Retraite

Retraite progressive des fonctionnaires : 18 236 demandes en deux ans, mais un obstacle que personne n'anticipe

Par | Publié le 26/03/2026 à 08:00

Le dispositif décolle dans les trois fonctions publiques. Les derniers chiffres révèlent une montée en puissance spectaculaire. Pourtant, un verrou administratif suffit à bloquer la demande d'un agent éligible, sans recours possible.


  1. Plus de 18 000 fonctionnaires ont déposé une demande depuis septembre 2023, mais tous ne l'ont pas obtenue
  2. Tout agent de 60 ans ayant 150 trimestres peut prétendre au dispositif — à une condition près
  3. Un piège irréversible attend ceux qui changent d'avis en cours de route
Retraite progressive dans la fonction publique : conditions d'accès et pièges du temps partiel  © SeniorActu
Retraite progressive dans la fonction publique : conditions d'accès et pièges du temps partiel © SeniorActu

Un décollage spectaculaire, mais des zones d'ombre

Au 7 janvier 2026, le Service des retraites de l'État comptabilise 18 236 demandes de retraite progressive déposées par des fonctionnaires depuis l'ouverture du dispositif en septembre 2023. En 2024, 7 313 pensions partielles ont été effectivement liquidées. En 2025, le chiffre atteint 7 224. C'est un décollage net, mais il reste loin des projections initiales du gouvernement, qui tablait sur plus de 15 600 bénéficiaires par an dans la seule fonction publique d'État à partir de 2025.

L'écart entre les demandes déposées et les pensions liquidées interroge : sur les 18 236 dossiers, 1 544 ont été refusés faute de remplir les conditions légales. Le taux de refus de droits s'établit à 8,52 % des demandes reçues et traitées. Reste une zone grise : les demandes encore en cours de traitement, et surtout celles qui n'ont jamais été déposées parce que l'employeur a refusé en amont le passage à temps partiel.

Le temps partiel, verrou invisible du dispositif

Car c'est là le paradoxe central du dispositif. La retraite progressive est un droit pour tout fonctionnaire qui remplit les conditions. Mais ce droit repose sur un préalable : obtenir l'autorisation de travailler à temps partiel. Et cette autorisation, l'administration peut la refuser au nom des nécessités de service.

La conférence Travail-Emploi-Retraite du 13 mars 2026 a mis le doigt sur cette faille. Les organisations syndicales ont pointé l'absence totale de données sur les refus de temps partiel préalables aux demandes de retraite progressive. Personne ne sait combien de fonctionnaires éligibles se sont vu fermer la porte avant même de déposer un dossier.

Dans les services en tension — hôpitaux, établissements scolaires, administrations fiscales — la contrainte de service devient un obstacle structurel. Un agent aide-soignant de 61 ans, avec 155 trimestres validés, peut se voir refuser le temps partiel si son service manque déjà de bras. Aucune procédure de recours spécifique n'est prévue dans ce cas.

60 ans et 150 trimestres : les conditions d'accès depuis septembre 2025

Depuis le 1er septembre 2025, l'accès au dispositif a été simplifié. Deux décrets du 15 juillet 2025 — le n° 2025-681 pour les fonctionnaires d'État, le régime général et les professions libérales, le n° 2025-680 pour les agents relevant de la CNRACL et les ouvriers de l'État — ont fixé l'âge d'entrée en retraite progressive à 60 ans pour tous les agents publics, sans distinction de génération. Avant cette date, l'âge variait entre 60 et 62 ans selon l'année de naissance, conséquence directe du recul progressif de l'âge légal de 62 à 64 ans instauré par la réforme de 2023.

Pour en bénéficier, l'agent doit justifier de 150 trimestres de durée d'assurance tous régimes confondus, exercer à temps partiel avec une quotité comprise entre 50 % et 90 % d'un temps complet, et ne pas exercer d'autre activité professionnelle. Le calcul est proportionnel : un agent travaillant à 60 % perçoit 60 % de son traitement et 40 % de sa pension provisoire. À 80 %, il touche 80 % du traitement et 20 % de la pension.
 
Temps partiel 60 % 40 % de pension
💶
Traitement versé
60 % du traitement indiciaire
📊
Pension partielle
40 % de la pension provisoire
Temps partiel 80 % 20 % de pension
💶
Traitement versé
80 % du traitement indiciaire
📊
Pension partielle
20 % de la pension provisoire

Qui peut vraiment en bénéficier à 60 ans ?

Un chiffre résume la limite du dispositif : pour accéder à la retraite progressive dès 60 ans avec 150 trimestres validés, il faut avoir commencé à travailler à 22 ans au plus tard. Or, avec l'allongement des durées d'études, cette condition exclut de fait une part croissante des fonctionnaires de catégorie A.

Un enseignant certifié recruté à 25 ans après un master n'atteindra pas les 150 trimestres avant 62 ou 63 ans. Le dispositif bénéficie en priorité aux agents entrés tôt dans la fonction publique — souvent les catégories B et C.

Le piège irréversible du retour à temps plein

La retraite progressive comporte un piège irréversible que beaucoup ignorent. Si un agent en retraite progressive décide de repasser à temps plein, ne serait-ce qu'un mois, le dispositif prend fin définitivement. Impossible de revenir en arrière, même en redemandant un temps partiel.

La même irréversibilité s'applique en cas de congé longue maladie : si l'agent choisit de reprendre à temps plein pour toucher son traitement complet pendant l'arrêt, il perd tout bénéfice de la retraite progressive à sa reprise.

En revanche, le dispositif offre un levier méconnu. Pendant toute la durée de la retraite progressive, l'agent continue de cotiser pour sa retraite définitive. Il peut même choisir de surcotiser, c'est-à-dire de cotiser sur la base d'un traitement à temps plein. Cette option, limitée à quatre trimestres supplémentaires sur l'ensemble de la carrière, permet de ne pas perdre de droits malgré le passage à temps partiel. La pension définitive, liquidée au moment du départ effectif, sera recalculée en intégrant les trimestres acquis pendant la période de retraite progressive, y compris les éventuelles progressions d'indice.
 

Comment déposer sa demande sans être bloqué

La demande se fait en ligne, via le service Demander ma retraite progressive sur le site info-retraite.fr pour la plupart des régimes, ou directement sur l'ENSAP pour les fonctionnaires d'État. Le délai recommandé est de six mois avant la date d'effet souhaitée.

L'agent doit déposer simultanément sa demande de temps partiel auprès de son employeur et sa demande de retraite progressive auprès de sa caisse. Pour les agents relevant de la CNRACL — fonctionnaires territoriaux et hospitaliers — la procédure transite par l'employeur, qui transmet le dossier à la caisse.

Le piège administratif se joue ici : si l'employeur refuse le temps partiel, la demande de retraite progressive n'a plus de support. Les syndicats réclament que la retraite progressive devienne un droit opposable, c'est-à-dire que le refus de temps partiel dans ce cadre soit encadré par des motifs limitatifs et une voie de contestation claire.

Ce qu'il faut retenir

  1. La retraite progressive a suscité 18 236 demandes dans la fonction publique d'État entre septembre 2023 et janvier 2026, avec un taux de refus de droits de 8,52 %
  2. Depuis le 1er septembre 2025, le dispositif est accessible dès 60 ans avec 150 trimestres, pour une quotité de travail entre 50 % et 90 %
  3. L'employeur peut refuser le passage à temps partiel pour nécessité de service — c'est le principal obstacle au dispositif
  4. Un retour à temps plein, même temporaire, met fin définitivement à la retraite progressive
  5. La surcotisation permet de limiter la perte de droits, dans la limite de quatre trimestres supplémentaires sur la carrière

 
Sources :
- Acteurs Publics, « Accès au temps partiel : le talon d'Achille de la retraite progressive dans la fonction publique », 16 mars 2026
- Service des retraites de l'État, données présentées lors de la conférence Travail-Emploi-Retraite du 13 mars 2026
- Décrets n° 2025-680 et n° 2025-681 du 15 juillet 2025, Légifrance
- Service-public.gouv.fr, « Retraite progressive de l'agent public », vérifié le 1er septembre 2025
- FAQ DGAFP, « Retraite progressive dans la fonction publique », mise à jour 1er septembre 2025




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