Argent et patrimoine

Taxe d'habitation : pourquoi la facture de votre maison de campagne peut bondir de 60 % en 2026

La taxe d'habitation a disparu pour les résidences principales. Pour votre maison de vacances, c'est l'inverse qui se produit : la facture s'envole, et le mouvement s'accélère.

Taxe d'habitation sur les résidences secondaires © SeniorActu
Taxe d'habitation sur les résidences secondaires © SeniorActu

Quand la surtaxe change tout

En 2023, 308 communes appliquaient une majoration de la taxe d'habitation sur les résidences secondaires. En 2025, elles sont 1 628. Le chiffre a été multiplié par cinq en deux ans, et le mécanisme qui l'explique tient en une ligne : le décret du 25 août 2023 a élargi la liste des zones tendues de 1 152 à 3 690 communes éligibles.

Or cette éligibilité ne signifie rien tant que le conseil municipal ne vote pas la surtaxe. Et c'est exactement ce qui s'est passé, commune après commune, du littoral breton aux stations alpines. Chaque année, de nouvelles mairies franchissent le pas, car la mécanique budgétaire est implacable : la suppression de la taxe d'habitation sur les résidences principales a creusé un trou dans leurs finances, et la surtaxe sur les résidences secondaires le comble.

Résultat : le produit de cette majoration a atteint 436 millions d'euros en 2024, soit 3,6 fois plus qu'en 2018 selon la Direction générale des collectivités locales.

Jusqu'à 60 % de majoration, et un taux moyen qui grimpe

La loi autorise les communes à majorer la part communale de votre taxe d'habitation de 5 à 60 %. En 2018, le taux moyen appliqué par les communes surtaxantes était de 26,5 %. En 2024, il atteignait 41 %. Et si vous avez comme moi un bien dans une station balnéaire ou une ville touristique, sachez que 657 communes ont voté le taux maximum de 60 %, contre 120 seulement en 2023.

Jugez-en plutôt. À Paris, la surtaxe est de 60 %. À Bayonne, 60 %. À Saint-Tropez, 60 %. À Marseille, 60 %. Même des communes moins connues comme Roquebrune-sur-Argens ou Saint-Zacharie dans le Var ont basculé au plafond. Et la hausse ne vient pas que du taux voté par votre maire : les bases cadastrales ont augmenté de 1,7 % en 2025, de sorte que même sans changement de taux local, votre facture progresse mécaniquement.

Le montant moyen de la taxe d'habitation sur les résidences secondaires est passé de 648 € en 2015 à 1 125 € en 2024. En dix ans, la facture a presque doublé.
📈 Évolution de la surtaxe résidences secondaires
📅
Communes surtaxantes en 2023308
📅
Communes surtaxantes en 20241 461
📅
Communes surtaxantes en 20251 628
⚠️
Communes éligibles (potentiel)3 690
📊
Taux moyen de majoration41 %
💶
Montant moyen THRS en 20241 125 €

Les municipales 2026, ou la révolte des propriétaires

Vous l'avez compris, le sujet dépasse la simple ligne sur un avis d'imposition. Aux municipales de mars 2026, la surtaxe est devenue un enjeu électoral dans des dizaines de communes touristiques. À Argelès-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, 700 propriétaires de résidences secondaires se sont inscrits sur les listes électorales pour peser sur le scrutin et contester la majoration, selon un collectif local relayé par l'AFP.

Le même phénomène se répète sur la Côte d'Opale, en Bretagne, sur l'île d'Oléron. Des collectifs se créent, certains propriétaires se portent candidats. Leur argument : ils financent la commune par leurs impôts locaux sans pouvoir voter sur place (sauf à transférer leur inscription). En face, les habitants permanents répondent que les résidences secondaires coûtent cher à la collectivité. À Lège-Cap-Ferret, la commune passe de 8 000 habitants à 100 000 personnes en été, et les infrastructures (assainissement, voirie, déchets) doivent absorber ce pic.

Sauf que le rapport de force est en train de bouger. Là où les résidences secondaires représentent 50 à 70 % du parc de logements, les propriétaires non-résidents forment une masse électorale potentielle que les maires ne peuvent plus ignorer.

Votre commune surtaxe-t-elle ? Comment vérifier

Le simulateur officiel mis en ligne par service-public.gouv.fr permet de savoir en quelques clics si votre commune figure dans la liste des 3 690 communes éligibles, et si elle a voté la majoration. Il suffit d'entrer le nom de la commune.

Reste que figurer en zone tendue ne signifie pas automatiquement être surtaxé : votre conseil municipal doit avoir délibéré avant le 1er octobre de l'année précédente pour que la majoration s'applique. Si votre commune n'a pas encore voté la surtaxe, rien ne garantit qu'elle ne le fera pas à la prochaine délibération budgétaire, surtout si la nouvelle équipe municipale issue du scrutin de mars 2026 change de cap.
 

Trois cas où vous pouvez échapper à la surtaxe

La majoration n'est pas un couperet sans appel. Trois situations ouvrent droit à un dégrèvement que vous pouvez réclamer auprès de votre centre des impôts. Si votre activité professionnelle vous oblige à résider dans un logement proche de votre lieu de travail, votre ancienne résidence principale requalifiée en résidence secondaire peut en être exonérée. De même, si vous avez quitté votre domicile pour entrer en EHPAD ou en établissement de soins longue durée et que vous conservez la jouissance exclusive de votre ancien logement, la surtaxe ne s'applique pas.

Dernier cas : si votre bien est devenu inhabitable pour une cause indépendante de votre volonté (sinistre, arrêté de péril), ou s'il est mis en vente ou en location au prix du marché sans trouver preneur, vous pouvez demander la levée de la majoration sur justificatif. Et n'oubliez pas la déclaration d'occupation obligatoire sur impots.gouv.fr (rubrique "Gérer mes biens immobiliers") : en l'absence de mise à jour, vous risquez une amende de 150 € par local.

CE QU'IL FAUT RETENIR

  1. La taxe d'habitation sur les résidences secondaires n'a pas disparu et 1 628 communes appliquent désormais une surtaxe pouvant atteindre 60 %, contre 308 en 2023.
  2. Le montant moyen de cette taxe est passé de 648 € en 2015 à 1 125 € en 2024, porté par la hausse des taux communaux et la revalorisation automatique des bases cadastrales.
  3. Un simulateur officiel sur service-public.gouv.fr permet de vérifier si votre commune surtaxe, et trois cas de dégrèvement (raison professionnelle, entrée en EHPAD, bien inhabitable) permettent d'échapper à la majoration.

 
Sources :
- Service-public.gouv.fr, fiche "Taxe d'habitation sur les résidences secondaires", vérifiée le 2 mars 2026
- Direction générale des collectivités locales (DGCL), Bulletin d'information statistique, données 2024
- Direction générale des finances publiques (DGFiP), délibérations de fiscalité directe locale 2024-2025
- AFP, "Quand les propriétaires de résidences secondaires s'immiscent dans les municipales", 4 mars 2026


Par | Publié le 05/04/2026 à 08:52

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