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Bercy célèbre un record que les seniors paient au prix fort
Le ministère de l'Économie a publié dimanche 17 mai un communiqué triomphant. 150,4 milliards d'euros d'encours, 12,9 millions de titulaires, une progression de 20 % en un an : le plan d'épargne retraite (PER) franchit un cap symbolique six ans après sa création.
Roland Lescure, ministre de l'Économie, parle d'un succès qui « finance directement les entreprises » à hauteur de 60 % des actifs. Les chiffres sont solides : les PER individuels portent l'essentiel du record avec 88,5 milliards d'euros d'encours, soit +21 % sur l'année. La fiche complète est publiée sur le site de Bercy.
Sauf que le communiqué oublie un détail. Le PER qui célèbre son record est devenu, depuis le 1er janvier 2026, un produit fiscalement appauvri pour la tranche d'âge qui en avait fait sa spécialité. La loi de finances promulguée le 19 février 2026 a retiré aux versements effectués après 70 ans leur principal atout : la déductibilité du revenu imposable.
Le ministère n'en parle pas. Les médias qui ont relayé le record non plus. Or c'est précisément cette niche fiscale qui faisait du PER, depuis 2019, un outil patrimonial taillé pour les jeunes retraités en bonne santé financière. Le succès affiché en 2025 capture donc un état révolu du dispositif. Le PER de 2026 n'est plus celui qui a fabriqué le record de 2025.
Roland Lescure, ministre de l'Économie, parle d'un succès qui « finance directement les entreprises » à hauteur de 60 % des actifs. Les chiffres sont solides : les PER individuels portent l'essentiel du record avec 88,5 milliards d'euros d'encours, soit +21 % sur l'année. La fiche complète est publiée sur le site de Bercy.
Sauf que le communiqué oublie un détail. Le PER qui célèbre son record est devenu, depuis le 1er janvier 2026, un produit fiscalement appauvri pour la tranche d'âge qui en avait fait sa spécialité. La loi de finances promulguée le 19 février 2026 a retiré aux versements effectués après 70 ans leur principal atout : la déductibilité du revenu imposable.
Le ministère n'en parle pas. Les médias qui ont relayé le record non plus. Or c'est précisément cette niche fiscale qui faisait du PER, depuis 2019, un outil patrimonial taillé pour les jeunes retraités en bonne santé financière. Le succès affiché en 2025 capture donc un état révolu du dispositif. Le PER de 2026 n'est plus celui qui a fabriqué le record de 2025.
Ce qui a changé au 1er janvier sans que personne ne s'en émeuve
Trois modifications fiscales sont entrées en vigueur le 1er janvier 2026, toutes défavorables aux épargnants seniors. La première touche la déductibilité après 70 ans, la deuxième relève la fiscalité sur les gains, la troisième accorde une compensation aux moins de 70 ans encore actifs.
Suppression de la déduction fiscale après 70 ans. Jusqu'au 31 décembre 2025, un retraité de 72 ans pouvait verser 10 000 euros sur son PER et en déduire l'intégralité de son revenu imposable. À la tranche marginale de 30 %, l'économie d'impôt était immédiate : 3 000 euros. Depuis le 1er janvier 2026, ce levier disparaît pour tous les versements effectués après 70 ans, quel que soit le PER (individuel, collectif, obligatoire).
Hausse des prélèvements sociaux sur les gains. La CSG sur les revenus du patrimoine est passée de 9,2 % à 10,6 %. Le taux global des prélèvements sociaux applicables aux plus-values du PER monte donc de 17,2 % à 18,6 %. Conséquence : le prélèvement forfaitaire unique (la fameuse « flat tax ») appliqué à la sortie en capital sur les gains passe de 30 % à 31,4 %.
L'assurance-vie, elle, échappe à cette hausse. Ses prélèvements sociaux restent à 17,2 % et sa flat tax à 30 %. L'écart de 1,4 point entre les deux placements joue désormais contre le PER, pour la première fois depuis sa création.
Une seule bonne nouvelle, pour les moins de 70 ans. Le plafond de déduction non utilisé est désormais reportable sur cinq ans au lieu de trois. Pour un cadre dont les revenus fluctuent, c'est une fenêtre élargie. Pour un retraité de 72 ans, c'est sans effet : il n'a plus de plafond à reporter.
Suppression de la déduction fiscale après 70 ans. Jusqu'au 31 décembre 2025, un retraité de 72 ans pouvait verser 10 000 euros sur son PER et en déduire l'intégralité de son revenu imposable. À la tranche marginale de 30 %, l'économie d'impôt était immédiate : 3 000 euros. Depuis le 1er janvier 2026, ce levier disparaît pour tous les versements effectués après 70 ans, quel que soit le PER (individuel, collectif, obligatoire).
Hausse des prélèvements sociaux sur les gains. La CSG sur les revenus du patrimoine est passée de 9,2 % à 10,6 %. Le taux global des prélèvements sociaux applicables aux plus-values du PER monte donc de 17,2 % à 18,6 %. Conséquence : le prélèvement forfaitaire unique (la fameuse « flat tax ») appliqué à la sortie en capital sur les gains passe de 30 % à 31,4 %.
L'assurance-vie, elle, échappe à cette hausse. Ses prélèvements sociaux restent à 17,2 % et sa flat tax à 30 %. L'écart de 1,4 point entre les deux placements joue désormais contre le PER, pour la première fois depuis sa création.
Une seule bonne nouvelle, pour les moins de 70 ans. Le plafond de déduction non utilisé est désormais reportable sur cinq ans au lieu de trois. Pour un cadre dont les revenus fluctuent, c'est une fenêtre élargie. Pour un retraité de 72 ans, c'est sans effet : il n'a plus de plafond à reporter.
Le calcul brutal pour un retraité de 72 ans qui verse 10 000 euros
Pour mesurer l'impact concret, prenons un cas typique de notre lectorat. Pierre, 72 ans, ancien cadre, perçoit 38 000 euros de pension annuelle. Tranche marginale d'imposition : 30 %. Il verse chaque année 10 000 euros sur son PER individuel ouvert en 2021, dans une logique d'optimisation fiscale et de transmission. Voici comment son équation a basculé en six mois.
Sur dix versements annuels jusqu'à 82 ans, Pierre perd 30 000 euros d'avantage fiscal qu'il aurait perçus sous l'ancien régime. À la sortie, ses plus-values subiront en plus la flat tax majorée à 31,4 %.
Le visuel ci-dessous compare l'avantage fiscal annuel selon votre tranche marginale, avant et après la réforme. La perte est mécanique et touche tous les profils, mais elle frappe d'autant plus durement les TMI élevées.
Pierre — 2025 ✅ Régime avantageux
Versement annuel PER
10 000 €
Économie d'impôt immédiate
3 000 € (TMI 30 %)
Coût réel du placement
7 000 € pour 10 000 € placés
Pierre — 2026 ⚠️ Régime appauvri
Versement annuel PER
10 000 €
Économie d'impôt immédiate
0 € (déduction supprimée)
Coût réel du placement
10 000 € pour 10 000 € placés
Sur dix versements annuels jusqu'à 82 ans, Pierre perd 30 000 euros d'avantage fiscal qu'il aurait perçus sous l'ancien régime. À la sortie, ses plus-values subiront en plus la flat tax majorée à 31,4 %.
Le visuel ci-dessous compare l'avantage fiscal annuel selon votre tranche marginale, avant et après la réforme. La perte est mécanique et touche tous les profils, mais elle frappe d'autant plus durement les TMI élevées.
La vraie raison invoquée par Bercy pour fermer le robinet
Le gouvernement assume sa décision dans l'exposé des motifs de la loi de finances. L'objectif affiché : éviter que le PER ne devienne « un instrument de transmission patrimoniale » plutôt qu'un outil de préparation à la retraite. Traduction administrative : Bercy a constaté que certains contribuables fortunés utilisaient le PER après 70 ans non pour préparer leurs vieux jours, mais pour préparer celle de leurs héritiers en empilant des versements défiscalisés.
Le raisonnement est cohérent côté Trésor. Le PER bénéficie à la transmission grâce à un mécanisme méconnu : les versements effectués avant 70 ans bénéficient de l'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, comme l'assurance-vie. Pour les contribuables ayant déjà saturé leurs autres niches, le PER devenait un véhicule de défiscalisation tardive doublé d'un outil successoral. Bercy a estimé que la dépense fiscale ne se justifiait plus dans cette configuration.
Reste que la mesure frappe largement au-delà des contribuables visés. Les retraités de classe moyenne supérieure qui avaient suivi les conseils standards de la banque (« versez sur votre PER, c'est déductible ») se retrouvent sans solution de rechange équivalente. Le ministère justifie en avançant que « peu de personnes alimentent significativement leur contrat après 70 ans », ce qui limiterait l'impact concret. La réalité du terrain dément ce constat : selon les chiffres consolidés des fédérations professionnelles, près de 13 millions de Français détiennent un PER, et la part des plus de 70 ans actifs ou propriétaires fonciers qui l'alimentaient régulièrement n'est ni marginale ni anecdotique.
Le raisonnement est cohérent côté Trésor. Le PER bénéficie à la transmission grâce à un mécanisme méconnu : les versements effectués avant 70 ans bénéficient de l'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, comme l'assurance-vie. Pour les contribuables ayant déjà saturé leurs autres niches, le PER devenait un véhicule de défiscalisation tardive doublé d'un outil successoral. Bercy a estimé que la dépense fiscale ne se justifiait plus dans cette configuration.
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Trois stratégies de repli si vous avez plus de 65 ans
Pour les épargnants âgés de 65 à 70 ans, la fenêtre de tir se referme rapidement. Trois leviers restent activables avant le 70e anniversaire pour ne pas perdre l'avantage fiscal historique du dispositif.
Le levier 1 reste le plus efficace si vous êtes encore en activité ou à revenus élevés. Le nouveau report sur 5 ans permet de cumuler les plafonds non utilisés depuis 2021 et de réaliser un versement massif en 2026, encore déductible si vous n'avez pas atteint 70 ans. Au-delà, l'arbitrage devient défavorable : l'assurance-vie redevient mécaniquement plus avantageuse que le PER pour tout nouveau versement, du fait de l'écart de 1,4 point sur les prélèvements sociaux.
Le levier 3, souvent oublié, mérite d'être réexaminé. Un parent peut donner 100 000 euros à chacun de ses enfants tous les 15 ans en franchise de droits, auxquels s'ajoutent 31 865 euros pour chaque petit-enfant. Pour transmettre 200 000 euros à deux enfants, l'opération est totalement neutre fiscalement. Sans avoir à passer par un PER désormais appauvri.
Levier 1 ✅ Saturer avant 70 ans
Profil concerné
65 à 69 ans avec plafond non utilisé
Action
Mobiliser le report de plafond sur 5 ans
Levier 2 ⚠️ Basculer vers l'assurance-vie
Profil concerné
Plus de 70 ans avec PER ouvert
Action
Nouveaux versements en assurance-vie (PFU 30 %, PS 17,2 %)
Levier 3 📝 Donations anticipées
Profil concerné
Patrimoine à transmettre, héritiers identifiés
Action
Donation enfants 100 000 € exonérés tous les 15 ans
Le levier 1 reste le plus efficace si vous êtes encore en activité ou à revenus élevés. Le nouveau report sur 5 ans permet de cumuler les plafonds non utilisés depuis 2021 et de réaliser un versement massif en 2026, encore déductible si vous n'avez pas atteint 70 ans. Au-delà, l'arbitrage devient défavorable : l'assurance-vie redevient mécaniquement plus avantageuse que le PER pour tout nouveau versement, du fait de l'écart de 1,4 point sur les prélèvements sociaux.
Le levier 3, souvent oublié, mérite d'être réexaminé. Un parent peut donner 100 000 euros à chacun de ses enfants tous les 15 ans en franchise de droits, auxquels s'ajoutent 31 865 euros pour chaque petit-enfant. Pour transmettre 200 000 euros à deux enfants, l'opération est totalement neutre fiscalement. Sans avoir à passer par un PER désormais appauvri.
Le PER reste-t-il un bon placement pour les autres ?
La réponse est nuancée. Pour un actif de 50 à 65 ans encore en activité et imposé à 30 % ou plus, le PER conserve un intérêt net. La déduction immédiate à l'entrée demeure son atout structurel, et le report sur 5 ans des plafonds non utilisés constitue même une amélioration significative pour les revenus irréguliers.
Le calcul reste favorable tant que la tranche marginale d'imposition à la retraite est inférieure à celle pendant la vie active. Un cadre de 55 ans imposé à 30 % aujourd'hui, qui anticipe une tranche à 11 % à la retraite, économise réellement l'écart de 19 points sur ses versements. Le PER fonctionne comme un produit de lissage fiscal entre vie active et retraite, pas comme un outil de défiscalisation perpétuelle.
Pour les épargnants ayant déjà dépassé 70 ans avec un PER bien alimenté, la stratégie change radicalement. L'épargne accumulée reste protégée et continue de fructifier. La sortie en capital sur les versements antérieurs au 1er janvier 2026 conserve son régime fiscal d'origine. Seuls les nouveaux versements perdent l'avantage, pas le stock historique. Une bonne nouvelle qu'aucun médecin patrimonial ne pense à transmettre spontanément à ses clients.
Sauf que personne, ni Bercy ni les distributeurs, ne prendra spontanément le temps de vous l'expliquer. Le PER reste vendu sur sa promesse historique, alors que celle-ci s'est éteinte pour la tranche d'âge qui en avait fait son cheval de bataille. À chacun d'arbitrer en pleine conscience de ce que la loi de finances 2026 a discrètement retiré, sans que les 12,9 millions de titulaires concernés ne soient jamais directement prévenus.
Le calcul reste favorable tant que la tranche marginale d'imposition à la retraite est inférieure à celle pendant la vie active. Un cadre de 55 ans imposé à 30 % aujourd'hui, qui anticipe une tranche à 11 % à la retraite, économise réellement l'écart de 19 points sur ses versements. Le PER fonctionne comme un produit de lissage fiscal entre vie active et retraite, pas comme un outil de défiscalisation perpétuelle.
Pour les épargnants ayant déjà dépassé 70 ans avec un PER bien alimenté, la stratégie change radicalement. L'épargne accumulée reste protégée et continue de fructifier. La sortie en capital sur les versements antérieurs au 1er janvier 2026 conserve son régime fiscal d'origine. Seuls les nouveaux versements perdent l'avantage, pas le stock historique. Une bonne nouvelle qu'aucun médecin patrimonial ne pense à transmettre spontanément à ses clients.
Sauf que personne, ni Bercy ni les distributeurs, ne prendra spontanément le temps de vous l'expliquer. Le PER reste vendu sur sa promesse historique, alors que celle-ci s'est éteinte pour la tranche d'âge qui en avait fait son cheval de bataille. À chacun d'arbitrer en pleine conscience de ce que la loi de finances 2026 a discrètement retiré, sans que les 12,9 millions de titulaires concernés ne soient jamais directement prévenus.
Sources :
- Ministère de l'Économie, communiqué de presse du 17 mai 2026
- Loi de finances 2026 promulguée le 19 février 2026
- LégiFiscal, mesures PER loi de finances 2026
- Service-public.gouv.fr, Plan d'épargne retraite (PER), février 2026
- impots.gouv.fr, fiscalité du PER 2026
- Ministère de l'Économie, communiqué de presse du 17 mai 2026
- Loi de finances 2026 promulguée le 19 février 2026
- LégiFiscal, mesures PER loi de finances 2026
- Service-public.gouv.fr, Plan d'épargne retraite (PER), février 2026
- impots.gouv.fr, fiscalité du PER 2026


