétine), cible un mécanisme différent : la dysfonction neuromusculaire des voies aériennes. Un autre candidat, l'IHL-42X, a achevé sa phase 2 avec des résultats positifs en 2025 et progresse vers la phase 3. Et depuis décembre 2024, le tirzepatide (Zepbound) est devenu le premier médicament approuvé pour l'apnée du sommeil — mais uniquement chez les patients obèses, via la perte de poids.
En attendant, si vous portez un masque PPC et que vous éprouvez des difficultés, parlez-en à votre médecin du sommeil. Des ajustements (masque, pression, humidificateur) peuvent améliorer significativement le confort.
Mais cette avancée s'inscrit dans un mouvement plus large. Plusieurs autres molécules sont en cours de développement. L'une d'elles, l'AD109 (association d'aroxybutynine et d'atomoxétine), cible un mécanisme différent : la dysfonction neuromusculaire des voies aériennes. Un autre candidat, l'IHL-42X, a achevé sa phase 2 avec des résultats positifs en 2025 et progresse vers la phase 3. Et depuis décembre 2024, le tirzepatide (Zepbound) est devenu le premier médicament approuvé pour l'apnée du sommeil — mais uniquement chez les patients obèses, via la perte de poids.
En attendant, si vous portez un masque PPC et que vous éprouvez des difficultés, parlez-en à votre médecin du sommeil. Des ajustements (masque, pression, humidificateur) peuvent améliorer significativement le confort.
Ce que le sulthiame ne résout pas encore
Le sulthiame ne cible qu'un seul des mécanismes de l'apnée obstructive : l'instabilité ventilatoire. Or cette pathologie est causée par plusieurs facteurs combinés (anatomie des voies aériennes, tonus musculaire, contrôle neuronal, poids corporel). Une seule molécule ne suffira probablement pas.
Autre limite : dans un essai préliminaire plus court, les scores de somnolence diurne et de qualité de vie n'avaient pas significativement bougé. Autrement dit, réduire les apnées ne se traduit pas automatiquement par un meilleur ressenti au quotidien — du moins pas encore avec ces durées d'observation.
Le chemin vers un traitement oral généralisé reste long. Mais pour les chercheurs, la question n'est plus de savoir si un tel traitement arrivera — mais lequel, et quand.
Autre limite : dans un essai préliminaire plus court, les scores de somnolence diurne et de qualité de vie n'avaient pas significativement bougé. Autrement dit, réduire les apnées ne se traduit pas automatiquement par un meilleur ressenti au quotidien — du moins pas encore avec ces durées d'observation.
Le chemin vers un traitement oral généralisé reste long. Mais pour les chercheurs, la question n'est plus de savoir si un tel traitement arrivera — mais lequel, et quand.
Ce qu'il faut retenir
- Le sulthiame, un médicament existant, a réduit jusqu'à 47 % les pauses respiratoires nocturnes dans un essai européen de phase 2 publié dans The Lancet
- Après 50 ans, l'apnée du sommeil touche près d'une personne sur cinq — et plus de 30 % des plus de 65 ans
- Le masque PPC reste le traitement de référence, mais son taux d'abandon est très élevé — d'où l'intérêt d'un traitement oral
- Le sulthiame n'est pas encore approuvé : des essais plus longs sont nécessaires avant une mise sur le marché
- Plusieurs autres molécules sont en développement, chacune ciblant un mécanisme différent de l'apnée
Sources :
- Randerath W. et al., « Sultiame once per day in obstructive sleep apnoea (FLOW) », The Lancet, volume 406, octobre 2025
- Inserm, « Syndrome d'apnées du sommeil », dossier d'information, consulté en mars 2026
- University of Gothenburg / ScienceDaily, communiqué de presse, mars 2026
- Apnimed Inc., communiqué de presse, novembre 2025
- Randerath W. et al., « Sultiame once per day in obstructive sleep apnoea (FLOW) », The Lancet, volume 406, octobre 2025
- Inserm, « Syndrome d'apnées du sommeil », dossier d'information, consulté en mars 2026
- University of Gothenburg / ScienceDaily, communiqué de presse, mars 2026
- Apnimed Inc., communiqué de presse, novembre 2025


