Retraite

Vous approchez de la retraite ? Pourquoi racheter vos trimestres avant 2027

Par | Publié le 08/02/2026 à 15:23

Des centaines de milliers de futurs retraités risquent de perdre le bénéfice du cumul emploi-retraite intégral dès janvier prochain. Une opération méconnue, le rachat de trimestres, peut encore tout changer si elle est engagée à temps.


Ce qu'il faut retenir

  1. À partir du 1er janvier 2027, le cumul emploi-retraite sera fortement réduit : avant 64 ans, chaque euro gagné sera déduit de la pension
  2. La réforme n'est pas rétroactive : liquider sa retraite avant cette date permet de conserver les règles actuelles
  3. Les personnes nées entre janvier et mars 1964 peuvent partir entre octobre et décembre 2026, à condition de réunir 170 trimestres
  4. Le rachat de trimestres (jusqu'à 12) permet de combler les trous de carrière — coût : entre 3 973 € et 6 248 € par trimestre selon l'option choisie
  5. Les sommes versées sont intégralement déductibles du revenu imposable
  6. Le traitement d'un dossier prend plusieurs semaines : il faut engager les démarches maintenant
Femme senior au guichet de sa caisse de retraite © SeniorActu
Femme senior au guichet de sa caisse de retraite © SeniorActu

Cumul emploi-retraite : ce qui va changer au 1er janvier 2027

Jusqu'au 31 décembre 2026, un retraité ayant obtenu sa pension à taux plein — c'est-à-dire sa retraite complète, sans réduction — peut reprendre une activité professionnelle sans aucune limite de revenus. Chaque euro gagné s'ajoute intégralement à la pension perçue. La réforme de 2023 avait même ouvert la possibilité d'acquérir une seconde pension grâce aux cotisations versées lors de cette reprise d'activité. Environ 600 000 retraités profitent aujourd'hui de ce dispositif.

Mais l'article 102 de la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, adoptée le 16 décembre 2025, change radicalement la donne à compter du 1er janvier 2027. Les nouvelles règles du cumul emploi-retraite ne dépendront plus du nombre de trimestres cotisés, mais uniquement de l'âge du retraité.

Les conséquences sont lourdes. Avant 64 ans, chaque euro de revenu professionnel sera intégralement retranché de la pension, dès le premier euro. Le cumul devient de fait impossible. Entre 64 et 67 ans, un seuil estimé à 7 000 euros par an entrera en jeu : au-delà, la moitié des revenus d'activité sera déduite de la pension. La possibilité de se créer de nouveaux droits à la retraite disparaîtra également. Seuls les retraités de plus de 67 ans conserveront un cumul intégral sans restriction.

L'information cruciale : cette réforme n'est pas rétroactive. Toute personne qui met en paiement sa pension avant le 1er janvier 2027 reste soumise aux anciennes règles, bien plus favorables.

Qui peut encore agir : le rachat de trimestres comme stratégie d'urgence

C'est là que le rachat de trimestres entre en jeu. Les personnes nées en 1964 bénéficient d'un âge légal de départ fixé à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres requis pour une retraite complète, grâce à la suspension de la réforme des retraites votée dans la même LFSS 2026.

Pour les personnes nées entre janvier et mars 1964, cela signifie un départ possible entre octobre et décembre 2026, juste avant la bascule du 1er janvier 2027. Mais encore faut-il réunir ces 170 trimestres. Si des années d'études supérieures ou des périodes d'activité incomplètes — c'est-à-dire des années où vous avez validé moins de 4 trimestres — ont laissé des trous dans votre carrière, le rachat de trimestres permet de combler l'écart. Vous pouvez racheter jusqu'à 12 trimestres au total.

Le public concerné ne se limite pas aux seuls nés en 1964. Toute personne en mesure de liquider sa retraite avant le 1er janvier 2027 — y compris au titre d'un départ anticipé pour carrière longue — a intérêt à examiner sa situation. Selon le baromètre de l'UNSA Retraités, 17 % des retraités récents percevant entre 1 000 et 1 400 euros de pension travaillent par nécessité. Pour ces profils, le durcissement du cumul représente une perte directe de pouvoir d'achat.

Combien coûte le rachat — et combien pouvez-vous perdre sans lui

Pour mesurer l'intérêt d'un rachat, il faut comparer son coût à ce que vous perdriez sous les nouvelles règles.
 
Avant 2027 Règles actuelles
💶
Pension conservée si vous retravaillez (taux plein)
100 % — aucune retenue
📈
Nouveaux droits à la retraite
Oui (seconde pension possible)
À partir de 2027 Nouvelles règles (64-67 ans)
💶
Retenue au-delà de 7 000 €/an de revenus
50 % déduits de la pension
📉
Nouveaux droits à la retraite
Supprimés


Prenons un cas concret. Un retraité perçoit 1 400 euros de pension mensuelle et reprend une activité rapportant 12 000 euros par an. Sous les règles actuelles, il conserve l'intégralité de sa pension. Sous les règles 2027, s'il a entre 64 et 67 ans, la moitié de ses revenus au-delà de 7 000 euros sera déduite : soit 2 500 euros par an de pension en moins. Sur cinq ans, la perte cumulée atteint 12 500 euros.
 
Option 1 Rachat taux seul
💶
Coût par trimestre (62 ans, revenu moyen)
Environ 3 973 €
🧮
Effet sur la pension
Réduit ou supprime la décote
Option 2 Rachat taux + durée d'assurance
💶
Coût par trimestre (62 ans, revenu moyen)
Environ 6 248 €
🧮
Effet sur la pension
Réduit la décote + augmente la durée


Les sommes versées sont intégralement déductibles du revenu imposable. Pour un contribuable imposé à 30 %, un rachat de 3 trimestres à 3 973 euros revient à environ 8 343 euros après déduction fiscale. Rapporté aux 12 500 euros de perte évitée sur cinq ans, l'opération se rentabilise en moins de quatre ans.

Pour les départs anticipés en carrière longue, l'enjeu est encore plus critique. Avant 64 ans, le cumul deviendra impossible : chaque euro gagné sera retranché de la pension. Pour un retraité modeste qui comptait sur une activité complémentaire, c'est une perte sèche de plusieurs milliers d'euros par an.

Comment agir avant qu'il ne soit trop tard

Le traitement d'un dossier de rachat peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Quatre étapes s'imposent.

1. Vérifiez votre relevé de carrière. Connectez-vous sur lassuranceretraite.fr ou sur info-retraite.fr. Identifiez le nombre de trimestres validés et repérez les années incomplètes ou les périodes d'études non cotisées.

2. Simulez le coût du rachat. L'Assurance retraite met à disposition un simulateur en ligne dans votre espace personnel. Vous pouvez aussi contacter votre Carsat (Caisse d'assurance retraite et de santé au travail) pour une estimation personnalisée.

3. Constituez votre dossier. Rassemblez les justificatifs nécessaires : diplômes pour les années d'études, attestations pour les années incomplètes. Le paiement peut être échelonné sur 1 à 5 ans selon le nombre de trimestres rachetés.

4. Surveillez les délais. Votre pension doit prendre effet avant le 1er janvier 2027. Si vous êtes né entre janvier et mars 1964 et atteignez 170 trimestres après rachat, vous pouvez liquider entre octobre et décembre 2026.

Pour les autres profils — notamment les personnes éligibles au départ en carrière longue —, la logique est identique : liquider avant la bascule de janvier 2027 permet de verrouiller les conditions actuelles du cumul. Toutes les démarches sont détaillées sur service-public.gouv.fr.

 
Sources :
- Loi n°2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026, article 102
- Ministère du Travail, travail-emploi.gouv.fr, février 2026
- UFC-Que Choisir, « Retraite - Les règles du cumul emploi-retraite vont se durcir », janvier 2026
- UNSA Retraités, « Cumul emploi-retraite : modification des règles », janvier 2026
- Previssima, « Rachat de trimestres retraite : combien coûte un rachat de trimestres ? », barème 2026
- Service-public.fr, « Rachat de trimestres », mise à jour janvier 2026




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