Argent et patrimoine

Aide à domicile : à six semaines de la bascule Urssaf, 348 000 retraités ignorent qu'ils peuvent l'éviter

Par | Publié le 21/05/2026 à 07:00

À J-42 de la bascule, l'Urssaf vient de trancher : le 1er juillet 2026, 348 000 particuliers employeurs âgés de 70 à 79 ans perdront leur exonération de cotisations patronales. Sur la table, la facture de leur aide à domicile va grimper de 15 %, autour de 124 € par mois. La direction de la Sécurité sociale économise ainsi 100 millions d'euros par an sur le dos des retraités les plus modestes. Sauf qu'une porte de sortie existe, ouverte à qui sait y frapper avant le 30 juin.

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Aide à domicile : à six semaines de la bascule Urssaf, © SeniorActu.com
Aide à domicile : à six semaines de la bascule Urssaf, © SeniorActu.com

Le décret est confirmé, la rétroactivité est tombée

Le décret n° 2026-261 du 8 avril 2026 a fait beaucoup de bruit à sa publication, principalement parce qu'il prévoyait une application rétroactive au 1er janvier 2026. Quatre mois de cotisations à régulariser, des dizaines de milliers de ménages prévenus à postériori : la fronde du secteur a été immédiate.

Le 29 avril, l'Urssaf a fini par publier un communiqué qui change tout — sans pour autant mettre à jour ses propres fiches officielles. La rétroactivité disparaît, l'application est repoussée au 1er juillet 2026, et aucune régularisation ne sera demandée pour les six premiers mois de l'année.

Reste l'essentiel : à partir de la période déclarative de juillet 2026, l'exonération automatique liée à l'âge passe de 70 à 80 ans. Et là, les particuliers employeurs n'ont plus que six semaines pour engager la seule démarche qui leur permettra encore d'y échapper.

Ce que la mesure rapporte à l'État, ce qu'elle coûte aux 348 000 concernés

La direction de la Sécurité sociale a chiffré l'économie attendue à 100 millions d'euros par an. La cible : 348 000 particuliers employeurs âgés de 70 à 79 ans, qui bénéficiaient jusqu'ici d'une exonération automatique de cotisations patronales dès le passage des 70 ans, sans condition de ressources ni d'autonomie.

Le ministère du Travail a justifié la mesure par un argument simple : l'espérance de vie en bonne santé s'est allongée, et il n'est plus cohérent qu'une exonération pensée pour les plus fragiles bénéficie à des retraités encore autonomes. Le seuil monte donc à 80 ans à compter du 1er juillet, et pour les couples, il suffit qu'un seul des deux conjoints ait atteint cet âge pour conserver le droit.

La présidente de la Fédération des particuliers employeurs (Fepem), Julie L'Hotel Delhoume, a chiffré le surcoût : pour un salaire horaire net de 14 €, le coût réel après crédit d'impôt passe de 10,62 € à 12,21 € de l'heure travaillée. Soit une hausse de 15 % du reste à charge horaire, et autour de 124 € de plus chaque mois pour un emploi à temps partiel classique.

La porte de sortie : l'APA, même en GIR 5 ou 6

Un senior bénéficiant de l'aide à domicile © SeniorActu.com
Un senior bénéficiant de l'aide à domicile © SeniorActu.com
Le décret a beau verrouiller l'âge, il laisse intactes plusieurs autres portes d'entrée à l'exonération, toutes liées à la perte d'autonomie ou au handicap. La première : toute personne qui perçoit l'Allocation personnalisée d'autonomie (APA) conserve l'exonération totale, mais à une condition stricte que beaucoup ignorent — l'APA n'est attribuée qu'à compter du GIR 4, jamais en GIR 5 ou GIR 6.

Concrètement, un retraité encore autonome qui souhaiterait simplement déposer un dossier APA « par précaution » se verra notifier un refus deux à trois mois plus tard. La grille AGGIR est sans appel : seules les pertes d'autonomie significatives ouvrent le droit, et le délai d'instruction de deux mois grignote déjà la fenêtre avant le 1er juillet.

Pour les retraités de 70 à 79 ans qui ne sont pas éligibles à l'APA, la porte la plus large reste pourtant ouverte. Elle s'appelle l'obligation de recourir à l'assistance d'une tierce personne pour les actes ordinaires de la vie, applicable dès 62 ans, et qui se demande directement au Cesu URSSAF sur la base d'un certificat médical détaillé.
 

D'autres profils bénéficient également du maintien de l'exonération malgré la nouvelle borne d'âge. Les titulaires de la Prestation de compensation du handicap (PCH), les bénéficiaires de la Prestation complémentaire pour recours à tierce personne (PCRTP, ex-MTP), les titulaires d'une pension d'invalidité avec majoration pour tierce personne, et les détenteurs d'une carte mobilité inclusion mention invalidité avec un taux d'incapacité de 80 % ou plus.

L'arithmétique de la hausse — entre 1 000 et 1 500 € sur l'année

Pour les retraités qui ne peuvent activer aucune de ces portes de sortie, l'arithmétique tourne vite à leur défaveur. Ramenée à la consommation moyenne d'un senior employeur, soit environ dix heures déclarées par semaine, la hausse atteint 100 à 130 € par mois, soit entre 1 000 et 1 500 € sur l'année.

Le risque redouté par la Fédération des particuliers employeurs, qui appuie ses chiffres sur la fiche officielle Service-Public, est le basculement d'une partie des heures vers le travail non déclaré. L'Observatoire de l'emploi à domicile a chiffré l'impact à 5,7 millions d'heures de travail détruites, soit l'équivalent de 3 086 emplois à temps plein dans un secteur qui en compte déjà 1,3 million.

Trois profils-types se dégagent face à la réforme. Chacun appelle une réponse différente, et il faut s'y situer vite pour engager le bon réflexe avant juillet.

Calendrier de la bascule Urssaf du 1er juillet 2026 : trois étapes entre la situation actuelle, le délai de deux mois pour faire reconnaître l'obligation d'une tierce personne ou activer une demande d'APA en cas de dépendance avérée, et la perte d'exonération qui entraîne 124 euros de hausse mensuelle. BASCULE URSSAF DU 1ER JUILLET 2026 Calendrier et impact pour les 348 000 retraités de 70-79 ans 1 Aujourd'hui — Mi-mai 2026 J-42 Exonération encore acquise pour les particuliers employeurs 70+ Décret n° 2026-261, sans rétroactivité 2 Démarche tierce personne 2 mois Certificat médical détaillé + demande Cesu URSSAF Ou APA si perte d'autonomie GIR 1 à 4 APA refusée en GIR 5 ou 6, vérifier l'éligibilité 3 1er juillet 2026 — Bascule 80 ans Nouveau seuil d'âge automatique Sans dérogation : exonération perdue Hausse de 15 % du coût horaire déclaré Surcoût mensuel typique pour les 70-79 ans 124 € / mois soit 1 000 à 1 500 € de plus sur l'année © SeniorActu.com
 
Profil 1 ✅ Exonération maintenue
👤
Vous êtes
Bénéficiaire APA (GIR 1-4), PCH, PCRTP ou CMI invalidité 80 %
💶
Votre reste à charge
Inchangé : 10,62 € de l'heure déclarée
Profil 2 📝 Démarche à engager
👤
Vous êtes
70-79 ans avec besoin avéré d'une tierce personne (toilette, habillage, repas)
⏱️
Votre fenêtre
Certificat médical + demande Cesu URSSAF sous 2 mois
Profil 3 📈 Hausse de 15 %
👤
Vous êtes
70-79 ans autonome, sans dépendance reconnue ni invalidité
💶
Votre surcoût annuel
1 000 à 1 500 € selon le volume d'heures

Les démarches à engager dès maintenant

Si vous êtes concerné par la hausse, la première démarche utile consiste à vérifier votre éligibilité à l'APA. Le formulaire est disponible auprès de votre conseil départemental ou du centre communal d'action sociale de votre commune, et le seul critère évalué est la perte d'autonomie selon la grille AGGIR.

En parallèle, plusieurs leviers existent pour amortir le coût mensuel si l'exonération vous échappe en juillet.

L'avance immédiate du crédit d'impôt service à la personne, accessible via le portail Urssaf, permet d'en bénéficier chaque mois plutôt que d'attendre la déclaration annuelle — soit 50 % des dépenses restituées dès le paiement de la facture.

Le passage en mode prestataire, via une structure agréée, peut aussi changer la donne pour certains profils. Les tarifs de ces structures sont encadrés et ne suivent pas le même mécanisme de cotisations patronales que l'emploi direct en Cesu.

Reste à voir comment l'Urssaf appliquera concrètement la bascule du 1er juillet, sachant que ses propres fiches officielles n'ont toujours pas été mises à jour à la mi-mai. Pour les retraités en mesure d'engager une démarche APA, l'arbitrage est clair : le délai de deux mois reste préférables aux 1 500 € annuels qui se profilent en cas d'inaction.
 

 
Sources :
- Décret n° 2026-261 du 8 avril 2026 modifiant l'article L. 241-10 du code de la sécurité sociale, JORF 10 avril 2026 - Service-Public.gouv.fr, actualité A18875, fiche fiscalité publiée le 15 avril 2026 - Urssaf, communiqué Évolution de l'exonération de cotisations patronales liée à l'âge, 29 avril 2026 - Fepem (Fédération des particuliers employeurs), chiffrage du surcoût horaire et alerte sectorielle, avril 2026 - Observatoire de l'emploi à domicile, estimation impact décret 2026-261, avril 2026 - Question écrite n° 14530 du député Thibault Bazin, Assemblée nationale, 22 avril 2026

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