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Alzheimer : ces cellules méconnues pourraient expliquer la progression de la maladie

Par | Publié le 06/03/2026 à 11:07

Une équipe française de l'Inserm vient d'identifier des cellules jusqu'ici ignorées dans Alzheimer. Leur rôle dans l'accumulation de la protéine Tau ouvre une piste thérapeutique inédite.


Des cellules que personne ne soupçonnait dans Alzheimer

Elles s'appellent les tanycytes. Jusqu'à cette semaine, aucune étude ne les avait associées à la maladie d'Alzheimer. C'est désormais chose faite.

Une équipe de l'Inserm, de l'Université de Lille et du CHU de Lille vient de montrer que ces cellules jouent un rôle clé dans l'évacuation de la protéine Tau hors du cerveau. Quand elles sont endommagées, cette protéine s'accumule. Et c'est précisément cette accumulation qui est associée à la progression de la maladie.

Les résultats, publiés le 5 mars 2026 dans la revue Cell Press Blue, concernent potentiellement les 1,4 million de Français touchés par Alzheimer ou une maladie apparentée. L'équipe de Vincent Prévot, directeur de recherche Inserm, travaille sur ces cellules depuis plus de vingt ans.
Chercheur observant des cellules cérébrales au microscope © SeniorActu
Chercheur observant des cellules cérébrales au microscope © SeniorActu

Comment ces cellules évacuent une protéine toxique

Les tanycytes sont des cellules dotées de longs prolongements, comme des bras. Elles font le lien entre le liquide céphalorachidien (qui circule dans le cerveau) et le système sanguin. On les connaissait déjà pour leur rôle dans le transport de la leptine, l'hormone de la satiété.

Concrètement, ce que montre l'étude : les tanycytes capturent la protéine Tau dans le liquide céphalorachidien, la transportent le long de leurs prolongements, puis la déversent dans le sang. Ce mécanisme a été visualisé grâce à des techniques de fluorescence. Il permet au cerveau de se débarrasser de cette protéine.

Pour le vérifier, les chercheurs ont bloqué le transport des tanycytes en utilisant la toxine botulique par voie génétique. Résultat : l'évacuation de Tau vers le sang cessait complètement.

Qui est directement concerné par cette avancée

Cette découverte touche toutes les personnes atteintes d'Alzheimer et leurs proches. La maladie est rare avant 65 ans. Après cet âge, elle concerne 2 à 4 % de la population. Sa fréquence atteint 23 % de la population à 80 ans.

Vous avez un parent, un conjoint ou un proche touché ? Cette avancée change la façon dont les chercheurs envisagent le mécanisme de la maladie. Et donc, à terme, les pistes pour la ralentir.

Sur les 1,4 million de personnes concernées en France, seules 35 % ont reçu un diagnostic formel. Les femmes représentent 65 % des malades.

Ce que les chercheurs ont observé chez l'humain

L'équipe de Vincent Prévot ne s'est pas arrêtée au modèle animal. Sur des souris présentant un niveau élevé de protéine Tau, le blocage des tanycytes accélérait l'apparition des symptômes de démence.

Puis les chercheurs ont étudié les cerveaux de personnes décédées des suites d'Alzheimer. Les tanycytes étaient bien présentes. Mais leurs prolongements étaient fragmentés. La voie de communication entre le liquide céphalorachidien et le sang était interrompue.

Point essentiel : cette altération semble propre à Alzheimer. Les chercheurs ne l'ont pas retrouvée dans les cerveaux de patients décédés d'autres formes de démences. Une spécificité qui renforce l'intérêt de cette piste.

Une piste thérapeutique, pas encore un traitement

Ces résultats suggèrent que les tanycytes pourraient devenir une nouvelle cible thérapeutique. Maintenir leur bon fonctionnement pourrait, à terme, contribuer à prévenir ou ralentir l'accumulation de Tau dans le cerveau.

Mais il ne s'agit pas d'un traitement disponible. La recherche est encore à un stade fondamental. L'étude a été financée par la communauté européenne (projet ERC Synergy WATCH) et la Fondation pour la recherche médicale. Elle devra être confirmée par d'autres travaux et, éventuellement, par des essais cliniques.

Pour suivre les avancées sur Alzheimer, vous pouvez consulter le dossier dédié de l'Inserm, régulièrement mis à jour.

Ce que cette étude ne permet pas encore de savoir

Il s'agit d'une association observée entre la dégradation des tanycytes et la progression d'Alzheimer. Les chercheurs n'ont pas encore établi si cette dégradation est une cause directe de la maladie ou une conséquence de celle-ci. D'autres facteurs — génétiques, environnementaux, liés au vieillissement — pourraient intervenir dans ce processus.

L'étude a été menée chez l'animal puis confirmée sur des cerveaux humains post-mortem. Reste une question ouverte : est-il possible de protéger ou de restaurer ces cellules chez une personne vivante ? C'est la prochaine étape de la recherche. Et c'est ce qui déterminera si cette piste débouche un jour sur un traitement concret.

Ce qu'il faut retenir

  1. Des chercheurs de l'Inserm à Lille ont identifié le rôle des tanycytes dans l'évacuation de la protéine Tau hors du cerveau
  2. Quand ces cellules sont endommagées, la protéine Tau s'accumule — un mécanisme associé à la progression d'Alzheimer
  3. Cette altération semble spécifique à Alzheimer et n'a pas été retrouvée dans d'autres démences
  4. Les tanycytes pourraient devenir une nouvelle cible thérapeutique à long terme
  5. L'étude a été publiée le 5 mars 2026 dans la revue Cell Press Blue

Sources

- Communiqué de presse de l'Inserm, 5 mars 2026
- Sauvé F. et al., "Tanycytic degeneration impairs tau clearance and contributes to Alzheimer's disease pathology", Cell Press Blue, 5 mars 2026
- Inserm, dossier "Maladie d'Alzheimer"
- France Alzheimer, prévalence 2025


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