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Alzheimer : ce traitement expérimental a réussi ce qu'aucun médicament n'a obtenu en vingt ans

Depuis vingt ans, la recherche s'acharne à nettoyer les plaques qui envahissent le cerveau des malades. Les résultats plafonnent. Une équipe européenne vient de prendre le problème à rebours, et les premières données obtenues sur l'animal sont sans précédent.


Alzheimer : un traitement expérimental  prometteur © SeniorActu
Alzheimer : un traitement expérimental prometteur © SeniorActu

Pourquoi les traitements actuels déçoivent depuis vingt ans

Le paradoxe est brutal. Depuis deux décennies, la quasi-totalité des médicaments développés contre Alzheimer visent la même cible : des amas de protéines toxiques (appelés plaques amyloïdes) qui s'accumulent dans le cerveau des malades. Le raisonnement paraissait logique, car ces dépôts sont le signe le plus visible de la maladie.

Or les résultats, eux, sont restés décevants. Les deux traitements les plus récents (lecanemab et donanemab) ne ralentissent le déclin cognitif que de 27 à 35 % selon les données des essais cliniques. Aucun ne l'inverse. Et tous deux s'accompagnent d'effets secondaires parfois lourds, pour un bénéfice que les patients peinent souvent à percevoir au quotidien.

Autrement dit, la stratégie dominante revient à éponger l'eau sur le sol sans jamais chercher d'où vient la fuite. C'est exactement ce constat qui a poussé une équipe de l'Institut des Neurosciences de l'Université de Barcelone à changer de terrain de jeu. En France, 1,4 million de personnes vivent avec Alzheimer ou une maladie apparentée, et plus du double accompagnent un proche au quotidien.

Le mécanisme que personne ne regardait

Vous ignorez sans doute ce détail, car il reste absent des conversations grand public : dans le cerveau d'un malade d'Alzheimer, ce ne sont pas seulement ces protéines toxiques qui posent problème. Ce sont les gènes eux-mêmes qui cessent de fonctionner. Une enzyme appelée G9a s'emballe et éteint des gènes essentiels à la formation de vos souvenirs et à la capacité de vos neurones à communiquer entre eux.

Jugez-en plutôt : ces gènes sont toujours là, intacts dans votre ADN. Sauf qu'un système de commandes biologiques (que les chercheurs appellent l'épigénome) les réduit au silence, comme si quelqu'un avait baissé tous les interrupteurs d'un coup. Sans ces gènes actifs, vos neurones perdent leur capacité à créer de nouvelles connexions.

C'est là qu'intervient le traitement FLAV-27, mis au point par l'équipe de Christian Griñán et Mercè Pallàs à Barcelone. Au lieu de nettoyer les protéines toxiques en bout de chaîne, ce traitement bloque l'enzyme G9a en lui coupant l'accès au carburant dont elle a besoin pour fonctionner. Privée de ce carburant, l'enzyme lâche prise, et les gènes de la mémoire se rallument.

Des souris qui retrouvent la mémoire, vraiment

Les résultats publiés dans la revue Molecular Therapy dépassent ce que l'équipe espérait. Car FLAV-27 n'a pas simplement réduit les marqueurs biologiques de la maladie chez la souris. Il a restauré les capacités cognitives : mémoire spatiale, mémoire à long terme, comportement social, connexions entre neurones.

Mieux encore : chez de petits organismes de laboratoire, le traitement a amélioré la mobilité et prolongé la durée de vie. Chez des modèles de souris reproduisant des formes précoces et tardives d'Alzheimer, le résultat est le même : une récupération fonctionnelle, pas seulement une amélioration sur le papier.

Et voici le point décisif : en corrigeant le dérèglement des gènes, FLAV-27 a aussi fait baisser les fameuses plaques toxiques et la protéine tau, deux marqueurs que la recherche considérait jusqu'ici comme la cause de la maladie. Et si c'étaient des conséquences d'un problème situé en amont ? Si cette hypothèse se confirme chez l'humain, c'est toute la stratégie thérapeutique des vingt dernières années qui devra être repensée.
 
⚠️ Traitements actuels
⚠️
Lecanemab / DonanemabRalentissent le déclin de 27 à 35 %
⚠️
CibleProtéines toxiques uniquement
⚠️
Inversion du déclinJamais observée
✅ FLAV-27 (modèle animal)
RésultatRécupération cognitive complète chez la souris
CibleGènes éteints par la maladie (épigénome)
Effet sur les plaquesRéduction indirecte confirmée

Un test sanguin pour savoir si ça marche

Si vous avez suivi ces annonces successives sur Alzheimer, vous connaissez la faiblesse récurrente : aucun outil simple ne permet de mesurer si le médicament agit vraiment. Vous prenez un traitement pendant des mois, et personne ne peut vous dire avec certitude s'il modifie quoi que ce soit dans votre cerveau.

L'équipe de Barcelone apporte ici une avancée qui pourrait compter autant que le traitement lui-même. Les chercheurs ont identifié trois indicateurs mesurables dans le sang dont les niveaux sont élevés chez les malades et corrèlent directement avec la sévérité des symptômes.

Or quand FLAV-27 est administré, ces indicateurs reviennent à la normale en même temps que les fonctions cognitives se restaurent. Vous l'avez compris : un simple test sanguin suffirait pour sélectionner les patients éligibles, puis suivre l'efficacité du traitement semaine après semaine. C'est un changement radical par rapport aux médicaments actuels, dont le suivi repose sur l'imagerie cérébrale.

Quand pourra-t-on en bénéficier

Reste la question que nous nous posons tous : quand ? FLAV-27 se trouve en phase préclinique avancée. Les prochaines étapes sont des études de toxicologie sur au moins deux espèces animales, la mise au point de la forme pharmaceutique, puis le dépôt du dossier réglementaire. Ce processus prend des années.

Sauf que cette fois, un élément accélère la donne : Flavii Therapeutics, spin-off de l'Université de Barcelone fondée en 2025, détient la licence exclusive et pilote le développement clinique. Le passage du laboratoire académique à une structure dédiée est le point où les traitements prometteurs s'enlisent d'habitude, car sans financement ciblé, les essais humains ne démarrent jamais.

La prudence s'impose. Une souris n'est pas un humain, et des dizaines de traitements prometteurs n'ont jamais franchi le cap des essais cliniques. Mais le signal envoyé par FLAV-27 dépasse la simple publication : il remet en cause l'hypothèse dominante de la recherche sur Alzheimer depuis vingt ans. Et pour les 1,4 million de Français concernés, c'est une raison concrète de suivre cette piste de très près.
 

CE QU'IL FAUT RETENIR

  1. Le traitement FLAV-27, développé à l'Université de Barcelone, cible les gènes éteints par la maladie au lieu de s'attaquer aux protéines toxiques comme les traitements actuels.
  2. Chez la souris, il a restauré les capacités cognitives (mémoire, comportement social, connexions neuronales) et réduit les marqueurs classiques de la maladie.
  3. Des indicateurs mesurables dans le sang ont été identifiés pour suivre l'efficacité du traitement, ce qui faciliterait les futurs essais cliniques.
  4. Les essais chez l'humain ne sont pas encore lancés. La société Flavii Therapeutics pilote le développement, mais plusieurs années seront nécessaires avant toute application.

 
Sources :
- Bellver-Sanchis A. et al., "First-in-class SAM-competitive G9a inhibitor FLAV-27 as a disease-modifying therapy for Alzheimer disease", Molecular Therapy, décembre 2025
- Institut des Neurosciences de l'Université de Barcelone (UBneuro), communiqué du 13 mars 2026
- France Alzheimer, "1,4 million de personnes malades en 2025", mars 2025


Par | Publié le 05/04/2026 à 16:45

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