Emploi et Cumul Emploi-Retraite

À 61 ans, elle a trouvé le contrat que personne ne lui proposait : le CDD de reconversion qui pourrait sauver sa retraite

Changer de métier passé 60 ans, sans tout perdre. C'est ce qu'on lui avait toujours présenté comme impossible. Pourtant, depuis début 2026, un contrat méconnu permet exactement cela — et la plupart des employeurs n'en ont jamais entendu parler. Françoise, elle, l'a découvert presque par hasard.


Ce qu'il faut retenir

  1. Un nouveau type de contrat, entré en vigueur début 2026, permet de tester un autre métier sans perdre son poste actuel
  2. Les salariés proches de la retraite avec des trimestres manquants sont parmi les premiers concernés — mais très peu le savent
  3. La démarche concrète et les conditions pour en bénéficier sont détaillées dans le Bloc 3
  4. Ce contrat change radicalement l'équation « démissionner ou rester coincé » — Françoise explique pourquoi
Françoise, déterminée , tenant son dossier de CDD de reconversion devant une entreprise © SeniorActu
Françoise, déterminée , tenant son dossier de CDD de reconversion devant une entreprise © SeniorActu

Un contrat dont personne ne parle

Françoise, 61 ans, employée administrative dans une PME de négoce agricole à Brive-la-Gaillarde, a passé trente-sept ans derrière le même bureau. Un bureau partagé avec vue sur le parking, un calendrier de la Poste accroché au mur, et un classeur cartonné étiqueté « retraite » qu'elle remplit méthodiquement depuis trois ans.

« On m'a toujours dit : à ton âge, on ne change plus de métier », lâche-t-elle en tournant la cuillère dans son café. À 61 ans, Françoise a pourtant un projet : se former à l'aide à la personne. Un secteur qui recrute, un métier qui a du sens — et surtout, un moyen de valider les 8 trimestres qui lui manquent pour partir à la retraite à taux plein à 64 ans.

Le problème, c'est que jusqu'ici, il n'existait que deux options. Démissionner — et perdre tout filet de sécurité. Ou rester — et regarder ses trimestres manquants comme un mur infranchissable.

C'est en discutant avec une conseillère en évolution professionnelle, lors d'un rendez-vous qu'elle avait pris « un peu au hasard, en voyant une affiche à la mairie », que Françoise a découvert l'existence d'un troisième chemin. Un contrat entré en vigueur depuis peu, encore largement inconnu des employeurs comme des salariés. Un contrat qui change tout pour les seniors en fin de carrière.

Le contrat qui permet de changer de métier sans tout risquer

Ce contrat, c'est le CDD de reconversion — un Contrat à Durée Déterminée d'un nouveau type, créé par la loi du 24 octobre 2025 (dite « loi seniors ») et dont les décrets d'application ont été publiés le 28 janvier 2026.

Son principe est simple, et c'est ce qui a convaincu Françoise : le salarié signe un CDD avec une entreprise d'accueil pour une durée de 6 à 12 mois (jusqu'à 36 mois si un accord de branche ou d'entreprise le prévoit). Pendant toute cette période, son contrat de travail initial est suspendu — pas rompu. Si la reconversion échoue, il retrouve son poste d'origine ou un poste équivalent, avec la même rémunération.

« Quand la conseillère m'a expliqué ça, j'ai d'abord cru qu'il y avait un piège », confie Françoise. « Un contrat qui te permet de tester un autre métier sans démissionner, sans perdre ton ancienneté, sans risquer de te retrouver à 62 ans à France Travail ? Ça semblait trop beau. »

Et pourtant. Ce dispositif — que les spécialistes appellent la « période de reconversion » (articles L.6324-1 à L.6324-11 du Code du travail) — remplace deux anciens mécanismes peu utilisés (la Pro-A et les Transitions collectives). Il est ouvert à tous les salariés, en CDD comme en CDI, sans condition d'âge ni de qualification. Mais il prend tout son sens pour les salariés de plus de 55 ans qui cumulent usure professionnelle et trimestres manquants.

Pour Françoise, le calcul est limpide :
 
Avant Sans CDD de reconversion
⚠️
Option 1 : Démissionner pour se reconvertir
Perte de salaire, pas d'indemnités chômage, trimestres non validés pendant la recherche
⚠️
Option 2 : Rester dans son poste
Usure professionnelle, 8 trimestres manquants → décote sur la retraite
Depuis 2026 Avec CDD de reconversion
Contrat initial suspendu (pas rompu)
Poste garanti en cas d'échec
Trimestres validés pendant le CDD
Cotisations normales auprès de l'entreprise d'accueil
Formation intégrée (150 à 450 heures)
Financement par l'OPCO + CPF mobilisable

Ce que ça change concrètement pour Françoise — et pour des milliers d'autres

Pour Françoise, l'équation est posée. Avec un salaire actuel de 1 650 € net et une simulation retraite qui affiche environ 1 100 € brut à 64 ans — décote incluse à cause des 8 trimestres manquants —, chaque trimestre validé en plus représente un gain concret sur sa future pension.

En signant un CDD de reconversion de 12 mois dans une structure d'aide à domicile, elle validerait 4 trimestres en un an. En enchaînant sur un CDI si la reconversion aboutit, les 4 trimestres restants seraient comblés avant ses 64 ans. Et si ça ne fonctionne pas ? Elle retrouve son bureau à Brive, son ancienneté intacte, et peut envisager un autre plan.

« Ce qui m'a décidée, c'est le filet de sécurité », résume-t-elle. « À 30 ans, on peut se permettre de sauter dans le vide. À 61 ans, on a besoin de savoir qu'il y a quelqu'un pour vous rattraper si ça ne marche pas. »

Le dispositif prévoit d'ailleurs une période d'essai encadrée : deux semaines maximum pour un CDD de six mois, un mois maximum au-delà. Si le salarié décide de ne pas poursuivre à l'issue de cette période d'essai, il réintègre automatiquement son poste d'origine.

Côté financement, les actions de formation sont prises en charge par l'OPCO (l'Opérateur de Compétences — l'organisme qui finance la formation des salariés) de l'entreprise d'accueil, avec un montant forfaitaire de 9,15 € par heure à défaut de barème fixé par la branche, et un montant moyen de prise en charge de 5 000 €. Le Compte Personnel de Formation (CPF) — la « cagnotte formation » — du salarié peut aussi être mobilisé avec son accord.

C'est en se connectant à la page dédiée du ministère du Travail que Françoise a compris les détails du mécanisme. « J'ai imprimé la page, je l'ai mise dans mon classeur retraite. C'est la première bonne nouvelle que j'y range depuis trois ans. »

Et Françoise est loin d'être la seule concernée. Selon France Compétences, près d'un actif sur deux envisage une reconversion au cours de sa carrière. Pour les salariés de plus de 55 ans, le CDD de reconversion lève le principal obstacle : la peur de tout perdre.

Comment activer le CDD de reconversion : la marche à suivre

Françoise a commencé ses démarches en février. Elle a d'abord pris rendez-vous avec un conseiller en évolution professionnelle (un service gratuit, accessible à tous les salariés), puis a identifié une structure d'aide à domicile prête à l'accueillir dans le cadre du dispositif.

Si vous êtes dans la même situation qu'elle — salarié en fin de carrière, usé par votre poste, avec des trimestres à valider —, voici les étapes concrètes :
 
Étape 1 Préparer
📝
Prendre rendez-vous avec un conseiller en évolution professionnelle (CEP)
Gratuit, confidentiel — renseignements sur mon-cep.org
Étape 2 Négocier
📄
Signer un accord écrit avec votre employeur actuel
Modalités de suspension du contrat, durée, conditions de retour
Étape 3 Conclure
Signer le CDD de reconversion avec l'entreprise d'accueil
Durée : 6 à 12 mois (jusqu'à 36 mois par accord de branche)
Étape 4 Financer
💶
Demande de prise en charge par l'OPCO de l'entreprise d'accueil
Dossier à déposer dans les 30 jours avant le début de la reconversion


Un point essentiel : l'employeur initial doit donner son accord. Ce n'est pas un droit unilatéral du salarié. Mais la fiche officielle de service-public.gouv.fr précise les modalités de négociation et rappelle que l'entretien de parcours professionnel — obligatoire dans les deux ans précédant le 60e anniversaire du salarié — est le moment idéal pour aborder ce sujet.

Françoise, elle, a choisi de poser le dossier sur le bureau de son employeur un lundi matin. « Il ne connaissait pas le dispositif. Il a regardé les documents, il a dit : je vais me renseigner. Deux semaines après, il m'a rappelée en disant : c'est intéressant, on regarde ensemble. »

Le CDD de reconversion ne fait pas de miracles. Il ne supprime ni l'angoisse du changement, ni les préjugés sur l'âge, ni la difficulté de trouver une entreprise d'accueil. Mais il supprime le risque principal : celui de se retrouver sans rien si ça ne marche pas. Et pour Françoise, c'était exactement le chaînon manquant.

 
Sources :
- Ministère du Travail et des Solidarités, fiche « Le contrat à durée déterminée de reconversion », février 2026
- Loi n°2025-989 du 24 octobre 2025 (Légifrance)
- Décrets n°2026-39 et n°2026-40 du 28 janvier 2026 relatifs à la période de reconversion
- Service-public.gouv.fr, fiche « Reconversion : promotion par alternance (Pro-A) ou période de reconversion », mise à jour 12 février 2026
- Entreprendre.service-public.gouv.fr, « Un nouveau dispositif pour faciliter la reconversion des salariés », février 2026


Par | Publié le 21/02/2026 à 18:14

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